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[Test] Watch Dogs 2 : Ubisoft a-t-il tiré des leçons du premier épisode ?

Par Kevin-J le

Avant même d’aborder la critique de ce second épisode, revenons quelque peu en arrière afin pour nous pencher sur le cas du premier Watch Dogs. Licence neuve sorti de l’escarcelle d’Ubisoft en 2014, ce titre entendait nous plonger dans un thriller technologique à l’ambiance sombre et paranoïaque sur lequel planait l’ombre d’Orwell et de ses pairs. Un pari à moitié réussi, Ubi cédant à ses vieux démons en nous proposant un jeu usant et abusant des ficelles habituelles du studio. En résultait un jeu pas désagréable, avec même quelques belles idées, mais aussi empli de défauts et honni par toute une communauté de joueurs excédés par les promesses et autres mensonges d’Ubisoft suite au sévère downgrade graphique du titre.

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Autant d’éléments qui n’avaient cependant pas empêché le titre de réaliser un petit carton en terme de ventes, signant de facto la mise en chantier d’une suite, le père Guillemot n’étant pas connu pour laisser tomber les licences qui fonctionnent. Dire que ce Watch Dogs 2 est attendu au tournant serait donc un doux euphémisme et de nombreux joueurs sont avides de découvrir si ce bon vieil Ubi à retenu les leçons du premier épisode pour nous proposer une seconde mouture plus aboutie. Après quelques dizaines d’heures en compagnie du titre, voici quelques éléments de réponse.

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N’y allons pas par quatre chemin, Ubisoft nous a encore une fois servi du Ubisoft, et cela risque de fâcher les « quelques » réfractaires au style du studio. Nos pérégrinations au sein de la baie de San Francisco seront donc parsemées d’activités de remplissage qui peuvent, il faut bien l’avouer, lasser au bout d’un moment. S’il est assez pénible d’aller dégommer quelques barbouzes afin de récupérer un sac de dollars et ce, pour la 25ème fois consécutive ou bien d’aller participer à une énième course de motos/quad/bateau (rayez la mention inutile), toutes peu ou prou identiques, d’autres activités quant à elle sont des plus sympathiques, en sus d’être originales.

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La technologie (et ses dérives, mais nous y reviendrons un peu plus tard) étant au cœur du propos de Watch Dogs, Ubisoft a mis un accent particulier sur cet aspect. Notre héros pourra donc occuper ses heures perdues à jouer les chauffeurs grâce à l’application Driver San Francisco (clin d’œil, clin d’œil), prendre de beaux selfies devant les points d’intérêts de la ville, ou encore tout simplement enrichir la playlist du jeu en traquant diverses mélodies grâce au Shazam local. Mais pourquoi s’adonner à ses a-côtés vous demandez-vous sûrement. Eh bien pour gagner des abonnés. Car voyez-vous, Marcus, et ses petits potes de chez Dedsec ont besoin d’une foule de partisans pour lutter contre les dérives du système orchestrées par Blume.

[nextpage title= »La liberté de se battre pour conquérir la liberté »]

Comme nous l’avons mentionné précédemment, les dérives technologiques sont au cœur du propos de Watch Dogs, et ce deuxième épisode nous plonge dans une histoire abordant bon nombre de problématiques et de questionnements en prise directe avec le réel. Exploitation des données personnelles, droit à l’oubli, surveillance des individus et autre protection de la vie privée sont ainsi évoqués au gré des différentes missions proposées par le jeu. Dedsec, le groupe de hacker évoqué dans le premier épisode est ici au cœur de l’intrigue, et agit comme n’importe quel lanceur d’alerte, explosant les dérives d’un système corrompu et liberticide au possible à grand renfort de vidéos dignes de nos chers Anonymous, le sens du spectacle en plus.

Contrairement à Aiden Pearce, le protagoniste vengeur du premier épisode, Marcus Holloway et sa bande de joyeux drilles agissent pour le bien commun, dans l’idée de dénoncer les malversations des grandes corporations qui se moquent allègrement du petit peuple. Un changement de ton assez radical qui donne à l’ensemble du titre d’Ubisoft une ambiance décontractée, rigolarde et à mille lieux du sérieux et de la noirceur du premier épisode. Il ne sera pas rare de sourire, voire de rire franchement lors de certaines missions, que ce soit au détour d’un clin d’œil délicieusement référencé, ou d’une mission bien troussée, se payant en plus le luxe de faire écho à des événements réels. Histoire de ne rien gâcher, le tout s’inscrit dans une ville de San Francisco reproduite avec grand soin, regorgeant de vie et de petites histoires à découvrir à l’occasion des virées que l’on sera amené à effectuer.

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Et elles seront nombreuses ses ballades urbaines, car Ubisoft a mis l’accent sur la liberté à l’occasion de ce nouvel épisode. Pour commencer, l’intégralité de l’aire de jeu est débloquée dès le départ, et il sera possible de l’explorer à loisir avant même d’aller effectuer la première mission principale. De quoi se familiariser non seulement avec l’environnement, mais aussi de découvrir quelques-unes des activités annexes, et se rendre compte du même coup que l’on est bien mal équipé pour affronter certaines situations. Si tout est libre d’accès, cela ne veut pas forcément dire que l’on possède la capacité à y accéder dès le départ. Pour obtenir certains objets, il faudra débloquer les capacités et gadgets de Marcus en collectant des points de compétences disséminés dans l’open world, ou bien en collectant de nouveaux abonnés. Chaque choix de compétence impactera directement la manière de jouer, et il reviendra à chacun de choisir son approche favorite.

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C’est là la très grande force de ce Watch Dogs 2 : il n’y a pas de méthode supérieure à une autre lorsqu’il s’agit d’effectuer une mission. Il est aussi efficace de foncer dans le tas arme au poing que de rester en retrait et d’utiliser ses gadgets pour remplir un objectif, ou d’utiliser un mix habile des deux. Bien peu de missions demanderont à Marcus d’agir en personne, et il sera souvent possible de tout faire en usant et abusant des drones, nouveautés de cet épisode. À tel point que les missions se transforment presque en puzzle qu’il faudra s’amuser à résoudre de la manière la plus efficace possible, en recherchant tout d’abord les failles grâce à la vue aérienne du Quadcopter, avant d’envoyer le petit drone à roulette effectuer les tâches manuelles dans les zones interdites. Si l’on ajoute à cela une ribambelle de nouveautés au niveau du hacking, on obtient une franche réussite en matière de level design.

Watch Dogs 2, disponible à partir de demain sur PS4 et Xbox One, puis le 29 novembre sur PC (testé sur PS4)
Les visuels qui illustrent ce test sont des visuels éditeurs

PS : Concernant les petits soucis techniques que peuvent rencontrer certains joueurs actuellement, dont les problèmes que nous avons pointés : Ubisoft précise qu’il travaille activement sur ces sujets-là, et que les éventuels soucis devraient disparaître incessamment sous peu.

Notre avis

Dans l'ensemble, Ubisoft semble avoir tiré les leçons du premier Watch Dogs pour nous livrer un second épisode qui vient corriger les tares de son aîné. Porté par une ambiance décomplexée et rigolarde, à des années lumières du premier épisode, il n'en conserve pas moins un propos de fond assez sérieux qui vient questionner à de nombreuses reprises notre rapport aux nouvelles technologies, et la vie numérique en générale. Quitte par moment à basculer dans une overdose référentielle outrancière pour faire passer la pilule. Plus ouvert, le monde qui nous est cette fois-ci présenté joui d'un design très réussi, qui donnera l'occasion aux joueurs d'expérimenter de nombreuses approches. Restent quelques soucis techniques sur console. Outre un effet de tearing assez dérangeant, ce sont surtout les baisses de framerate qui posent problème, et qui rendent parfois le jeu assez pénible à regarder. Exceptions faites de ces quelques errances d'affichage, ce Watch Dogs 2 reste éminemment sympathique. Absolument pas révolutionnaire, mais très solide et efficace dans son genre, avec parfois quelques élans absolument délicieux qu'il serait dommage de rater.

7.5 / 10