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Un immense parc d’attractions Dracula à 3 h de Paris, réalité ou projet fantôme chargé d’IA ?

La Roumanie annonce Dracula Land, un immense projet à 1 milliard d’euros avec plus de 40 attractions, des hôtels, salles de spectacles, mais aussi un métavers et une cryptomonnaie… Un projet pharaonique qui soulève autant d’enthousiasme que de scepticisme.

Un coup d’avion depuis Paris et vous voilà plongé dans l’univers du plus célèbre vampire de l’histoire. Dracula Land, le projet qui fait trembler l’industrie des parcs d’attractions européens, promet de transformer la Roumanie en destination incontournable pour les amateurs de sensations fortes. Sur le papier, ce complexe gigantesque prévoit 6 zones thématiques, plus de 40 attractions, 3 hôtels avec 1 200 chambres, un parc aquatique et même une cryptomonnaie baptisée DraculaCoin… C’est pas un peu un fourre-tout ce truc ?

Le projet affiche des ambitions démesurées : 780 000 m² de parc thématique, une arène de 22 500 places, un circuit automobile de 4,5 km et un hub technologique de 15 000 m². À peine 20 minutes de l’aéroport de Bucarest, l’emplacement stratégique pourrait effectivement attirer 3 millions de visiteurs par an. Mais entre les annonces spectaculaires et la réalité du terrain, on a encore bien du mal à croire aux promesses du vampire.

Des images qui fichent la trouille… pour de mauvaises raisons

Première alerte rouge, le site officiel de Dracula Land regorge de 47 vidéos entièrement générées par intelligence artificielle. Pas une seule image réelle du futur parc ou autre concept art, juste des rendus numériques où les personnages ont des visages déformés, les panneaux affichent du texte illisible et les proportions architecturales défient toute logique.

Cette débauche de contenu synthétique donne au projet un parfum d’arnaque Web3 des années 2020. Quand un promoteur mise tout sur l’esthétique générée par algorithme plutôt que sur des plans d’architecte concrets, ça interroge forcément. D’autant que le projet promet son propre métavers en Unreal Engine 5 avec NFTs et cryptomonnaie maison. Un cocktail explosif de buzzwords qui rappelle les pires heures de la crypto-spéculation.

Les délais annoncés semblent aussi complètement improbables avec un projet lancé fin 2025, une construction prévue en septembre 2026 et une ouverture dès 2027. Construire l’équivalent d’Europa-Park en à peine un an ? Il y a de quoi se poser des questions. Pour comparaison, la plupart des grands parcs européens nécessitent 4 à 6 ans de construction minimum.

Un historique qui ne rassure pas

La Roumanie n’en est pas à son premier coup d’essai raté avec Dracula. En 2002, un projet baptisé « Dracula Park » devait voir le jour à Sighișoara, ville natale de Vlad l’Empaleur. Soutenu par le gouvernement et médiatisé à l’international, le parc n’a finalement jamais dépassé le stade des rendus conceptuels.

Vingt ans plus tard, la méfiance reste de mise. Sauf que cette fois, les promoteurs semblent avoir mis les moyens sur la préparation. Dragoș Dobrescu, fondateur du projet et promoteur immobilier reconnu, a passé 8 ans à consolider 83 parcelles de terrain pour créer un site compact de 160 hectares. Son CV inclut Vitalitas, actuellement le plus grand centre pour seniors d’Europe.

Des partenaires crédibles… mais des zones d’ombre persistantes

Le projet a attiré des noms qui pèsent. Creative Studio Berlin, qui a bossé pour Europa-Park, s’occupe du design des attractions. Deloitte assure l’audit financier, le cabinet d’avocats Țuca Zbârcea & Asociații gère le juridique et l’ancien Premier ministre roumain Florin Cîțu conseille l’équipe comme expert financier.

Dans les faits, le projet reste 100 % financé par des fonds privés, pas un euro de subventions publiques ou de fonds européens. Une bonne chose pour les contribuables roumains, mais qui signifie aussi qu’aucune autorité publique ne vérifie la solidité financière du dossier.

Le calendrier prévoit une approbation de zonage pour mi 2026, soit dans quelques mois seulement. Aucun permis de construire définitif n’a encore été obtenu. Les autorités locales n’ont pas communiqué officiellement sur le projet et les médias roumains spécialisés en immobilier restent prudents dans leurs analyses.

Alors, arnaque ou révolution ?

Dracula Land se situe quelque part entre le mirage numérique et l’ambition légitime. Les éléments tangibles existent, mais l’abus d’IA dans la communication, le calendrier surréaliste et l’absence de permis concrets maintiennent un doute légitime.

Mais entre les annonces spectaculaires et les premiers coups de pioche, le chemin reste long. Les six zones thématiques (Transylvanie, Château de Dracula, Family Kingdom, Londres victorien, Port de La Nouvelle-Orléans et Moonlit District) ont l’air cool sur les vidéos générées par IA. D’ici septembre 2026, on saura si Dracula Land relève du génie visionnaire ou du vaporware immobilier.

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