Dossier

[Chronique] Metal Gear Solid 5 : une conclusion ratée ? (attention, SPOILERS)

Par killy le

Esthète du twist et grand mystificateur de l’histoire moderne, Hideo Kojima a fait de sa série Metal Gear un univers suspendu entre une ligne de temps réaliste et une sous-couche mêlée de fantastique et de réflexions de philo. Avec MGS 5, son monde est désormais clôt et indépendant. Une créature de 28 ans qui laisse une sacrée amertume en s’éloignant vers l’horizon.

2015-09-11_00001

(Avant toute chose, il va ici être question de la fin de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. Bien entendu à part masochisme clinique et/ou curiosité malsaine, il vaut mieux éviter ces quelques lignes si vous n’avez pas terminé le jeu)

Désirant à tout prix clore l’arc Solid Snake dans Metal Gear Solid 4, Hideo Kojima a créé à l’époque un fourre-tout démesuré dans lequel il a tenté de faire entrer l’équivalent de plusieurs épisodes de révélations. Un objet boursouflé, parfois incohérent, souvent en désaccord avec sa propre mythologie, qui intégrait difficilement quelques phases de jeu au mélange. Avec quelques fulgurances et l’attrait de la conclusion, il restait des petites traces du savoir-faire de Kojima qui permettaient de s’accrocher aux pires monologues sur les nanomachines. Malgré tout, parvenir à mettre un point final, aussi bancal soit-il, à une telle arborescence de pistes de réflexions, de dérivations scénaristiques et de destins reste un tour de force. Une boulimie de complétion qui aurait dû se répéter logiquement dans un MGS 5, achevant lui la partie Big Boss et bouclant par là même la série. Le choix de Kojima s’est révélé tout autre, bien aidé dans ses décisions par la suppression de plusieurs missions et d’un chapitre entier.

Si la pression de Konami, qui souhaitait déjà se séparer de projets consoles coûteux pour se concentrer sur l’axe mobile/pachinko vite rentable et reclasser son personnel, n’est pas ouvertement mise en cause, la disparition d’autant de contenu n’est pas anodine. En résulte des lignes narratives de personnages sans issues, une conclusion amputée et des effets de manche qui sonnent comme un pétard sans amorce. Constellée de missions de remplissage et de baisses de rythme régulières, Metal Gear Solid 5 est certes un jeu à système, mais souffre cruellement d’une compréhension du monde ouvert vieillotte. Là où The Witcher 3 a su comment remplir un espace par de la vie et du sens, le jeu de Konami s’embarrasse d’un hub garant d’une progression artificielle et poussive. Non pas que cela en fasse un mauvais titre, il est difficilement attaquable sur son game-design général, mais Kojima n’a visiblement pas su – ou pu – intégrer son histoire à cette structure.