Nous sommes nombreux à souhaiter faire attention à notre empreinte sur Terre, qu’elle soit écologique ou éthique. Devenir végétarien (voire végétalien), limiter ses déplacements carbonés et réduire sa consommation générale sont autant de manières d’être attentif à ces points.
Pour ce qui est des produits tech, il n’existe pas de recette miracle. Évidemment, le seul smartphone qui respecte l’environnement, c’est celui qui n’est pas fabriqué. Pourtant, il est difficile de s’en passer aujourd’hui et on doit donc se tourner vers la solution qui semble la moins pire. Plusieurs critères sont alors à considérer, comme la source des matières premières (notamment les terres rares ou le lithium des batteries, dont l’extraction est à la fois polluante et source de conflits géopolitiques), mais aussi la durée de vie du produit.
C’est en partant de ce constat que la société néerlandaise Fairphone s’est fondée il y a plus de dix ans. Ses produits se veulent donc engagés, équitables et surtout durables. Cela fait cependant inéluctablement monter les prix. Encore faut-il que ce soit viable. Si on accepte de payer un peu plus cher pour un téléphone éthique, il doit en valoir le coup et rester utilisable de nombreuses années. Après cinq générations en demi-teinte, le Fairphone 6 peut-il prétendre à ce statut ? Nous l’avons testé et notre avis est plutôt positif, même s’il reste encore de nombreux axes d’amélioration.
Les caractéristiques du Fairphone 6
Voici les caractéristiques techniques du Fairphone 6 :
| Fairphone 6 | |
|---|---|
| Écran | - 6,31 pouces, Full HD LTPO P-OLED - Définition : 1116 x 2484 pixels (431 ppi) - Taux de rafraîchissement de 10 à 120 Hz, gradation PWM et DC - Taux d’échantillonnage de l’écran tactile de 240 Hz - Pic de luminosité de 1400 cd/m² (luminosité typique de 800 cd/m²) - 1,07 milliard de couleurs - Rapport de contraste : 1 000 000:1 - Rapport d’aspect : 20:9 |
| Design | - Corning™ Gorilla Glass 7i, 0,7 mm, entièrement laminé, revêtement oléophobique - IP 55 |
| SoC et GPU | - Snapdragon® 7s Gen 3 Processor - Kryo CPU - 64-bit Architecture - 1 noyau Prime, jusqu’à 2,5 GHz - 3 noyaux Performance, jusqu’à 2,4 GHz - 4 noyaux Efficiency, jusqu’à 1,8 GHz - Adreno GPU |
| Mémoire | - 8 Go de RAM LPDDR5 - 256 Go de stockage interne UFS3.1 - Capacité de stockage externe : micro-SD jusqu’à 2 To |
| Coloris | - Blanc - Vert - Noir |
| Appareil Photo | Grand-angle : - Capteur Sony Lytia 700C de 50 MP, 1/1,56", taille des pixels : 1,0 μm - Quadpixel - Autofocus, distance minimale de mise au point de 10 cm, capteur de temps de vol - Zoom numérique jusqu’à 10x - Stabilisation optique (OIS) de l’image Ultra grand-angle : - Capteur d’image : 13 MP, 1/3,06", taille des pixels : 1,12 μm ƒ2.2, 5 éléments - Autofocus, mode macro, distance minimale de mise au point de 2,5 cm, capteur de temps de vol - Stabilisation électronique (EIS) de l’image Caméra frontale : - Capteur d’image : Samsung KD1 32 MP, capteur AF Taille des pixels : 0,64 μm - Zoom numérique 0,75x et 1x - Écran utilisable comme flash |
| Audio | - Haut-parleur stéréo - Formats pris en charge : SBC, AAC, aptX, aptX HD, aptX adaptive |
| Batterie | - Batterie au lithium ion amovible de 4415 mAh - 12h 07min de navigation sur Internet - 53h 52min d’utilisation mixte (valeur de l’étiquette énergétique UE) - Chargé à 50 % en 25 minutes avec un chargeur de 30 W |
| Connectivités | - Double SIM (nano-SIM + eSIM, toutes deux compatibles 5G) - Wi-Fi 6E, 2.4Ghz + 5Ghz + 6Ghz 802.11 a/b/g/n/ac/ax - Prise en charge de Wi-Fi Direct - Bluetooth® 5.4 LE - NFC - GPS/AGPS, Beidou, Galileo, GLONASS - Compatible avec l’USB 2.0 pour le transfert de données et la charge. Les câbles USB 3.1 sont compatibles, mais fonctionnent à la vitesse de l’USB 2.0. |
| Logiciel | - Android™ 15 - Android Enterprise Recommended - Mises à jour logicielles jusqu’en 2033 - Fonction Fairphone Moments |
| Taille et Poids | - 156.5mm x 73.3mm - Épaisseur : 9,6 mm - Poids : 191.4 g |
| Prix de lancement | - 599 € (avec 5 ans de garantie) |
| Date de Disponibilité | - Juin 2025 |
Oui, à 599 euros, soit presque le prix actuel d’un Pixel 9, on n’a qu’un Snapdragon 7s Gen 3, une puce que l’on trouve sur le Nothing Phone 3a (à 349 euros actuellement). Une conséquence directe de la politique de Fairphone : tous les acteurs de la chaîne de production sont payés à un prix juste, faisant de facto monter son tarif pour le consommateur. C’est la taxe nécessaire à payer pour un smartphone qui ne profite pas des inégalités pour exploiter des populations.
Afin de réduire les déchets, le packaging est entièrement en carton et contient le strict minimum, à savoir le téléphone, la documentation et un outil pour ouvrir le tiroir à carte SIM. Il est possible d’y adjoindre une coque de protection (29,95 €), un dos porte-cartes (27,95 €), un cordon (29,95 €) ou une bague de téléphone (27,95 €). Ces accessoires s’installent facilement et durablement sur le téléphone en retirant deux vis T5.
Design, écran et audio
De tous les Fairphone, cette sixième génération est celle qui se veut la plus moderne, la plus proche des standards du marché. S’il rejette les oripeaux de l’aluminium et du dos en verre pour leur préférer du plastique, il se veut tout de même soigné et dans l’air du temps. Pour tout dire, son format est quasi identique à celui du Pixel 9 Pro. On retrouve des tranches plates, un poids sous la barre des 200 grammes (191,4 très précisément) et, comme sur les Samsung Galaxy récents, des objectifs qui dépassent de quelques millimètres de la coque sans îlot dédié, ce qui est du plus bel effet. Certains détails trahissent néanmoins une gamme moins prestigieuse : son épaisseur de 9,6 mm et ses bordures d’écran encore un peu larges en haut et en bas témoignent de certaines restrictions sur les coûts de production.

Certains détails viennent toutefois ajouter un cachet à l’ensemble, à l’instar du nom de la marque à l’arrière, discrètement insérée dans un renfoncement de la coque rappelant une bulle de notification. On peut également citer les deux vis visibles à l’arrière, marque de fabrique du Néerlandais qui souhaite laisser à quiconque le soin de réparer son smartphone.
Sur la tranche droite se trouvent le bouton d’alimentation affleurant la coque, faisant par ailleurs office de capteur d’empreintes, ainsi qu’un commutateur jaune pour activer les Moments (nous y reviendrons). À gauche, les boutons de volume sont assez bas pour être aisément accessibles, mais se trouvent directement à l’opposée du bouton ON/OFF, il n’est donc pas rare d’appuyer sur l’un d’eux quand on veut allumer ou éteindre le téléphone. Je vous laisse imaginer le nombre de captures d’écran que j’ai dû supprimer parce que j’ai appuyé sur le bouton pour baisser le volume en plus de l’alimentation.

En dehors de cette maladresse, le Fairphone 6 reste ergonomique et agréable en main. Sa finition mate est douce et respire la qualité : rien ne grince ni ne remue et les traces de gras ne s’accrochent pas. Le seul véritable bémol vient de sa résistance aux infiltrations, certifiée IP55 seulement en raison de l’absence de colle pour sceller les composants entre eux (et ainsi faciliter la réparation). Il est donc résistant à la poussière et aux jets d’eau, mais pas à l’immersion. Évitez de le laisser tomber dans la piscine cet été. Sa coque en plastique absorbera toutefois mieux les chocs, comme en atteste sa certification MIL-810H (résistance à 1,5 m).
Son écran Oled de 6,3 pouces est aussi protégé par un revêtement Gorilla Glass 7i. Avec sa définition de 1116 x 2484 pixels, il se situe entre le Full HD et le WQHD, ce qui est tout à fait suffisant sur cette diagonale. On apprécie néanmoins l’arrivée de la technologie LTPO permettant la variation de son taux de rafraichissement de 10 à 120 Hz, de quoi permettre une bonne fluidité à l’affichage tout en améliorant l’autonomie.

La dalle est de bonne facture et a tout pour plaire ou presque. Ses 800 cd/m² de luminosité typique sont un peu justes face à une forte source de lumière. Cela reste utilisable au quotidien en poussant la luminosité au maximum, mais c’est un point d’amélioration pour les prochaines générations et surtout un détail à connaître si vous habitez une région très ensoleillée et que vous êtes souvent en extérieur.
La partie audio est quant à elle assurée par deux haut-parleurs stéréo, dont la puissance est bien équilibrée entre les deux, ce qui est assez rare pour être relevé. À plein volume, le son est clair et met bien en avant les voix, ce qui est idéal pour écouter un podcast par exemple. Côté musique, la qualité est bonne dans les (hauts) médiums, mais le rendu est plus plat aux extrémités du spectre, notamment dans les basses, quasi absentes.
Android 15 et performances
Deux versions du Fairphone 6 sont disponibles : l’une avec Android 15 pour une expérience simple et familière, et une autre avec /e/OS, un système d’exploitation open source axé sur la confidentialité des données. Cette dernière est un peu plus chère (649 euros), en raison du service cloud privé inclus (sur des serveurs européens). Précisons toutefois que c’est la version Android que nous avons testée.
Fidèle à la philosophie de la marque, la partie logicielle du Fairphone 6 se veut sans fioritures. Pas d’applications supplémentaires (hormis une app Fairphone pour acheter des pièces détachées), pas d’interface lourde ni de fonctions additionnelles, juste Android. Cette sobriété confine au minimalisme, mais embarque tout de même Gemini, le modèle de langage IA de Google. Dommage en revanche que la fonction Circle to Search (entourer pour chercher) ne soit pas (encore ?) intégrée.
La seule originalité vient du switch physique évoqué plus tôt. Celui-ci peut être configuré pour activer ou désactiver le mode Ne Pas Déranger, le mode avion, la lampe torche, le thème sombre ou encore l’économiseur de batterie. Par défaut, il est toutefois configuré pour activer les Moments. Ces instances paramétrables affichent un fond d’écran neutre (un simple dégradé de couleur), la date, l’heure et ne laissent accès qu’à cinq applications au choix. Cela ajoute une barrière virtuelle vers vos services de messageries, réseaux sociaux et autres distractions. Elles restent accessibles, mais ne resteront pas sous votre nez à vous narguer alors que vous tentez tant bien que mal de terminer ce projet important dont l’échéance était hier.
Malheureusement, cette simplicité ne s’accompagne pas des performances qui vont généralement avec. Sur l’interface, il arrive parfois de subir des saccades assez désagréables, ce qui peut inquiéter quant à ses performances en fin de vie, après les 7 années de mises à jour majeures promises par Fairphone (et jusqu’en 2033 pour les mises à jour de sécurité). Toujours est-il que cela semble lié à l’interface et non à la puissance intrinsèque du téléphone. Le Snapdragon 7s Gen 3 est largement suffisant pour faire tourner le système comme les jeux. Même Genshin Impact tourne sans le moindre hoquet à 60 FPS avec les options graphiques réglées sur « Élevé ». Il en va évidemment de même pour les autres jeux testés tels qu’Asphalt Legends (malgré quelques bugs) ou Diablo Immortal pour ne citer qu’eux.
Photo et vidéo
Habituellement, la partie photo est le point faible des smartphones de Fairphone. Ce cru 2025 représente une amélioration, sans réussir à impressionner. Il s’appuie sur un capteur Sony Lytia 700C de 50 Mpx avec stabilisation optique pour le grand-angle et un capteur de 13 Mpx avec stabilisation électronique pour l’ultra grand-angle. Le troisième objectif est quant à lui un capteur de profondeur pour améliorer l’effet du mode portrait. Dans l’application, Fairphone met toutefois en avant trois focales différentes : les deux capteurs mentionnés ainsi qu’un zoom numérique x2.

Deux problèmes sautent rapidement aux yeux en examinant de près les clichés réalisés par le Fairphone 6 : le piqué de l’image chute vite avec la distance et le traitement logiciel en basse lumière est souvent grossier. Les contours sont rarement nets et bon nombre de textures sont lissées, voire pire, transformées en bouillie de pixels à certains endroits. De plus, lorsque la lumière vient à manquer (y compris en journée en intérieur), on note un rehaussement artificiel de la luminosité ainsi qu’un filtre passe-haut visant à améliorer la netteté. Filtre dont les paramètres sont un peu trop poussés pour que le rendu reste naturel.
Toujours est-il que si certaines zones très sombres dans les photos à forte dynamique sont parfois bouchées, l’exposition est globalement bien gérée. Le Fairphone 6 corrige donc l’un des principaux défauts de son prédécesseur qui peinait à reproduire le détail des zones trop lumineuses. Et si ce n’est pas à la hauteur de ce dont est capable un Pixel 9a (100 € moins cher), il reste suffisant pour quelques photos souvenirs à publier en story.
C’est moins le cas en revanche pour l’ultra grand-angle qui accentue tous ces défauts en y ajoutant en prime une déformation assez marquée et un manque flagrant de luminosité. Une optique qu’on risque donc de rapidement oublier tant elle devient vite inutilisable dans les mauvaises conditions.
À l’inverse, la caméra frontale (un capteur Samsung KDI de 32 Mpx) s’en sort bien. Même lorsque la lumière ambiante vient à manquer, on conserve du détail et une bonne gestion de la colorimétrie.
Pour ce qui est de la vidéo, il est possible de filmer en 4K à 30 FPS, en 1080p jusqu’à 60 FPS ou 120 FPS et en 720p jusqu’à 240 FPS.
Batterie et recharge
Avec sa batterie de 4415 mAh le Fairphone 6 ne déplace pas des montagnes, mais son processeur peu gourmand lui permet néanmoins de résister à une journée d’utilisation et demie avec un usage léger (navigation web, réseaux sociaux…). En jeu, c’est un peu plus mitigé puisque 30 minutes de Genshin Impact vident 10 % de batterie, ce qui laisse le temps de voir venir sans être exceptionnel.

La recharge monte quant à elle jusqu’à 30 W (chargeur vendu séparément) et peut remplir la batterie au complet en un peu plus d’une heure et demie. En moyenne, comptez 1 % par minute de charge, avec une vitesse doublée entre 0 et 10 % et divisée par deux de 98 à 100 %.
L’esprit Fairphone
Au-delà des caractéristiques propres au téléphone, Fairphone représente aussi un état d’esprit et une volonté de repenser notre rapport aux nouvelles technologies. On n’achète pas un Fairphone pour son rapport qualité-prix, incapable de rivaliser avec les sociétés moins éthiques, mais pour les valeurs qui l’accompagnent. Certaines d’entre elles, comme l’objectif zéro émission d’ici à 2045, passent obligatoirement par des procédés discutables, comme l’achat de crédit carbone. D’autres en revanche sont bien plus impactantes, comme l’assurance que chaque maillon de la chaîne est payé à sa juste valeur et que l’extraction de ses composants n’a pas alimenté un système dictatorial.

Plus encore, Fairphone propose de reprendre le contrôle de nos appareils et de choisir comment on souhaite le faire survivre au fil des ans. Le fait de pouvoir démonter soi-même son téléphone pour en changer une pièce en quelques minutes rallonge radicalement son espérance de vie. Un atout non négligeable et une potentielle économie sur le cycle complet du smartphone pour celles et ceux qui décideront de jouer le jeu.
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