[VIH] Une étude brise le mythe du « patient zéro »

Science

Par Jules le

Une analyse génétique américano-britannique démontre que Gaëtan Dugas, surnommé le « patient zéro », n’est pas à l’origine de l’épidémie de VIH qui a touché les États-Unis au début des années 80.

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Si les mythes ont la peau dure, celui du « patient zéro » pourrait toucher à sa fin. Une étude conduite conjointement par l’Université de Cambridge et l’Université de l’Arizona et publiée dans la revue Nature, démontre que le VIH est apparu aux États-Unis à l’aube des années 70, soit dix ans avant que le virus soit considéré comme une maladie.

Longtemps considéré comme le patient à l’origine de la pandémie du VIH aux États-Unis, à cause notamment du livre And The Band Played On publié en 1987 dans lequel le journaliste Randy Shilts avance que la vie sexuelle particulièrement active du steward québécois aurait favorisé la propagation, Gaëtan Dugas est tombé malade du sida en juin 1980. Il s’est éteint quatre ans plus tard, à l’âge de 31 ans. Or ces dates ne correspondent nullement avec celles de l’apparition du virus sur le territoire de l’Oncle Sam (une première fois à New York en 1971, puis San Francisco en 1976). La conclusion est simple : Gaëtan Dugas n’est pas le déclencheur de l’épidémie américaine.

Le « patient zéro »

Pour établir la non-responsabilité de Gaëtan Dugas, les chercheurs ont récupéré et analysé les échantillons sanguins de huit victimes du VIH entre 1978 et 1979. Si le VIH mute rapidement et que son génome peut changer d’un patient à l’autre, les scientifiques ont été capables de déterminer que le virus qui a infecté ces victimes est le même qui sévissait dans les Caraïbes en 1977. Cette même année, Gaëtan Dugas, officiant alors comme steward, s’est rendu à Haïti. C’est là que le Québécois aurait contracté le virus.

Quant à l’appellation « patient zéro », elle découle d’une erreur d’interprétation humaine. Lors d’une série de tests effectuée en 1982 par le Centre de contrôle des maladies (CDC), Gaëtan Dugas était désigné comme le patient « O57 ». Ici, « O » signifie « Outside California » (hors de Californie). Malheureusement pour lui, le « O » a été confondu avec le chiffre zéro, qui renvoie dans ce cas-là au premier cas enregistré d’une maladie.

Un voyage depuis l’Afrique

Dans de précédentes études, le monde scientifique avait établi que le VIH, transmis du singe à l’Homme, s’était propagé depuis l’Afrique. Il s’est d’abord répandu dans les Caraïbes aux alentours de 1966 et notamment à Haïti. De là, il gagne les États-Unis quatre ans plus tard. Mais jusqu’à présent, les chercheurs étaient incapables de déterminer précisément quand et où le virus était apparu chez l’Oncle Sam, la faute à du matériel génétique trop ancien et des techniques d’analyse pas assez performantes.

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