Le cuivre a encore de beaux jours devant lui. Alors que les principaux FAI engagent des millions pour développer un réseau de fibre optique, l’ARCEP vient de valider, via son comité d’experts cuivre, le développement du VDSL 2. Cette technologie cousine du traditionnel ADSL permet des débits plus élevés, jusqu’à 100 Mb/s en théorie, pour des investissements bien moins élevés que ceux nécessaires à la fibre optique. Dans ce dossier, nous vous proposons un décryptage de cette technologie, ainsi qu’une réflexion sur les enjeux qu’elle suscite.

Les technologies xDSL

Parlons maintenant de quelque chose que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : les modems téléphoniques. Qu’il s’agisse de bolides à 33.6k, voire de foudres de guerre à 56k, ces antiquités qui faisaient des bruits si excitants n’étaient pas dénués de défauts, dont le plus gros était sans aucun doute le débit faiblard.

C’est pour répondre à ce besoin croissant en débit que les technologies telles que RNIS (ou Numeris en France) mais surtout xDSL ont été développées. Les premières d’entre elles ont permis de décupler le débit internet de tous les abonnés, sans recourir à de lourds investissements financiers. En effet, tout comme les modems précédents, elles reposent sur le réseau téléphonique en cuivre. Pour en bénéficier, il suffisait donc de s’équiper d’un modem adéquat – et de l’abonnement qui allait avec. De son côté, les FAI n’avaient qu’à mettre à jour leur parc de centraux téléphoniques, le reste, autrement dit tous les câbles torsadés en cuivre (ou paires de cuivre) étant déjà en place.

Les technologies xDSL sont classées en deux catégories. D’un côté se trouvent les connexions symétriques, dans lesquelles le débit ascendant (upload) est égal au débit descendant (download), mais qui empêchent l’utilisation du téléphone, la bande spectrale traditionnellement utilisée pour la voix étant réquisitionnée. De l’autre se trouvent les connexions asymétriques, dans lesquelles le download est souvent bien supérieur à l’upload, et qui laissent libre la bande spectrale de la voix.

– HDSL : High-Bit Rate DSL. Mis au point aux Etats-Unis dans les années 1990, l’HDSL est l’une des plus anciennes technologies xDSL. Il s’agit d’une connexion symétrique, permettant d’atteindre entre 1 et 2 Mb/s. Son principe repose sur une division du tronc numérique du réseau téléphonique en plusieurs paires de fils (2 paires en Amérique, 3 paires en Europe).
– SDSL : Single-Pair DSL, ou Symmetric DSL. Il s’agit d’une connexion HDSL, mais réalisée avec une seule paire de cuivre. Elle est conçue pour une plus courte distance que l’HDSL, et s’adresse principalement aux entreprises.
– ADSL : Asymetric DSL. Comme son nom l’indique, l’ADSL est asymétrique, elle privilégie le download à l’upload. C’est la technologie qui a connu le plus de succès notamment en France, car elle est bien adaptée aux habitudes de consommation du grand public qui télécharge beaucoup plus de données qu’il n’en envoie, le tout sans aucune perte de qualité pour le téléphone.
– VDSL : Very High Bit Rate DSL. C’est la plus rapide des technologies xDSL. Sur une simple paire de cuivre, elle supporte jusqu’à 55 Mb/s. Elle s’utilise aussi bien en connexion symétrique (34 Mb/s dans les deux sens) qu’asymétrique.

Il existe encore d’autres technologies xDSL, mais elles sont plus anecdotiques.

Source : Unitic Telecom

Source : Unitic Telecom

Le VDSL 2, ultime stade du cuivre

Et le VDSL 2 dans tout ça ? Et bien il s’agit du successeur du VDSL, et du type de connexion qui utilise au maximum les capacités de la ligne téléphonique. Alors que la voix ne requiert qu’à peine 10 % de la bande spectrale de la ligne, le VDSL utilise quant à elle les 90 % restants. Sur le schéma suivant on note que la bande spectrale dédiée à la voix (POTS, acronyme anglais pour « bon vieux téléphone »), sur la gauche, n’occupe qu’une place restreinte sur la totalité de la largeur disponible. Quant à l’ADSL, il est limité à la bande de 0 à 2,2 MHz (et encore, dans le cas de l’ADSL 2+). Le VDSL 2, on le voit, va jusque 12 MHz.

Source : wikipedia

Source : wikipedia

Une bande spectrale plus large signifie plus de débit. On l’a vu, le VDSL 2 promet, en théorie, d’atteindre les 100 Mb/s en download pour 60 Mb/s en upload… De quoi faire rêver pas mal d’utilisateurs. En symétrique, on peut obtenir 50 Mb/s dans les deux sens. Oui mais il y a un mais, nous avons bien précisé « en théorie », parce qu’en pratique, il en va autrement. Les performances du VDSL 2 sont étroitement liées à la distance qui sépare votre box du répartiteur. Pour faire simple, le VDSL 2 est prévu pour fonctionner jusqu’à 3,5 km du DSLAM. Mais entre 3,5 km et 1 km, il ne faut pas s’attendre à voir de gain de performance comparativement à l’ADSL 2+. C’est même pire dans certains cas… En revanche, en dessous d’1 kilomètre, on obtient des débits plus élevés que ceux de l’ADSL 2+.

Avantages et inconvénients du VDSL 2

Evidemment, avec de tels débits théoriques, la vitesse est l’un des arguments majeurs du VDSL 2. En outre, il ne nécessite qu’un investissement mineur de la part des FAI : ces derniers ont simplement à mettre à jour les appareils reliés aux abonnés VDSL, ce qui est beaucoup moins cher que d’investir dans la fibre optique, d’un facteur 10 selon certaines estimations. Et à l’heure où des FAI comme Free font la grimace pour mettre la main au portefeuille et développeur leurs infrastructures (Xavier Niel aurait qualifié la fibre d’un « investissement dégueulasse »), le VDSL 2 constitue une solution bon marché.

Pour autant, cette technologie n’est pas dénuée d’inconvénients. Comme nous venons de le souligner, la distance est problématique. Tout le monde n’a pas la chance de vivre à moins de 1000 mètres de son répartiteur, et ce même en ville. Quant aux Français vivant dans des zones moins urbanisées, ils ne devraient même pas en entendre parler, à quelques exceptions près. AU final, selon l’ARCEP, environ 16 % des lignes téléphoniques sont éligibles au VDSL 2.

VDSL 2 : quelles offres, quelles box seront compatibles ?

Pour l’instant, on ne sait pas grand-chose des futures offres VDSL 2. A priori, elles ne devraient engendrer aucun surcoût pour l’abonné. Pour l’instant, seul le fournisseur d’accès roubaisien OVH communique à ce sujet. Il prétend avoir anticipé l’arrivée du VDSL 2 dès 2010 et ainsi installé du matériel compatible.

Du côté d’Orange et de Free, on a lancé des tests silencieux ces derniers mois. Mais la validation de la technologie par l’ARCEP devrait faire évoluer les choses dans les mois qui viennent. Une phase de tests grandeur nature vient d’être lancée dans deux départements, la Dordogne et la Gironde. Elle devrait permettre aux FAI intéressés de tester les différents aspects de la migration en VDSL 2. L’ARCEP prévoit ensuite l’arrivée des premières offres commerciales d’ici cet automne.

Si vous vivez près de votre DSLAM (voire dedans) et que votre liste de photos de poneys à télécharger est longue comme le bras, alors vous êtes sans doute intéressé par le VDSL 2. Pour cela, il faudra évidemment une box récente pour en bénéficier. Les box dernière génération d’Orange (Livebox Play), de Free (Freebox Revolution), et de Bouygues (Bbox Sensation) sont d’ores et déjà compatibles. SFR vient également d’annoncer que sa Neufbox Evolution le sera également, du moins dans sa dernière version. Mais pour les versions plus anciennes, il faudra sans doute les échanger, gratuitement ou non, telle est la question !

Conclusion

L’avènement futur du VDSL 2 amène à réfléchir sur l’avenir du paysage numérique français. Alors que plusieurs FAI semblaient décidés à développer la fibre optique, notamment en FTTH, le contexte économique incertain qui règne sur l’Europe depuis fin 2008 les a poussés à revoir leurs priorités. Développer le VDSL 2 leur permettrait d’augmenter considérablement le débit moyen des abonnés en zone urbaine, pour un coût modéré. Mais les Français résidant en zone rurale seraient alors délaissés : non seulement ils ne pourront vraisemblablement pas bénéficier du VDSL 2, mais ils pourront en outre faire une croix sur le FTTH, qui n’arrivera pas avant belle lurette. Dès lors, on peut se demander si le VDSL 2 est une priorité. Ne vaudrait-il pas mieux redoubler les efforts et avancer au plus vite le développement du FTTH, afin de garantir un accès à internet rapide à tous, comme le prévoit le plan Très Haut Débit ? C’est un véritable casse-tête que les FAI devront résoudre.