Philippe Val : Edward Snowden est un “traître à la démocratie”

Général

Par Elodie le

Quelle mouche a donc piqué Philippe Val pour effectuer pareille sortie ? Tentative d’explications.

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Philippe Val, boss de France Inter – Crédits : Acaba

Depuis son arrivée médiatique à la tête de France Inter en 2009 sous l’ère Sarkozy – engendrant par la même son départ tendu de celle de Charlie Hebdo – et les limogeages de Stéphane Guillon et Didier Porte, alors poils à gratter en chef du pouvoir en place, qui ont suivis ; Philippe Val n’avait pas énormément fait parler de lui. Est-ce son départ prochain de la direction de la radio publique qui lui donne des ailes et l’autorise à s’affranchir ainsi de son droit de réserve?

C’est dans le cadre d’une rencontre avec les Amis du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) que Philippe Val aurait tenu ces propos. C’est d’ailleurs le site du Crif qui les rapporte dans un billet relatant cette rencontre où Philippe Val fut invité à s’exprimer sur la crise de la presse.

Parmi les causes dénoncées par le patron de France Inter : « Le fait que le prix Pulitzer ait été attribué aux journalises qui ont révélé l’affaire Snowden est le symbole de la crise de la presse car Snowden est un traître à la démocratie. »

Malheureusement pour l’explication de texte, on attend toujours. Il aurait été intéressant de connaitre le fond de sa pensée (peut-être l’a-t-il exprimée, néanmoins rien n’a été retranscrit) : Considère-t-il Snowden comme un “traître à la démocratie” pour avoir subtilisé des informations secret défense, pour les avoir transmises à des journalistes, pour avoir mis en danger des gens par ces révélations ? Les journalistes eux-mêmes se rendent-ils coupables de traîtrise ou de complicité ? Pense-t-il donc de même de Chelsea – Bradley – Manning, Julian Assange et tout whistleblowers de l’ère numérique ? Y-a-t-il des choses qui doivent être dites et d’autres tues, etc. ?

Ce fond de pensée n’est finalement pas très soudain et rappelle le désamour du futur ex-patron de France Inter avec tout ce qui a trait à Internet, comme le rappelle justement Numerama :

À part ceux qui ne l’utilisent (Internet) que pour bander, gagner en bourse et échanger du courrier électronique, qui est prêt à dépenser de l’argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel ? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs, qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, leurs haines, ou leurs obsessions. Internet, c’est la Kommandantur du monde ultra-libéral. C’est là où, sans preuve, anonymement, sous pseudonyme, on diffame, on fait naître des rumeurs, on dénonce sans aucun contrôle et en toute impunité. Vivre sous l’Occupation devait être un cauchemar. On pouvait se faire arrêter à tout moment sur dénonciation d’un voisin qui avait envoyé une lettre anonyme à la Gestapo. Internet offre à tous les collabos de la planète la jouissance impunie de faire payer aux autres leur impuissance et leur médiocrité. C’est la réalité inespérée d’un rêve pour toutes les dictatures de l’avenir.

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Comme le précise Pierre Hasky dans Rue89, quoique l’on puisse penser d’Edward Snowden, sentiment qui tient pour beaucoup dans la réponse à cette question : traître ou héros ?, la remise du prix Pulitzer (l’une des plus prestigieuses distinctions au monde) aux journalistes du Guardian et du Washington Post ayant permis la publication des révélations de l’ex consultant de la NSA, « montre qu’une partie non négligeable de l’establishment américain pense que ces révélations étaient salutaires. »

Même Barack Obama, qu’on ne soupçonne pas de porter Snowden dans son cœur, a été plus timoré sur la question, notamment dans son discours de janvier sur sa politique de surveillance et la redéfinition du rôle de la NSA :

Je dirais que la défense de notre nation dépend en partie de la fidélité de ceux auxquels nous avons confiés les secrets de notre nation. Si toute personne qui s’oppose à la politique du gouvernement peut prendre [ces secrets] dans ses mains et divulguer publiquement des informations classifiées, alors nous ne serons jamais en mesure de garder notre peuple en sécurité, ou de conduire une politique étrangère.

Nous ne manquerons pas de pointer l’ironie de cette prise de position radicale de Philippe Val avec celle que le Crif rappelle en introduction de son article.

Un rappel historique lui a permis de rappeler que les lois sur la presse de 1881 avaient été décisives pour la démocratie française car elles ont permis de dire la réalité au citoyen, sans avoir nécessairement l’aval des dirigeants, comme c’était le cas précédemment. Il en déduit que la naissance de la presse moderne est concomitante à la naissance de la démocratie française.

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