Un nouveau chapitre s’ouvre pour le MCU. 26 ans après le film de Bryan Singer, Marvel a enfin les mains libres pour intégrer les mutants du Professeur Xavier à son univers connecté. Dès 2028, ce sont Sadie Sink (Jean Grey), Kit Connor (Cyclope), Christopher Abbott (Charles Xavier), Samara Weaving (Emma Frost), Maya Boyd (Tornade) et Adam Driver (Mister Sinister) qui porteront les couleurs des mutants dans les salles obscures.
Sur le papier, ces X-Men 3.0 ont tout pour réussir. Mais leur arrivée pose une question autrement plus complexe que celle du casting : comment faire entrer les mutants dans un univers qui n’a jamais fonctionné comme le leur ?
Deux grands absents
Si le casting de X-Men est déjà bien étoffé, deux personnages principaux n’ont pas encore de visage. Après près de trois décennies dans le rôle de Wolverine, Hugh Jackman va devoir passer le relais. L’Australien a tellement marqué la pop culture avec son interprétation de Logan que lui trouver un remplaçant est presque mission impossible.
Plusieurs noms circulent déjà concernant le nouvel interprète de l’immortel, mais l’un revient plus souvent que les autres. Il faut dire que même Marvel a joué au jeu du fan casting en invitant le principal intéressé dans Deadpool & Wolverine. Pour beaucoup, Henry Cavill serait le choix évident. Si les rumeurs vont bon train, rien n’a été confirmé.

L’autre grande inconnue de l’équation X-Men chez Marvel, c’est Magneto. Si Ian McKellen reprend du service pour Doomsday, Kevin Feige va devoir trouver un nouvel acteur pour incarner l’ennemi de son Charles Xavier.
Là encore, plusieurs noms circulent, dont celui de Jensen Ackles ou… Henry Cavill. Difficile de savoir sur qui le choix va se porter, mais l’annonce de l’arrivée de Christopher Abbott pose déjà un problème de respect du lore.
Il y a (déjà) un problème d’âge
Christopher Abbott, du haut de ses 40 ans, devrait donc incarner un Charles Xavier relativement jeune. Mais cette décision soulève surtout un problème pour son éternel rival. Comment Marvel peut-il conserver l’histoire d’origine de Magneto si celui-ci doit lui aussi avoir une quarantaine d’années en 2026 ?
Dans la version classique des comics, la plus connue, Max Eisenhardt est né en 1920 en Allemagne, de parents juifs polonais. Il est en première ligne lors de la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé au ghetto de Varsovie. En 1942, il verra sa famille mourir et sera envoyé au camp d’Auschwitz. C’est durant cet évènement traumatique que ses pouvoirs se déclencheront pour la première fois.

Son histoire, celle d’un homme enfermé dans les camps, est à l’origine de son combat pour faire naître une suprématie des mutants. Il a perdu foi à l’humanité et ne voit aucune autre manière de survivre. Le problème, c’est que cette origine n’est pas un simple élément de lore : elle est au cœur de Magneto. Sans ce point de départ, Marvel pourrait avoir des difficultés à construire un antagoniste aussi captivant que les précédentes itérations…
Difficile d’imaginer un évènement plus traumatique, et aussi ancré dans les mémoires collectives, que la Shoah. Marvel va devoir trouver une pirouette pour lui créer un passé traumatique dans les années 80… sans trahir le personnage.
Un contexte à construire
Lorsque X-Men débarque au cinéma dans les années 2000, toute la saga évolue autour d’un rejet des mutants par les humains. Leurs dons sont craints par le commun des mortels, des familles sont brisées alors que des adolescents se révèlent porteurs du gène X. Dans les comics comme au cinéma, la saga X-Men se nourrit de cette notion d’altérité et de confrontation.
Or, dans le MCU, les superhéros sont majoritairement adulés. Depuis Iron Man en 2008, le MCU s’est attaché à faire de ses héros des dieux vivants, des figures mythologiques qui flottent au-dessus des enjeux humains… créer un contexte favorable à l’exploration des origines des X-Men ne sera pas une mince affaire.

Les Avengers ont sauvé New York, ils ont vaincu Thanos. Si le MCU a bien tenté de montrer que certains se rangent du côté du titan violet et refusent l’intervention de ses humains augmentés, force est d’admettre que tous les voyants ne sont pas au vert.
Comment expliquer que les habitants de la Terre aient peur des X-Men quand ils confieraient les clés de leur planète à un soldat génétiquement modifié, un milliardaire en armure et un dieu ? Civil War fissurait un peu cette stature déique des superhéros, X-Men va devoir aller plus loin.
Un avenir radieux ?
S’il reste encore beaucoup de travail à Marvel pour construire des bases solides à sa saga des mutants, l’arrivée des X-Men dans son univers pourrait être une opportunité pour la Maison des Idées de prendre son courage à deux mains et… de faire ce qu’elle s’est presque toujours refusé à faire.
Jusqu’ici, Marvel a souvent neutralisé la portée politique de ses héros, quitte à passer à côté du potentiel de certains de ses récits. Brave New World en est un exemple récent, tandis que Civil War avait tenté de poser frontalement la question du contrôle des Avengers. Si les Accords de Sokovie interrogent bien la place des superhéros dans la société, le conflit bascule rapidement vers des enjeux plus personnels autour de Bucky.
Or, les X-Men sont éminemment politiques et renier cette partie de la mythologie serait un terrible affront. Ils évoquent frontalement le racisme, le rejet de l’autre et la place des organisations gouvernementales dans ces politiques.

Les personnages imaginés par Stan Lee et Jack Kirby ont au fil des années été mis en perspective avec deux visions de la lutte pour les droits civiques des personnes noires aux États-Unis. Charles Xavier peut être comparé à Martin Luther King tandis que Magneto rappelle Malcolm X.
Dans un contexte politique tendu aux États-Unis, entre les opérations menées par ICE et les alertes de l’ONU concernant les “discours de haine raciste” prononcés par de hauts fonctionnaires américains, X-Men pourrait (devrait) être le volet le plus politique de l’histoire du MCU.
Brave New World avait tout fait pour éviter les sujets qui fâchent, X-Men ne pourra pas y couper. Et c’est sans doute ce qui en fera une véritable révolution pour l’écurie. Il était temps ?
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