Depuis Until Dawn, Supermassive Games s’est forgé la réputation d’un studio capable de transformer les codes du cinéma d’horreur en jeux narratifs interactifs. Avec The Dark Pictures Anthology, cette formule s’est structurée sous forme d’une saga avec des opus indépendants, mais interconnectés, chaque épisode proposant un nouveau décor, de nouveaux personnages et une peur différente à explorer. Entre le manoir hanté, les légendes antiques, le tueur sadique ou encore le folklore inquiétant, la série s’est jusqu’ici appuyée sur des ressorts horrifiques assez classiques.
Avec Directive 8020, Supermassive prend une tout autre direction sans pour autant s’éloigner de ce qui fonctionne dans le monde du jeu d’horreur. Cet épisode se démarque immédiatement du reste de la collection par son cadre. On a ici un récit futuriste prenant place dans l’espace. Un choix loin d’être anodin car il permet au studio de convoquer tout un imaginaire du huis clos spatial, qui joue avec la paranoïa, les menaces inconnues et la survie en environnement hostile. Difficile de ne pas penser à Alien ou même Dead Space tant l’atmosphère semble puiser dans ces références.
La build à laquelle j’ai pu jouer durait un peu plus d’une trentaine de minutes, à condition de ne pas recommencer certaines scènes à plusieurs reprises. C’est relativement court, surtout pour un jeu narratif où le rythme repose souvent sur l’installation des personnages, des enjeux et des tensions internes. En réalité, la portion jouable comportait presque moitié moins de gameplay pur, le reste étant occupé par des cinématiques.

Si c’est légèrement frustrant, ce choix paraît logique. Supermassive cherche visiblement à préserver le mystère autour de son intrigue avant la sortie. Impossible donc, à ce stade, de se prononcer sérieusement sur la qualité globale du scénario. En revanche, cette introduction en dit suffisamment pour comprendre la direction choisie.
Du Supermassive remixé
L’un des éléments les plus intrigants de cette première prise en main repose (évidemment) sur la narration. Directive 8020 semble jouer avec plusieurs temporalités. Le jeu alterne entre scènes situées dans le présent, flashbacks ou sauts vers le futur, ce qui crée une forme de confusion volontaire pour le joueur. Ce procédé fonctionne bien pour installer le doute : qui dit vrai ? Qui ment ? Qui est encore humain ? Qui manipule les autres ? À aucun moment la lecture des événements n’est totalement claire, et c’est précisément ce qui donne envie d’en savoir plus.
Le cœur du mystère semble tourner autour des “mimics”, une menace encore mystérieuse, vraisemblablement capable d’imiter, de tromper ou de remplacer certains membres de l’équipage. C’est une idée prometteuse car elle transforme chaque interaction en potentiel piège. Et parfois les évènements futurs nous font voir le présent sous un nouveau jour.

Plus d’action et de possibilités de mourir
Si Directive 8020 conserve évidemment les fondations du studio avec ses dialogues à choix, ses embranchements narratifs caractéristiques et ses personnages pouvant mourir définitivement, cet épisode est aussi beaucoup plus nerveux que ses prédécesseurs. L’infiltration occupe une place importante dans le jeu mais la partie active n’est pas à négliger. Il s’agit de progresser dans des couloirs étroits, d’éviter une présence menaçante ou de surveiller ses déplacements. Cette dimension survival horror fonctionne bien grâce au décor spatial, naturellement anxiogène.
Les séquences à QTE sont quant à elles nombreuses et parfois brutales. Bonne ou mauvaise surprise, le danger ne surgit pas seulement lors des scènes attendues. Même des moments qui semblent anodins peuvent déboucher sur un accident mortel ou une erreur fatale. Ça pousse à rester concentré en permanence. Supermassive a également eu la bonne idée d’intégrer plusieurs niveaux de difficulté. Les joueurs moins à l’aise avec les QTE ou la rapidité d’exécution pourront adapter le jeu sans sacrifier l’intérêt narratif. Un choix intelligent pour ouvrir davantage la formule aux joueurs non traditionnels qui veulent juste profiter d’une expérience narrative seuls ou entre amis.
À la pointe de la modernité
Comme dans certaines productions récentes du studio, il est possible de remonter le temps à de nombreux moments afin de tester d’autres décisions. Sur le papier, l’idée est attrayante car elle favorise la curiosité mais surtout la rejouabilité et l’exploration des multiples embranchements. Mais elle pose aussi une vraie question de design. Les jeux du studio tirent une grande partie de leur force émotionnelle du fait d’assumer ses erreurs. Perdre un personnage à cause d’un mauvais choix, rater une décision sous pression ou regretter une action fait partie intégrante de l’expérience.
Si le joueur rembobine systématiquement dès qu’un événement lui déplaît, une partie de la tension dramatique disparaît. L’outil sera sans doute apprécié par certains joueurs pointilleux, mais utilisé à outrance il peut affaiblir ce qui rend ce type de jeu si impactant.
Là où Directive 8020 impressionne, c’est sur le plan visuel. Le jeu est tout bonnement superbe. Les éclairages sont dynamiques, les textures sont fines, la qualité des animations faciales est de haut niveau et la motion capture témoigne d’un vrai cap franchi par le studio. Le cadre futuriste aide aussi énormément. Là où les précédents épisodes se limitaient parfois à des environnements réalistes mais familiers, ici Supermassive peut se permettre davantage de créativité visuelle.
Autre bon point mais un peu moins étonnant, le jeu semble être construit comme un film découpé en séquences cohérentes, chacune ayant son propre enjeu dramatique. Le rythme que j’ai observé jusqu’ici ne souffrait d’aucun creux.
Ce qu’on attend désormais de la version finale
Cette première prise en main donne l’impression que Directive 8020 pourrait devenir l’épisode le plus solide et le plus audacieux de The Dark Pictures. Le changement de décor apporte un vrai souffle neuf, tandis que la montée en gamme technique saute aux yeux.
Reste maintenant l’essentiel. Le scénario saura-t-il tenir la distance sur plusieurs heures ? Les multiples timelines enrichiront-elles réellement l’intrigue ou compliqueront-elles inutilement le récit ? La tension restera-t-elle constante une fois l’effet de surprise passé ? Et surtout, ce pari du futur et de l’espace permettra-t-il enfin à l’anthologie de franchir un cap durable ? La réponse le 12 mai prochain.
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