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Strava expose le Charles-de-Gaulle en Méditerranée : la sécurité militaire en question

Un officier de la Marine nationale a involontairement révélé la position du Charles-de-Gaulle en Méditerranée via l’application Strava. Une faille de sécurité récurrente malgré les alertes précédentes.

Le 13 mars 2026 à 10h35, un jeune officier de la Marine nationale, identifié sous le prénom Arthur par Le Monde, décide de faire son footing sur le pont du Charles-de-Gaulle. Pendant 35 minutes, il enchaîne les boucles pour parcourir un peu plus de 7 kilomètres. Sa montre connectée enregistre tout. Une fois la séance terminée, la montre se synchronise avec son smartphone via Bluetooth, puis l’application Strava publie automatiquement l’activité sur les serveurs cloud de l’entreprise dès que l’appareil capte du réseau. Le profil étant paramétré en accès public, n’importe quel internaute pouvait consulter le tracé GPS en temps réel !

Le Monde a confirmé la position du porte-avions à l’aide d’une photo satellitaire, le navire se trouvait au nord-ouest de Chypre, à une centaine de kilomètres des côtes turques. Via le même compte, il était aussi possible de retracer les mouvements antérieurs du navire : au large du Cotentin le 14 février, en mer Baltique le 27 février. Un journal de bord involontaire, accessible à tous.

Strava et les militaires : un vrai problème

Le déploiement du groupe aéronaval lui-même n’était pas secret puisque le 3 mars, Emmanuel Macron avait annoncé l’envoi du Charles-de-Gaulle, accompagné d’au moins trois frégates et d’un ravitailleur, dans le contexte de la guerre opposant Israël et les États-Unis à l’Iran. Mais la position précise du bâtiment, elle, relevait de la confidentialité opérationnelle. D’autant que deux bases militaires françaises ont été touchées par des frappes iraniennes ces dernières semaines, faisant un mort et six blessés.

L’état-major des armées françaises a indiqué que cette pratique n’était “pas conforme aux consignes en vigueur”, assurant que des mesures seraient prises. La formulation est prudente. Elle l’est d’autant plus que Arthur n’est pas seul, d’autres profils publics de marins postaient des activités sportives, photos de pont ou équipements à bord.

Ce n’est pas un incident isolé, plus de 450 utilisateurs de Strava liés à l’armée ont été actifs sur la plateforme au cours de la dernière décennie, nombre d’entre eux avec leur véritable identité et un profil public. Dans certains cas, des officiers ont enregistré des passages à proximité de sites où étaient amarrés des sous-marins nucléaires.

Cette affaire fait écho à la série d’enquêtes “StravaLeaks” déjà menée par Le Monde à l’automne 2024, qui documentait les risques liés à l’usage de Strava par les équipes de protection des présidents français, américain et russe. À l’époque, l’alerte avait été donnée, les consignes rappelées. Deux ans plus tard, le problème est identique. Ce n’est pas une question de technologie, c’est une question de discipline numérique, et visiblement elle ne passe pas.

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