Dossier

[Dossier] Pourquoi il faut absolument revoir l’anime Ghost in the Shell

... Dôtée d'une réflexion profonde

Cinéma

Par Henri le

Parce que c’est une œuvre intelligente et visionnaire

Le manga et les anime ont longtemps souffert d’un manque de considération, voire d’une forme de mépris en Occident. Un constat renforcé par une majorité de la production effectivement destinée à du simple divertissement, ou dont le champ d’expression semble réservé aux plus jeunes. Au Japon, ces œuvres ont pourtant rapidement été considérées comme faisant partie d’un domaine artistique respectable.

Ghost in The Shell a permis de sortir de cette vision biaisée du médium. Plusieurs prodiges du cinéma occidental avaient d’ailleurs vu en lui un grand film. Ce fut le cas de James Cameron qui l’avait qualifié de « visionnaire » ou de Stanley Kubrick qui s’était dit impressionné du travail de Mamoru Oshii. Aujourd’hui, il n’est pas difficile de voir que l’anime a grandement inspiré des sagas comme Matrix des frères Wachowski ou encore l’adaptation de Minority Report par Steven Spielberg.

Cette reconnaissance (même tardive) des critiques françaises est due aux multiples thèmes abordés par le film. Empruntant à des auteurs comme Phillip K. Dick ou Isaac Asimov, GITS n’est pas qu’un simple film d’action. Créé avant l’avènement d’internet dans nos vies, le film décrit fidèlement la dérive d’un monde où tout est connecté et donc potentiellement accessible à des gens mal intentionnés. En ce sens, le travail de Shirow peut être vu comme celui d’un pessimiste, qui voyait dans l’avancée technologique du Japon des années 90 un véritable danger.

Mais le message du mangaka se veut universel, et pas uniquement centré sur l’archipel. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas d’indication géographique particulière dans son travail, même si la ville fait fortement penser à une métropole asiatique. Idem pour la section 9, qui regroupe des agents de tous horizons. Le créateur avait compris que le développement massif des technologies de communications numériques jetterai un flou sur nos frontières. Il ne s’était pas trompé.

L’autre aspect majeur de l’œuvre concerne la robotisation de la société et la potentielle déshumanisation qui en découle. Une thématique évidemment représentée par le Major Motoko Kusanagi, élément principal de la section 9, qui s’occupe de traquer les cybercriminels les plus dangereux. Dotée d’un corps artificiel taillé pour le combat, Kusanagi a conservé un cerveau humain (son « ghost ») après un crash d’avion qui a détruit le reste de ses membres. Froide et distante comme une machine, elle va pourtant être confrontée à des questions existentielles sur sa propre humanité.

Un questionnement qui va s’amplifier lors de sa rencontre avec le Puppet Master (appelé « le Marionnetiste » en français), qui est désigné comme son ennemi pendant une partie du film. Insaisissable, il s’agit d’un esprit brillant et torturé né de l’océan d’informations numériques qui circule dans le monde. Fonctionnant comme un programme, il peut prendre le contrôle de quasiment n’importe qui, étant donné que le monde est désormais peuplé d’humains modifiés par implants cybernétiques. Obnubilé par le Major, il décide de rentrer en contact avec elle pour tenter de la convaincre de fusionner.

Ces deux personnages forment un paradoxe fascinant. Le Major représente une pensée humaine capable d’introspection, dans un corps qui ne lui appartient pas. Sa quête effrénée d’humanité s’oppose à la vision du Puppet Master, qui s’est créé lui-même, mais ne dispose pas de sa propre enveloppe corporelle. Elle est prisonnière de sa « Shell » (sa coquille), lui souffre de n’en avoir jamais vraiment eu. Deux philosophies opposées qui posent la question ultime de l’œuvre de Shirow : Qu’est-ce qui fait vraiment de nous des humains ?