La prochaine version du Rafale, baptisée F5, ne se contentera pas d’améliorations techniques. Elle représente un changement de philosophie dans la manière dont la France entend mener ses opérations aériennes offensives. Présentée lors du dernier salon du Bourget par la Direction générale de l’armement (DGA), l’une des principales nouveautés réside dans la capacité de l’appareil à emporter jusqu’à dix-huit missiles Smart Cruiser, répartis dans trois nacelles hexalaunchers. L’objectif est de saturer les systèmes de défense sol-air adverses pour les rendre inopérants dès les premières heures d’un conflit.
18 missiles d’un coup
Développé par MBDA dans le cadre du programme AASF (Armement Air-Sol Futur), ce missile tactique nouvelle génération est spécifiquement pensé pour les missions SEAD et DEAD — suppression et destruction des défenses aériennes ennemies. Il obéit à une logique dite de « saturation » : envoyer un grand nombre de projectiles simultanément afin de forcer l’adversaire à dévoiler ses positions, surcharger ses capacités de riposte et créer des brèches exploitables pour les forces alliées.
Ce retour à une capacité de neutralisation des radars et batteries sol-air n’est pas anodin. Depuis le retrait du missile AS-37 MARTEL dans les années 1990, l’armée française ne disposait plus d’outil dédié pour ce type de mission. Une lacune d’autant plus problématique que les adversaires potentiels ont depuis perfectionné leurs réseaux de défense intégrés, mobiles et interconnectés, le fameux modèle A2/AD (« anti-access/area denial »).
Prévu pour entrer en service entre 2033 (capacité initiale) et 2035 (pleine capacité opérationnelle), le Rafale F5 bénéficiera de nombreuses évolutions : radar RBE2 XG à antenne active plus performant, guerre électronique renforcée, hyperconnectivité, et possibilité de collaboration étroite avec un drone de combat.
Le Smart Cruiser, lui, n’est pas un simple missile guidé. Il fonctionne en meute, ajuste sa trajectoire en vol, échange des données avec le Rafale lanceur et les autres effecteurs du champ de bataille. L’intelligence artificielle embarquée permet de modifier la mission en temps réel, en fonction de l’évolution du théâtre d’opérations. Plutôt qu’éliminer un radar unique, il s’agit de désorganiser toute l’architecture défensive adverse.
Cette approche en réseau reflète une nouvelle manière de concevoir la supériorité aérienne. Plutôt que de tout miser sur quelques avions ou missiles de grande portée, la doctrine privilégie désormais la multiplication de moyens plus agiles et interopérables. Il s’agit de s’adapter aux environnements de guerre modernes, où la complexité et la densité des menaces nécessitent de bien se coordonner et d’être réactif.
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