Votre smartphone pourrait contrôler votre alcoolémie à votre démarche

Science

Par Antoine Gautherie le

Des chercheurs américains ont développé une système qui permet à un smartphone de détecter une alcoolémie trop élevée à la démarche de son propriétaire. Une base de travail peu consistante, mais qui montre la faisabilité d’une superbe idée.

© Photo : Andrey Zvyagintsev – Unsplash / Icônes : Gregor Cresnar & Ainsley Agatha – Noun Project

Quoi qu’en dise votre ami un peu trop sûr de lui, il n’est pas toujours évident de jauger de son propre état d’ébriété. Dans de nombreuses situations, il est même  imprudent de le faire soi-même. C’est pour cette raison qu’il existe des éthylotests capables de vous renseigner rapidement sur votre taux d’alcoolémie. Mais encore faut-il en avoir un à portée… et avoir la lucidité de l’utiliser, ce qui est tout sauf une garantie après la pinte de trop. L’idéal serait donc que chacun se promène en permanence avec un petit ordinateur ultra-polyvalent bardé de capteurs, capable d’analyser en direct une démarche un tantinet titubante.

Fort heureusement, nous sommes en 2020 et ce scénario n’a plus rien de futuriste à l’ère des smartphones. Des chercheurs américains de l’Université de Pittspburgh ont mis au point une application smartphone capable de juger de votre état d’ébriété. Pour cela, il suffit simplement de marcher quelques pas avec le smartphone. Cette étude publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs n’est pas un concept tout nouveau. En revanche, les résultats prometteurs obtenus constituent une bonne preuve de concept.

Tout est dans le gyroscope

L’équipe du clinicien et urgentiste Brian Suffoletto a ainsi rassemblé 22 volontaires de 21 à 43 ans. Tous ont ensuite consommé une quantité d’alcool précise, calculée à partir de leur poids. L’objectif : obtenir une alcoolémie identique chez tous les sujets, à savoir 0,2% de l’air expiré. Ensuite, les participants effectuaient chacun un test d’alcoolémie puis un test de marche sur vingt pas, et ce toutes les demi-heures. C’est à ce moment que le smartphone intervient.

Grâce à son gyroscope, l’appareil attaché dans le dos peut mesurer les mouvements dans trois axes différents. Il suffit ensuite de traiter ces données grâce à un algorithme conçu par l’équipe pour déterminer si, oui ou non, l’utilisateur est ivre. Les chiffres présentés sont prometteurs : dans près de 90% des cas, la méthode aurait permis de détecter un taux d’alcoolémie supérieur à celui autorisé.

Une ébauche d' »étude », mais de vraies promesses en santé publique

Sur le papier, l’étude semble souffrir de plusieurs lacunes. En effet, le faible nombre de participants n’incite pas à l’optimisme, tout comme l’absence de groupe de contrôle sobre. Nous n’avons pas non plus de détail sur le modèle du, ou des, des smartphone(s) utilisé(s). Nous pourrions continuer ainsi, mais ce serait injuste envers cet essai, avant tout pensé pour être une preuve de concept. Et malgré ses défauts, ce protocole parvient à montrer sa faisabilité.

C’est une bonne nouvelle car un système de ce genre pourrait avoir de nombreuses applications. La plus évidente, c’est de servir de compagnon à une personne souffrant d’alcoolisme. Il pourrait ainsi monitorer sa consommation pour la réduire. L’auteur imagine même que ce système pourrait prévenir automatiquement un référent médical en cas de problème. Il pourrait peut-être aussi dissuader les conducteurs de s’installer au volant après une soirée trop arrosée, ou de s’engager dans des bagarres ou rapports sexuels non protégés. “Dans cinq ans, j’aimerais voir un monde où lorsque les gens sortent et boivent avec excès, ils reçoivent une alerte ainsi que différentes stratégies pour les protéger des situations à risque, comme la conduite, la violence ou les rencontres sexuelles non protégées.”, explique Suffoletto.

A l’avenir, le médecin et ses collègues prévoient d’affiner leur algorithme. L’objectif principal est de rendre l’analyse fiable même lorsque le smartphone est rangé dans une poche. Ils pourront ainsi se livrer à une étude de plus grande ampleur, cette fois avec un groupe de contrôle et une analyse statistique plus poussée. Mais ils comptent aussi travailler sur les stratégies de suivi et d’action qui feront tout l’intérêt de ce système.