[Test] On a essayé de tester Final Fantasy XV

Par killy le

Il était là, sorte de masse informe dans une brume épaisse. Il s’approchait à pas lourds et pas très optimisés, avec des démos qui posaient plus de questions qu’elles ne donnaient de réponses et un film à moitié réussi – littéralement, la première partie est chouette. Il se faisait de plus en plus précis et des échos de voix s’élevaient au loin : « Ikuzo Nocto ! ». Et puis un beau matin, plus rien.

final fantasy XV

En théorie, il est normal d’avoir une base de travail, surtout lorsqu’il s’agit d’un test, ou d’une critique, suivant l’appellation. En théorie toujours, l’objet en question est fourni par l’éditeur. Chacun aura un avis différent sur le principe, mais acheter tous les produits à tester est compliqué. Les voler également. Comme dans le milieu du cinéma, où parfois, les journalistes n’ont pas accès aux séances de certains films afin que leur avis ne paraisse pas dans la presse avant la sortie en salles. La pratique se discute également, surtout en prenant en compte l’importance des réseaux sociaux dans l’équation critique aujourd’hui. Bethesda a récemment décidé de ne plus envoyer de versions de ses jeux à la presse en avance, c’est un choix qui n’est pas forcément facile à appréhender, mais qui au moins est clair. Il faut croire qu’avec Final Fantasy XV, le couperet est tombé en loucedé. Car en cette belle journée de publication autorisée des tests, il est toujours porté disparu (on l’aura finalement reçu, ce matin). Après 10 ans de développement, nous ne sommes plus à ça près au fond, mais difficile d’informer le lecteur. Petit résumé de comment j’ai essayé de jouer à Final Fantasy XV.

J-10

À l’image de ce cultivateur qui attend la mousson, à la fois apeuré et confiant, je regardais ma boîte mail toujours vide. Pas un seul nuage à l’horizon et aucune rumeur de l’arrivée de Final Fantasy XV. C’était étrange. D’autant plus troublant qu’au détour d’une rencontre de nuit dans un parking désaffecté, aussi appelé Twitter, certains envois étaient arrivés à bon port. Comme le disait un vague scribouillard du XVIIème dans Le Cid « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ». Il aurait sûrement écrit aujourd’hui : «Les versions partirent nombreuses; mais par un prompt accident, elles ne se virent pas du tout en arrivant nulle part ».

J-8

Des vidéos en direct fleurissaient, des bribes d’avis hantaient NeoGAF après minuit, et toujours rien. La théorie d’une dimension parallèle devenait de plus en plus réaliste. Ces gens, dans cet univers, filmaient leur partie. Je me suis alors plongé dans cet autre monde à travers ces fenêtres vers un inconnu qui m’effrayait. Qu’allais-je trouver là-bas que je n’avais pas ici ?

duel-cine

J-7

Comme K. Dick quand il était bien perché et voyait des yeux géants au-dessus de sa maison, j’ai vu des choses qui défient l’entendement. Dans cet autre monde, Final Fantasy XV semblait terminé et jouable. Au creux de ces vidéos d’un autre temps, quatre types ayant dévalisé un Hot Topic se frittaient contre des monstres dans une plaine pour réparer leur voiture. Je n’ai pas compris.

J-6

Au détour de la vidéo de cloudwarrior_247, il semble que dans cet autre monde, la condition de la femme ait pris un aller-retour dans les chicots. Une certaine Cindy se prend pour une April O’Neil peroxydée en fin de parcours et agite sa personnalité sous le nez d’adolescents. Dangereux. Quelques heures plus tard, je dois me rendre à l’évidence, elle n’est pas faite pour le travail de mécanicienne. La voiture des héros n’a plus de direction, impossible d’en prendre le contrôle. C’est inconscient de les laisser partir dans ces conditions.

J-5

Toujours rien. Je me demande si Final Fantasy Versus XIII existe parallèlement dans leur monde. Je continue à observer ces témoignages vidéo pour essayer de saisir quelques impressions. Histoire de comparer avec le moment où FFXV arrivera enfin dans ma dimension. Visiblement le camping est une donnée importante, mais le manque de table en formica et d’une conserve de raviolis trahit un certain amateurisme. Il semble que la montée en expérience se déroule durant ces phases de ripailles. A part une résistance microbienne boostée par le fait de cuisiner tout ce qui traîne sur le sol, je ne saisis pas le concept.

patience

J-4

L’espoir s’amenuise, le week-end arrive. Dans l’autre univers, certains joueurs visitent une sorte de base militaire remplie de robots « wink wink » comme je les appelle. Des machines au clin d’œil bien forcé, les Magitech, qui rappellent aux nostalgiques Final Fantasy VI. Le pauvre groupe de héros galère. Plus que les ennemis et une valkyrie qui pourrait s’appeler Maîtresse Thérèse, ce sont les obstacles les vrais dangers ce monde. Unis comme un seul hom…mur, ils sont l’arme secrète de Niflheim.

J-3

Vincent Perez le disait. Pendant le tournage de The Crow 2, de nombreux signes ont émaillé sa vie d’acteur mythique. Suivi par des corbeaux, il les a vus, un soir, tambouriner à sa fenêtre. Benoît Poelvoorde s’est moqué de lui en témoignant lui aussi avoir aperçu des randonneurs allemands sur les branches en face de ses carreaux. Mais plus le retard s’accumule, plus les jours passent et plus le fantastique fait irruption dans ce quotidien de l’attente. J’ai croisé un type musculeux torse-nu avec un blouson en cuir ouvert qui m’a lancé un sourire inavouable, un autre en bottes cirées noires, agitant sa chevelure de suie, un troisième encore, bras nus dans sa tunique pleine de pointes. Et tous dans le même club spécialisé dans la pilosité faciale et les vêtements en peau d’animaux. Coïncidence ? Je ne crois pas.

J-2

Là, l’espoir a fait place à la résignation. Les hommes et femmes de l’autre monde ont déjà en ligne de mire la conclusion du jeu. Visiblement, depuis la fin de Final Fantasy XIII-3, la série est toujours sponsorisée par la SNCF. Je peux apercevoir quelques bribes du scénario entre deux combats alignés et ces dernières heures sonnent comme la fin d’un rêve : l’alarme du réveil retentit et même s’il est bon de la repousser, il faut voir les choses en face. Il y a travail/école et il faut se laisser couler hors de ce petit confort. Et c’est justement ce boulot qui vient d’arriver face à moi, avec une cape et un village en feu derrière. Le J-1 sera donc le dernier boss.

desespoir

J-1

A part si Final Fantasy XV est à la surprise générale un point’n click épisodique, il va être difficile de donner un avis au lectorat. Les aventures continuent dans l’autre dimension, et il paraît même que certaines échoppes disposent de passages vers ce monde et vont y récupérer des jeux. J’ai vu des parcours différents, des choix divers, des absurdités, des coups de génie et des chocobos aux couleurs indéfinissables. Mais dans ce mélange joyeux, pas moyen de trouver un fil rouge. Dans notre monde ici, il va pourtant falloir publier une critique, malgré les précommandes. Afin que les joueurs sachent un peu où ils mettent les pieds. Mais comme ce quai trop court, non signalé par l’équipe de bord, sans un peu d’éclairage on a vite fait de chuter de 2 mètres dans les graviers avec le sac ouvert et le sandwich jambon-emmental à 12€ dans l’oeil. Et pourtant, ça n’empêche pas de reprendre le train (de la hype). Et c’est ce qui risque de se passer de plus en plus dans ce contexte.

Jour J

Si j’en crois cette expérience d’entre les mondes sans jeu voici donc le test : Final Fantasy XV est donc une aventure dans laquelle quatre mecs se battent contre des monstres innocents dans divers décors, roulant en bagnole cheveux au vent entre deux massacres. Ils ont des capacités, ils gagnent des points d’expérience et font du camping. Mais pas partout, uniquement sur des endroits marqués par des espèces de pentacles. Chacun son délire. Le monde est ouvert, puis non. Le scénario est signalé au programme alerte enlèvement, puis non. A la fin il y a des barbes naissantes et des monstres plus gros. Éclairant non ?

mouais

Final Fantasy XV, disponible dès aujourd’hui sur PS4 et Xbox One

stopwatch 6 min.