Pilote de chasse reconvertie en pilote d’essai, puis sélectionnée en 2022 par l’Agence spatiale européenne dans sa première promotion depuis dix ans, Sophie Adenot est arrivée à bord de la Station spatiale internationale (ISS) le 14 février 2026. Sa mission, baptisée Epsilon, est prévue pour une durée de huit mois, ce qui fera d’elle le plus long séjour jamais effectué par un astronaute européen (européenne, en l’occurrence).
Adenot est seulement la deuxième Française à rejoindre la station, 25 ans après Claudie Haigneré. Comme il est d’usage à bord de l’ISS, elle y mène depuis un programme très dense, composé d’une centaine d’expériences scientifiques et technologiques. Parmi ces dernières, elle a pour responsabilité de tester la combinaison intravéhiculaire Eurosuit. Conçue par le Centre national d’études spatiales (CNES), la start-up Spartan Space, et notre champion national de l’équipement sportif : Decathlon.
Eurosuit : l’ergonomie d’abord
Les combinaisons de ce type sont celles, comme leur nom l’indique, que portent les astronautes à l’intérieur du vaisseau lors des phases critiques : décollage, amarrage, entrée atmosphérique ou, dans le pire des cas, une dépressurisation d’urgence. Ce sont normalement des équipements très lourds et complexes, impossibles à enfiler sans aide extérieure.
Le cahier des charges d’Eurosuit est à l’exact opposé : elle doit pouvoir s’enfiler seul et en moins de deux minutes chrono. Grâce à l’expertise en ergonomie du pôle Advanced Innovation de Decathlon, le confort de l’astronaute est placé au même niveau que sa sécurité.
Eurosuit intègre notamment des soufflets positionnés aux articulations afin de préserver l’amplitude de mouvement en microgravité, des fermetures éclair étanches manipulables d’une seule main même gantée, et un système d’ajustement de sa taille pour compenser l’allongement de la colonne vertébrale des astronautes. Un phénomène très courant après plusieurs semaines passées en impesanteur.
L’intérieur du casque est fabriqué grâce à une structure en lattice, une matière composée d’un réseau de motifs géométriques (comme des petits croisillons) répétitifs, imprimée en 3D. Une conception qui permet une adaptation morphologique parfaite à son porteur, et lui offre un champ de vision maximal via une visière à axe unique. Plusieurs couches textiles superposées assurent à la fois la résistance mécanique et la tenue au feu.
Pour l’instant, la combinaison testée par Adenot n’est qu’un prototype, mais il permettra de vérifier si elle est bien adaptée pour effectuer les gestes en conditions réelles d’impesanteur et s’il est réellement possible de respecter le timing d’enfilage. Des données impossibles à obtenir depuis le sol, qui alimenteront le développement de la version opérationnelle complète, que Spartan Space certifiera. Elle sera plus complète (systèmes de support de vie et de communication) et ne verra pas le jour avant quelques années. Le consortium de fabricants n’a pas encore annoncé de date de sortie pour la version définitive et les tests devraient durer encore jusqu’en 2027. Sébastien Barde, Directeur adjoint de l’Exploration et des Vols habités au CNES, avait déclaré auprès du site de l’écosystème KET (Key Enabling Technologies) : « En nous appuyant sur l’expertise exceptionnelle de nos partenaires, nous sommes prêts à fournir ce type d’équipement le moment venu ».
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