S’attaquer à Batman est toujours un sujet excitant et délicat à la fois. Il suffit de voir comment avait été vécue l’annonce du choix de Robert Pattinson pour endosser le costume dans The Batman, le film de Matt Reeves, pour s’en assurer. Tout comme James Bond, chaque incarnant de l’Homme Chauve-Souris est une source de débat, autant par son profil que par la version de Batman qu’il va incarner.
Michael Keaton avant-hier, Christian Bâle hier, Robert Pattinson donc aujourd’hui, la discussion est ouverte pour savoir qui est le meilleur dans le kevlar. Le Joker, sa némésis, est tout autant dans le même cas de figure et le débat n’est pas près de s’arrêter : on attend toujours de savoir qui sera sous le masque du Bat dans Batman : The Brave and The Bold, le Batman connecté à l’univers étendu de James Gunn.
Une durée de vie maousse costaud
Entre les films, l’excellente et désormais mythique série animée de 1992 et les jeux Arkham du studio Rocksteady, Batman a clairement eu un âge d’or établi sur plusieurs supports, sans oublier le premier et le plus important : les comics. Alors que pouvait donc apporter ce nouveau jeu Lego à la gloire du Chevalier Noir ? Probablement rien sur le papier. Et tout, en réalité, une fois la manette en main. On l’avait déjà esquissé ici, il y a quelques semaines et ce, seulement après trois heures de jeu : Lego Batman : L’Heritage du Chevalier Noir s’avançait comme le produit ultime, à date, pour tout fan du personnage créé par Bob Kane en 1939.

Si notre avis n’a pas du tout changé plusieurs semaines après, il s’est sérieusement étoffé après avoir offert plus de 15 heures au jeu. Le temps nécessaire pour boucler la campagne, articulée autour de cinq chapitres narratifs, avant de basculer dans du jeu libre et donc, dans l’art de la complétion qu’aime tant adopter TT Games dans les jeux Lego. Sauf que cette fois, il ne faudra pas du tout compter vos heures, pour ce qui est de platiner le jeu. Cinquante heures, c’est l’estimation promise pour y parvenir et, au final, ce chiffre sera certainement moins élevé selon votre capacité à résoudre tous les casse-têtes proposés le long des rues de Gotham City.
Lego Batman ? Non. Lego Arkham, oui
Si le début du jeu fait office de prise en main et de gros tutoriel, il est clair que les équipes de TT Games ont privilégié un jeu vidéo comme source d’inspiration et de base : la saga Batman Arkham de Rocksteady. À l’époque, les épisodes du studio avaient révolutionné le genre du jeu d’action avec un gameplay fluide, un système de navigation on ne peut plus logique et jouissif et enfin, un système de combat devenu une référence en la matière, avec du rythme, du contre, de la percussion, des finish moves et du spectacle garanti. Autant vous le dire tout de suite : si vous étiez fan de cette jouabilité là, c’est exactement la même que vous allez retrouver dans L’Héritage du Chevalier Noir. La même, mais sous forme de briques cette fois, sans que cela ne nuise à vos rétines.

C’est simple, ce Lego Batman est d’une beauté à couper le souffle. Les effets de lumière sont somptueux, la ville grouille de mille et une détails… et TT Games nous offre une ambiance sombre et noire en permanence. On évolue dans une ville où le soleil n’est jamais présent – on ne le voit finalement qu’au début du jeu, lors de l’entraînement de Bruce Wayne à Nanda Parbat -, dans une cité où la pluie tombe aussi en permanence. Un détail qui a du sens : on a été scotché par le ruissellement de l’eau sur les costumes de Batman, le rendu de la pluie dans les airs comme au sol, et par le réalisme des flaques d’eau notamment.
Mamma, que c’est beau !
On peut ne pas être fan des briques Lego mais le rendu est d’une qualité bluffante, à tel point que planer au-dessus des immeubles de Gotham est un réel plaisir. Tout comme l’était cet exercice dans Batman Arkham Knight et sa ville immense. Le terrain de jeu n’est pas plus petit ici. Gotham est réparti en quatre îles, que l’on peut parcourir en bolide ou via un système de voyage rapide, en utilisant les réseaux de tunnels de la ville. A condition de débloquer chacun d’entre eux, soit un des multiples objectifs secondaires à effectuer dans le jeu. On apprécie d’ailleurs que ces défis ne soient pas là juste pour faire monter notre temps de jeu. Certains d’entre eux seront nécessaires pour débloquer les derniers costumes des personnages jouables ainsi que les ultimes véhicules. C’est qu’il y a une Bat-Cave à remplir, que diable. On y reviendra.

C’est (très) beau, c’est (plus que) solide manette en main mais finalement qu’est-ce que ça raconte L’Héritage du Chevalier Noir ? Les développeurs nous avaient promis lors de notre entretien avec eux à Londres une histoire autant pensée pour les connaisseurs que les non-initiés, avec une ouverture vers les films, comics ou autres itérations du personnage, pour ces derniers s’ils souhaitaient approfondir le sujet. L’idée est de rendre hommage au plus grand détective du monde, tout en conservant l’humour propre au jeu Lego, la jouabilité des jeux de la licence et, enfin, une compréhension pour tous, car on le rappelle, il s’agit avant tout d’un jeu familial.
Les plus grands moments de Batman réunis et revisités en une seule et même histoire
L’exercice aurait pu être résolu de manière fainéante, avec un simple copier-coller des grands épisodes du Bat, sans que cela ne suive finalement un véritable fil narratif. Il n’en est rien : le jeu nous raconte les débuts de Batman, son ascension solo, la création de la Bat-Family et sa succession (en partie), tout en exploitant toute la matière déjà produite à son sujet. Mais alors vraiment tout. Oui, on vous l’assure, tout y est. Les Batman de Tim Burton, celui (horrible) de Joel Schumacher, celui de Reeves donc, la trilogie de Nolan, certains comics et pas les moins connus, la série animée et les jeux de Rocksteady donc sont les socles de l’histoire que l’on suit pendant une quinzaine d’heures, temps garanti si vous jouez dans le mode de difficulté (Chevalier Noir) le plus élevé.

On retrouve notamment l’entraînement de Bruce façon Batman Begins, la parade mortelle du Joker – et la musique ! Et la musique ! – version Jack Nicholson – dans les rues de Gotham, l’origin story du Joker choisie par Tim Burton dans le Batman de 1989, la prise d’otages de la ville par Bane dans The Dark Knight Rises… vous vous en doutez, la liste est très longue. Mais deux moments nous ont vraiment ravi de bonheur. Le générique de Batman: la série animée, fidèle en tout point mais avec un détail en plus – on vous laisse la surprise – qui est rejoué version briques du coup durant le jeu. Et la première mission du cultissime Batman Arkham Asylum, celle où on escorte le Joker, que l’on rejoue ici aussi. Toujours avec un ou deux éléments supplémentaires.
Le gameplay Lego est là, au service des stars de Gotham City
Le fan service est d’autant plus réussi que le jeu varie les plaisirs dans le gameplay en permanence. Batman ne se bat pas seul pour sauver Gotham. Robin, Catwoman, Batgirl, Nightwing, Talia Al Ghul et le commissaire Gordon sont également présents à ses côtés. Et comme d’habitude dans les jeux Lego, chacun d’entre eux a des compétences utiles pour évoluer. Robin/Nightwing a la capacité de relier deux points distincts avec un câble ou d’envoyer par le même procédé un objet sur quelqu’un ou quelque chose. Gordon peut arrêter n’importe quel élément comme le feu (flamme, incendie) ou l’eau avec un pistolet envoyant de la gomme adhésive.

Mais dans les capacités les plus stylées, on relève celle de Catwoman à envoyer une de ses chattes là où elle ne peut pas se rendre pour, généralement, appuyer sur un interrupteur. Le drone de Batgirl lui sert à la fois de point d’accès en hauteur mais aussi de piratage à distance. À cela s’ajoutent des éléments d’énigme (classiques dans les jeux Lego) et d’enquête (classiques dans les jeux Batman), comme l’usage de rayons X pour suivre une odeur, une trace ou des pas ou l’analyse d’empreintes et/ou de substances. Le tout s’imbrique bien (c’est le mot ahah) dans des missions globalement très longues, qui mélangent un peu tous les styles, à savoir action, réflexion et infiltration.

Ces trois éléments sont là aussi, directement repris du gameplay des jeux Arkham, avec des ennemis qui ne sont jamais les mêmes, épousent les couleurs du vilain qu’ils défendent et sont particulièrement agressifs face au Batman. Pour s’infiltrer, ce dernier peut passer par les tunnels de ventilation, se servir d’objets pour faire diversion ou s’agripper à des éléments en hauteur pour attaquer des ennemis, quand on ne choisit pas de les surprendre dans leur dos. Tiens, tiens, ça nous rappelle fortement quelque chose tout ça.
Une difficulté qui ne casse pas une brique
On avait émis des doutes quant à la difficulté générale du titre. À l’époque, on avait joué en Normal et pour ce test, c’est en difficile qu’on a choisi d’arpenter les rues de Gotham City. Si le challenge est un peu plus relevé, si le dernier boss nous a fait suer un (tout) petit peu, globalement, L’Héritage du Chevalier Noir est un jeu aussi facile à prendre en main que simple à appréhender. Une fois le système de combat réimprimé dans la tête de ceux qui avaient joué aux épisodes Arkham – c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas – et compris par ceux qui n’y avaient jamais joué, mourir devient une chose rare. Il en est de même pour les énigmes, dont la difficulté varie selon le défi à résoudre. Celles du Riddler et de Cluemaster sont évidemment les plus complexes mais répondent finalement à un sens logique assez simple, d’autant que les éléments pour les résoudre sont généralement juste sous nos yeux.

C’est le moment où on rappelle que L’Héritage du Chevalier Noir est un jeu PEGI 7 et donc s’adresse autant aux plus petits qu’aux connaisseurs de Batman, censés logiquement être plus grands. D’ailleurs, le jeu prend certains partis pris. On met KO les ennemis, on ne les tue pas et si c’est le cas, on ne le voit pas, comme c’est le cas de Ra’s Al Ghul, des parents de Bruce Wayne ou encore des parents de Dick Grayson, qui ne meurent pas comme dans le film Batman Forever lors d’un piège tendu par Double-Face mais se retrouvent finalement virés du cirque dans lesquels ils travaillent. Astucieux et drôle au final, même si certains pourraient râler sur le parti pris. Après tout, faire couler le sang n’a jamais été dans l’esprit des jeux Lego et Batman ne déroge pas à la règle. Mais le manque de difficulté général du titre, qui privilégie clairement autre chose (le plaisir, la nostalgie, la fidélité à l’oeuvre et sa manière originale de le revisiter), pourra certainement en décevoir plus d’un.
Une Bat-Cave, pour les faire kiffer tous
Reste un tout dernier élément à aborder et c’est l’un des plus fun d’un jeu qui n’en manque pas : la Bat-Cave. Le célèbre QG de Batman n’est pas une simple base de repli : il est à la fois la vitrine de nos exploits, un hub pour pouvoir rejouer certaines missions, notamment celles qui n’auraient pas été complétées à 100 %, une zone de jeu libre dans laquelle le joueur peut construire ce qu’il veut, à condition d’avoir les ressources nécessaires et enfin un lieu totalement personnalisable et extensible. En d’autres termes, chacun sera libre de donner, hormis certains endroits communs à chaque partie, l’ambiance et la décoration qu’il souhaite à sa Bat-Cave. L’idée est bonne, d’autant que la base de Batman est tout aussi riche en secrets que les quatre îles de Gotham et que vous devrez passer du temps à l’intérieur, quoi qu’il arrive, si vous souhaitez platiner le jeu.

Chaque héros et membre de la Bat-Family a droit à son dressing à costumes. Idem pour les véhicules, tous rangés dans un garage. Autant d’éléments qui poussent le joueur à vouloir les compléter et la politique marche très bien, puisqu’on devra soit les débloquer, soit les acheter directement dans une des boutiques tenues par Bat-Mite. Comment ne pas vouloir posséder la Batmobile et la moto des films de Nolan ? Ou encore les différentes tenues de Batman, comme celle qu’il porte dans le jeu vidéo de 1989 ? Résoudre tous les défis de l’Héritage du Chevalier Noir débloqueront une grande fresque, qui n’est autre que le cadre Lego rendant hommage à l’univers de Batman : la série animée. Là encore, personne n’aura envie de laisser ce grand espace vide, une fois ce dernier commencé à être complété. Que dire de plus sur Lego Batman : L’Héritage du Chevalier Noir ? Que le jeu de TT Games n’est pas exempt de défauts. On a eu droit à un crash en cours de partie. On ne l’aurait certainement pas signalé si le jeu présentait parfois des ralentissements, notamment lors de certaines cinématiques. Ça rame, les dialogues ont du mal à suivre et le jeu donne même parfois l’impression de freezer. Mais tout cela n’a pas été suffisant et assez fréquent pour gâcher notre plaisir de jeu. On vous donne rendez-vous vendredi pour plonger, vous aussi, dans l’univers du Chevalier Noir.
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