Dans des régions tempérées comme la France, les conséquences du réchauffement climatique peuvent encore sembler relativement abstraites. Mais dans des régions où la météo peut déjà mettre la population à rude épreuve en temps normal, la donne est très différente. Il n’y a qu’à regarder du côté de l’Inde et du Pakistan; la température y est en ce moment tellement infernale que le risque devient critique pour la population locale.
D’après le service météorologique de CNN, la région est en ce moment frappée par une canicule d’une violence extrême, la plus importante depuis 122 ans. La région centrale de l’Inde est en ce moment assommée par des températures qui atteignent 37,8 °C… de moyenne !
Des saignements de nez sur le chemin de l’école
Cette même source affirme que les habitants de New Dehli, la capitale du pays, ont dû supporter 7 jours consécutifs à plus de 40°C de moyenne. Des températures étouffantes qui mettent une pression considérable sur plusieurs industries critiques, notamment celle de l’énergie.
La situation a aussi forcé les autorités locales à fermer certaines écoles en attendant une amélioration. En effet, dans certaines régions, la température est telle que l’administration a commencé à craindre pour la santé des jeunes. “Beaucoup d’enfants qui ont fait le trajet vers l’école sont arrivés avec des saignements de nez”, explique Mamata Banerjee, ministre en chef de l’État du Bengale de l’Ouest. “Ils ne peuvent pas supporter cette vague de chaleur.”

CNN explique également que cette vague de chaleur a déjà des conséquences importantes sur l’agriculture. De nombreuses cultures ont déjà été partiellement ou totalement détruites. La situation est particulièrement tendue dans le Pendjab, le “Grenier de l’Inde” qui alimente une grande partie du pays en céréales.
Et il n’y a pas que les cultures dont la santé est menacée. Avec des températures pareilles, le risque devient considérable sur la durée, y compris pour des individus en parfaite santé. “Cela va générer une avalanche de conséquences en termes de santé publique”, déplore Chandni Singh, docteure en météorologie et membre du comité de rédaction du GIEC
Il s’inquiète tout particulièrement pour les ouvriers qui travaillent en extérieur toute la journée. “Les fermiers, les ouvriers, les travailleurs manuels… ils souffriront davantage. Ils ont moins d’options à disposition pour se rafraîchir et ne peuvent pas fuir la chaleur“, explique Singh.
Un témoin d’une dynamique inquiétante
Les Indiens ont évidemment l’habitude de faire face à des vagues de chaleur importantes, notamment à l’approche de l’été, avec un pic attendu en mai et en juin. Mais celle-ci est très particulière. L’intensité et le timing du phénomène interpellent, car il est particulièrement violent et précoce cette année.
“Cette vague de chaleur est décidément sans précédent”, affirme Singh, . “Nous avons assisté à un changement de son intensité, de son point de départ et de sa durée”, explique-t-il. Une situation qui doit servir de signal d’alarme pour le reste de la planète.
Car même si la région est habituée aux fortes chaleurs, il s’agit aussi d’un avant-goût de ce qui attend le reste de la Terre d’ici quelques décennies si la dynamique actuelle perdure. Il y a donc urgence à redoubler d’efforts dans l’anticipation et la gestion de ces crises, en Inde mais aussi sur toute la planète. “On ne peut s’adapter que dans certaines limites”, martèle Chandni Singh. “Et cette vague de chaleur teste vraiment les limites de la capacité de l’humain à survivre”, conclut-elle sur un ton grave.