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Mystère dans l’une des pyramides de Gizeh : que cachent ces cavités récemment découvertes ?

Pendant plus d’un siècle, la pyramide de Mykérinos a été reléguée au second plan, éclipsée par la monumentalité de Khéops et le sphinx qui monte la garde à côté de Khéphren. Il est pourtant certain qu’elle garde encore bien des secrets, dont un qui vient tout juste d’être révélé.

Érigée vers 2510 avant notre ère sur le plateau de Gizeh, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest du Caire, la pyramide de Mykérinos est la plus petite des trois. Elle mesure 65 mètres de hauteur, contre 139 pour celle de Khéops, et pour le visiteur non averti, elle semble presque secondaire à côté de ses grandes sœurs. En revanche, pour les historiens et égyptologues, sa valeur reste inestimable car elle est l’ultime témoin de l’âge d’or des pyramides, clôturant la période faste des monuments colossaux de la IVe dynastie.

Elle est la dernière à avoir été fouillée en profondeur par l’archéologue américain George Reisner entre 1906 et 1910, elle reste donc, à ce jour, la moins documentée du trio. Son revêtement en granit rouge d’Assouan la distingue de ses voisines, appliqué de manière incomplète sur sa base en calcaire, comme si les ouvriers avaient abandonné le chantier du jour au lendemain. Mykérinos est la seule des trois qui paraît « inachevée », une caractéristique architecturale qui a alimenté de nombreuses spéculations et d’houleux débats concernant, entre autres, l’urgence soudaine dans laquelle le complexe funéraire du pharaon Mykérinos a dû être terminé.

Cent quinze ans après Reisner, une équipe de chercheurs de l’Université du Caire est revenue ausculter sa paroi ; ils y ont trouvé deux cavités remplies d’air derrière les blocs de sa face orientale. Leurs travaux ont été publiés dans la revue NDT & E International, au mois d’octobre 2025.

L’archéologie 3.0 : lire dans la pierre d’une pyramide sans la toucher

Ces travaux ont été conduits dans le cadre du projet ScanPyramids, mené conjointement par l’Université du Caire et l’Institut Heritage Innovation Preservation, basé en France, qui vise à comprendre les secrets de constructions des pyramides sans toucher aux monuments. Afin de ne pas altérer l’édifice, l’équipe a eu recours à trois techniques d’imagerie non invasive pour scanner la pyramide de Mykérinos.

La première, appelée tomographie par résistivité électrique (ERT), consiste à faire circuler un courant à travers la masse rocheuse et mesure comment les différents matériaux lui résistent. L’air, le calcaire ou le granite n’offrant pas la même résistance.

Ils ont complété l’ERT par des impulsions envoyées par un radar à pénétration de sol (GPR), qui envoie des ondes radio dans la pierre et enregistre leur réflexion selon la nature de ce qu’elles rencontrent sur leur chemin. Enfin, dernière technique : les tests ultrasoniques (UT) fonctionnent selon le même principe, mais avec des ondes sonores

Grâce à ces trois méthodes, deux anomalies ont été identifiées sur la face est de la pyramide, dans la partie basse du revêtement en granit. La première se situe à environ 1,4 mètre de profondeur sous la surface de granite, pour des dimensions d’à peu près 1,5 mètre de large sur 1 mètre de haut. La seconde, légèrement plus proche de la surface (1,1 mètre), mesure 0,9 mètre sur 0,7 mètre.

Ni l’une ni l’autre n’a réagi aux instruments comme un joint entre les blocs : ce sont bien des poches d’air, logées derrière le parement granitique. De telles anomalies détectées par ondes peuvent avoir plusieurs explications : des blocs de densité inhabituelle, des joints élargis, des variations dans la composition du calcaire ou des espaces de remblai mal comblés.

Pour écarter chacune de ces possibilités, les chercheurs ont construit des modèles numériques reproduisant les conditions réelles de la pyramide et testé ce qui aurait pu produire les mêmes résultats que l’ERT, l’UT et le GPR : l’hypothèse a été confirmée, il s’agit bien de poches d’air.

Mykérinos
Localisation des deux anomalies sur la face de la pyramide. © Helal et al., NDT&E Int., 2025

Une entrée cachée depuis 4 500 ans ?

La pyramide de Mykérinos n’a qu’une seule entrée connue : un couloir creusé dans sa face nord, dont l’entrée est masquée par des blocs de granite disposés selon un agencement très reconnaissable. Elle est surmontée par des chevrons de granit massifs qui forment un linteau en forme de V inversé (ou en bâtière). Les blocs qui recouvrent les deux cavités de la face est reproduisent trait pour trait cette même particularité architecturale. Un détail que le chercheur indépendant Stijn van den Hoven avait déjà noté en 2019 et qui l’avait conduit à une hypothèse restée sans réponse depuis : peut-être que la pyramide avait une seconde entrée, dissimulée sur sa face Est depuis sa construction ?

Les nouveaux relevés du projet ScanPyramids laissent, pour le moment, la question entière. Comme la profondeur des cavités n’a pas pu être déterminée, il pourrait s’agir d’autre chose : erreur de maçonnerie, chambre secondaire, couloir d’accès, espace technique dédié aux ouvriers lors de la construction ou une simple irrégularité architecturale.

Avec les instruments utilisés, impossible de trancher et les chercheurs préconisent désormais de recourir à la muographie par rayons cosmiques pour discerner vraiment ce qui se cache derrière les blocs. Une technique qui exploite les muons, des particules subatomiques pouvant traverser la pierre, et dont l’absorption varie selon le matériau qu’ils rencontrent. Ils pourraient ainsi constituer la base d’une carte tridimensionnelle complète de l’intérieur de Mykérinos, impossible à construire autrement sans toucher au monument. Une cartographie qui reste à construire et qui, même achevée, devra satisfaire à une exigence, formulée par les auteurs de l’étude eux-mêmes : « l’interprétation des anomalies détectées devrait être discutée entre égyptologues ». Les membres de l’équipe étant des physiciens et des ingénieurs, et non des spécialistes de l’Égypte antique, ce n’est pas à eux qu’il appartient de statuer sur la nature exacte de ces cavités.

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