C’était un sacré coup dur porté aux consommateurs français. Depuis octobre dernier, la France impose aux vendeurs de livres neufs un montant de frais de port minimal sur les commandes de moins de 35€. Derrière ce projet de loi, qui se voulait comme l’héritière de la Loi Lang, le gouvernement entendait principalement mettre un coup d’arrêt à l’hégémonie d’Amazon, et à ses frais de port gratuits qui concurrençaient (injustement) les librairies indépendantes.
De son côté, Amazon s’est toujours prononcé en défaveur de la loi, craignant une baisse du pouvoir d’achat des Français, un accès à la culture plus difficile, notamment dans les zones rurales privées de librairies alentour, et bien sûr, in fine, un effondrement de ses bénéfices sur le marché de l’édition. Jeudi 25 avril 2024, dans une note en lien avec le Printemps de la Ruralité, l’entreprise a réaffirmé sa position, en relayant les résultats d’un sondage réalisé en partenariat avec l’IFOP.
Frais de port obligatoires sur les livres neufs
- 3€ pour une commande de moins de 35€
- 0,1€ pour les commandes de plus de 35€
- Pas de restriction sur les livres d’occasion
Les Français achètent moins de livres
En contraignant la France à adopter les frais de port obligatoires sur les livres, le gouvernement était persuadé que les consommateurs et les consommatrices allaient logiquement se tourner vers leur libraire indépendant plutôt que vers les mastodontes du marché. La prédiction n’était pas complètement infondée : quitte à payer plus cher, autant favoriser les commerces de quartier.
Sauf que c’est justement là que le bât blesse : les lecteurs et les lectrices ne sont pas enclins à payer plus cher. La crise et l’inflation sont passées par là, et l’augmentation des frais de port sur les livres a surtout eu pour effet de dissuader l’acte d’achat. Les Français n’ont plus les moyens, et préfèrent se priver de culture plutôt que de dépenser davantage. Ainsi, 63% des lecteurs disent avoir vu leur pouvoir d’achat impacté par l’instauration des frais de livraison, rapporte l’étude IFOP. Encore plus inquiétant, 40% des sondés indiquent avoir réduit leurs achats de livres à cause de cette décision.
L’Europe pourrait forcer la France à rétropédaler
Contre les frais de port obligatoires, Amazon et les consommateurs ne sont pas les seuls à monter au créneau. Il y a quelques mois, la Commission européenne avait, elle aussi, pointé du doigt l’absence d’impact positif qui découlerait de cette mesure après son application. Des prédictions qui semblent aujourd’hui se vérifier : en plus d’acheter moins de livres, les consommateurs ne se sont pas davantage tournés vers les librairies indépendantes. Seuls 26% des Français ont indiqué se rendre plus souvent dans un établissement physique de quartier plutôt que sur un store en ligne. On note quand même quelques enseignes qui parviennent à tirer leur épingle du jeu, Fnac et Cultura en tête.