Aux élections municipales de 2026, un phénomène a commencé à intriguer les spécialistes. Désireux de comprendre plus en détails le programme de tel ou tel candidat, les électeurs se sont tournés vers les intelligences artificielles génératives comme Gemini, ChatGPT ou Claude. Selon une étude du think tank Terra Nova, cette tendance ne ferait que s’accentuer avec les élections présidentielles cruciales de 2027.
En mars dernier, lors des municipales, on estime à 11% le nombre de Français qui se seraient tournés vers une IA pendant la campagne. Les chiffres sont d’autant plus flagrants chez les plus jeunes votants, puisque 22% des 18-24 ans auraient questionné un modèle d’IA. Ce chiffre descend à 19% chez les 25-34 ans. Ces 11% n’auraient usé de l’intelligence artificielle que pour s’informer sur un candidat ou un programme.
L’IA pourrait devenir un acteur silencieux, capable d’influencer l’ultime choix de plusieurs millions de Français. – Terra Nova
En revanche, l’étude est bien plus troublante lorsqu’il s’agit des orientations de vote. Sur les électeurs interrogés, il en ressort qu’un Français sur six a utilisé une IA comme aide à la décision électorale. En s’intéressant à ce chiffre de plus près, on comprend que 7% disent que l’IA a confirmé leur choix initial mais, surtout, que 5% affirment qu’elle leur a fait changer d’avis. Enfin, 4% des sondés disent que l’IA les a aidés à trancher.
Ce phénomène d’une IA particulièrement présente lors d’une élection est davantage marqué dans les grands centres urbains et notamment en Île-de-France. Il touche également principalement les jeunes et, plus étonnant, les foyers modestes. 28% des personnes aux revenus les plus faibles utilisent ces outils.
Comment l’IA influence les électeurs
Les chercheurs expliquent que l’IA agit surtout comme un outil de rationalisation et comme un assistant comparatif. Dans le cadre d’une élection présidentielle comme ce sera le cas en 2027, les électeurs questionneront principalement l’intelligence artificielle sur des sujets liés aux enjeux nationaux, comme l’immigration, le logement, le numérique, les discriminations et le narcotrafic. En revanche, les non-utilisateurs de l’IA restent plus centrés sur des questions locales.
Terra Nova s’inquiète ainsi de l’influence que pourrait avoir l’IA sur le scrutin de l’année prochaine. “À la présidentielle, elle pourrait devenir un acteur silencieux mais structurant, capable d’influencer l’ultime choix de plusieurs millions de Français”, explique l’organisation. “La question clé ne sera pas le recours à l’IA (aux IA), mais qui la conçoit, comment est hiérarchisée l’information et avec quels garde-fous.”
Des IA orientées politiquement
Mais ces IA sont-elles totalement neutres et impartiales ? C’est la question que pose très légitimement Terra Nova face à des modèles de langage contrôlés par les plus grands groupes de la tech américains. Qui contrôle leurs réponses et, surtout, existe-t-il des garde-fous ?
L’exemple le plus marquant est celui de Grok, l’intelligence artificielle du milliardaire américain Elon Musk. Depuis l’élection présidentielle de 2024 et, notamment, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’homme d’affaires s’est principalement distingué pour ses positions très marquées à droite et pour son ingérence dans les élections de nombreux pays en faveur des candidats d’extrême droite : Allemagne (AfD), Royaume-Uni (Reform UK), Roumanie (Călin Georgescu), Italie (Giorgia Meloni), Hongrie (Viktor Orban)… Il est donc tout à fait normal de se demander si Grok n’oriente pas ses réponses et ne fait pas une hiérarchisation des informations.
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