Culture G(eek) : The Green Hornet, la renaissance d’un mythe

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Par Pia le

Les nouveau héros ne sont pas parfaits, c’est bien pour ça qu’ils nous (me) fascinent autant. Après avoir remis au goût du jour le super-torturé (Christian Bale, inquiétant Batman post-traumatique pour Nolan), le super-charismatique (Robert Downey Jr. En Iron Man tchatcheur et sexy chez Favreau) ou le super-bipolaire (le Hulk de Leterrier incarné par l’improbable et convaincant Edward Norton), Hollywood nous présente le super-naze, alias The Green Hornet. Si le concept de l’anti-héros ne date pas d’hier, ici le tandem classique composé du héros et de son « sidekick » revient dans une version totalement réinventée par Seth Rogen (au scénario et sous le masque) et le réalisateur français Michel Gondry. Entre cascades arty et répliques cultes, les débuts catastrophiques mais hilarants du Frelon Vert et de son fidèle acolyte Kato en tant que justiciers soulèvent toutes les questions que vous n’osiez pas vous poser sur les hommes masqués…

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Parents disparus, origines louches, vengeance ou noblesse de cœur, avouez que les motivations des super-héros sont parfois aussi peu crédibles que leurs tenues moulantes. Dans The Green Hornet, Brit Reid et Kato décident de se grimer autant par immaturité que par esprit de rébellion. Le premier n’a aucune estime de lui suite aux réprimandes répétés de son père, le second un talent pour les arts martiaux et la conception de gadgets sophistiqués sous-employé. Tous deux en veulent à mort à la figure paternelle ou patronale de feu James Reid, patron du journal le Daily Sentinel. Pas de grande responsabilité, pas d’amour inconditionnel pour l’humanité, voilà pour les grands sentiments. Après une première sortie désastreuse qui se solde par un acte de vandalisme et les balbutiements d’un sauvetage héroïque, ils vont perdre plusieurs jours de leur vie à se composer tenues et gadgets, avec pour but ultime leur première patrouille qu’ils espèrent grisante. Dix minutes de kif intense et c’est la déception : mais que font les vrais super héros ?

//Un Duo Dynamique

Et c’est quand on entre dans le vif du sujet que Gondry dynamite les codes ancrés dans la culture comics. Tout d’abord, la tenue. Alors que tous les « vrais » moulent leur plastiques avantageuses dans du latex, nos deux compères craignent le ridicule. En reprenant les tenues classique de la série télé qui avait révélé Bruce Lee (elle-même remake d’un feuilleton radio), The Green Hornet modernise bien paradoxalement l’image du héros. Des vêtements ancrés dans une réalité sociale : un homme d’affaire et son chauffeur, deux simples loups sur le visage… Leur identité repose pourtant bel et bien sur ce premier choix vestimentaire : ils ne sont pas des personnages de BD mais deux jeunes hommes frustrés qui courent après une reconnaissance que leur refuse la société dans laquelle ils vivent. Ensuite, la question de l’homosexualité. Qui ne s’est jamais demandé ce que pouvaient bien faire Batman et Robin, la nuit dans cette sombre et humide Bat-cave ? L’image du duo d’hommes en collants, unis à la vie à la mort, oscille souvent entre franche amitié virile et une intimité parfois bien mystérieuse… Nos deux héros en ont clairement conscience, et ils en parlent beaucoup, s’insultent pour mieux se définir sexuellement, des sous-entendus inquiets de Kato jusqu’à la conclusion exaspérée d’une héroïne qui leur conseille de se faire des bisous, entre eux ! Cameron Diaz incarne d’ailleurs la fille de l’histoire avec beaucoup de second degrés en campant une secrétaire plus toute jeune mais encore sexy qui a oublié d’être bête. Et devient le cerveau de cette histoire sans même s’en rendre compte.

//Dans la pratique…

Côté action, l’ancien réalisateur de clips (il a travaillé pour Bjork, les Daft Punk), ne manque pas de rythme, ni de références (Kato hurle « Shoryuken » lors d’une dispute qui dégénère). L’homme qui avait inventé le bullet time pour une pub Smirnoff (repris par les frères Wachowski pour Matrix) joue ici avec le temps. En effet lorsque le cœur de Kato s’emballe, le temps ralenti et l’espace se dédouble tout autours, lui permettant de se tirer des situations les plus explosives. L’effet visuel est saisissant, les personnages à l’écran évoluent à des vitesses différentes et les éléments dangereux repérés par le héros clignotent en rouge. Cette explication visuelle et assez poétique de ses capacités surhumaines s’insère étonnamment bien dans un film de commande à gros budget. Car si elle est demeure discrète, la patte de Gondry amateur de trouvailles à l’esthétique vintage y est bien décelable. Qu’il s’agisse des quelques moments très clipés visuellement (la visite du garage en accéléré, le découpage en cases de la rumeur qui se repend, etc.) ou une attention extrême portée à des petits détails, comme le « plop ! » naïf et dramatique qui se fait entendre lorsque papa Reid arrache la tête de la poupée de son fils. Kato et Brit, grands gosses rêveurs et finalement idéalistes ne brisent pas la tradition des héros de Gondry. Pas tout à fait les pieds sur terre, un peu paumés et sympathiques, ils vont tout de même exploser bien des voitures et tuer des méchants (un « honnêteté » appréciable compte tenu du genre) dans la plus grande tradition hollywoodienne. On n’avait plus autant ri et rêvé devant des justiciers masqués depuis longtemps.

–> Et hop ! le trailer :