4chan prétend avoir manipulé la pétition anti-Brexit

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Par Corentin le

[Mise à jour] Comme le relève LeMonde.fr, le site s’occupant des pétitions du gouvernement britannique a mis à jour dans la journée sa liste des signataires.

Issu du Monde.fr :

Vers 14 h 30, lundi 27 juin, la page annonçait un peu plus de 3,7 millions de signatures. Sur celles-ci, 3,56 millions étaient déclarées en provenance du Royaume Uni, soit 96 % du total. 146 342 autres provenaient de l’étranger. Seuls quatre pays étrangers totalisaient plus de 10 000 internautes en faveur du nouveau vote :
France (24 792 personnes, alors que la communauté britannique est estimée à 400 000 résidents environ) ;
Espagne (15 640) ;
Australie (15 543) ;
Etats-Unis (14 695).

Cela donne un taux de 96% de signataires au Royaume-Uni. Rien a voir avec les chiffres avancés par les utilisateurs de 4chan. S’il n’est évidemment pas possible de vérifier individuellement chaque signature, il reste assez clair avec cette nouvelle liste que cette pétition rencontre un vrai succès au Royaume-Uni.

Petition en ligne brexit

[Article original]

L’écart n’était pas si grand vendredi dernier lors du referendum au Royaume-Uni et le récit d’un frémissement du camp pro-Union européenne plutôt séduisant. Ce week-end, une pétition en ligne déposée sur le site du gouvernement anglais a fait le tour du net et des grands médias. Elle demandait l’instauration d’un deuxième referendum en cas de participation trop faible au premier, celui qui a demandé aux Britanniques si le Royaume-Uni devait ou non rester dans l’Union Européenne.

La pétition à l’origine mise en place par un pro-Brexit a explosé les compteurs après l’annonce des résultats pour atteindre ce dimanche les 3 millions de signatures (seules 10 000 suffisent pour obtenir une réponse officielle des pouvoirs publiques). Il s’agit encore maintenant de la pétition avec le plus de signataires sur le site du gouvernement.

Petitions UK Gov

Sauf que tout ça ne tient pas comme le révèle le site Heat Street qui reproche à la BBC d’avoir relayé l’information sans la vérifier. La plupart des signataires de cette pétition trop populaire pour être honnête sont en réalité des bots mis en place par des utilisateurs de 4chan qui moquent l’absence quasi totale de vérification de l’origine des signatures.

Déplorant le manque de rigueur journalistique de la chaîne publique anglaise qui aurait pu découvrir le pot aux roses d’une simple recherche sur 4chan, le site publie des extraits de messages sur lesquels les « anons » s’amusent de la provenance supposée des signataires.

« Presque cinquante mille signatures provenant du Vatican. »

« Ils vont regarder les IP et se demander comment diable les gens de Corée du Nord et du Vatican sont en train de voter. »

« Combien de temps avant qu’ils ne rejettent la faute sur les hackers de Poutine ? »

Heat Street s’agace de voir la BBC ne pas changer son positionnement concernant cette pétition, d’autres grands médias ont quant à eux timidement revu leur copie en parlant d’une pétition qui « pourrait être manipulée ».

Ce n’est pourtant pas la première fois que 4chan s’amuse à influencer les résultats d’une consultation en ligne. En 2009, le site Techcrunch rapportait la manipulation du classement des 100 personnalités de l’année d’après les lecteurs opérée par les utilisateurs de l’imageboard. En prenant la première lettre de chaque occurrence du classement, il était ainsi possible de lire « Marblecake also The Game ». On ne vous conseille pas de vous renseigner sur le « Marblecake », quant à « The Game » c’est un mème aussi vieux qu’internet.

Les sites comme Change.org ne mettent pas forcément plus de moyens que ça pour vérifier l’authenticité des personnes qui signent leurs pétitions. Après tout, si cela fait gonfler les chiffres, c’est même presque dans leur intérêt de laisser faire. Cependant, quand il s’agit d’un site du gouvernement, c’est bien plus problématique, surtout si cela peut aboutir à de nouvelles décisions politiques. Sans nouvelles mesures prises par ces sites de pétitions en ligne, leur force de persuasion risque bien de s’éroder à terme.