Pendant près d’un quart de siècle, SpaceX a tenu ses finances rigoureusement à l’abri des regards, se contentant tout juste de quelques chiffres lâchés au compte-gouttes par Elon Musk sur les réseaux sociaux. Cette semaine, le voile est tombé, et promet déjà de faire trembler Wall Street. L’entreprise s’apprêterait à acter l’introduction en Bourse la plus massive jamais réalisée.
L’opération de tous les records
Fondée en 2002, la société d’Elon Musk vise une cotation au Nasdaq à la mi-juin, sous le symbole SPCX. Une tournée de présentation aux investisseurs est prévue dès le début du mois, même si Musk devrait conserver 51,2 % du capital et 85,1 % des droits de vote. En clair, ceux qui s’apprêtent à injecter des dizaines de milliards dans l’entreprise n’auront quasiment aucun pouvoir sur la marche du groupe.
Un record boursier ?
SpaceX a longtemps vendu un imaginaire, celui des fusées réutilisables et de la conquête de Mars. Mais si le chiffre d’affaires 2025 atteint 18,7 milliards de dollars, soit une hausse de 80 % en trois ans, le moteur de cette croissance n’est pas le spatial. Le plus gros, et de loin, s’appelle Connectivity. Autrement dit Starlink, le réseau d’accès à Internet par satellite, qui pèse 11,4 milliards de dollars, soit 61 % des revenus du groupe.
L’entreprise qui fait rêver avec ses fusées est d’abord un fournisseur d’accès à Internet. Et un fournisseur qui marche très bien. Le nombre d’abonnés Starlink a quadruplé en deux ans, passant de 2,3 millions fin 2023 à plus de dix millions au printemps 2026. Concrètement, c’est la seule activité franchement rentable du groupe. À côté, le segment spatial historique, lancements Falcon 9 et capsule Dragon, ne représente que 4,1 milliards de dollars, et SpaceX en réinjecte aussitôt une large part dans Starship, son lanceur géant qui a déjà englouti environ 15 milliards de dollars d’investissements.
Le problème, c’est que malgré ses 18,7 milliards de revenus, SpaceX accusait une perte nette de 4,9 milliards de dollars en 2025. Et le premier trimestre 2026 est encore plus brutal, avec une perte de 4,28 milliards pour 4,69 milliards de chiffre d’affaires. Le vrai gouffre, c’est xAI, la société d’intelligence artificielle de Musk, absorbée par SpaceX au début de l’année. Cette branche a creusé à elle seule une perte de 2,47 milliards de dollars sur le seul premier trimestre, pour des revenus dérisoires. En achetant l’action SpaceX, on hérite donc aussi de l’IA déficitaire de Musk
Mais alors, comment justifier une telle valorisation pour une entreprise qui perd près de 5 milliards par an et croule sous la dette ? Ici, tout se joue dans un pari sur l’avenir. C’est l’argument qui a porté Amazon ou Tesla pendant leurs années de pertes, et SpaceX coche les cases : suprématie écrasante sur les lancements orbitaux, dépendance croissante de la NASA et du Pentagone à ses technologies, et un Starlink en passe de devenir une infrastructure mondiale incontournable, au point d’inquiéter pour la souveraineté numérique européenne.
Der l’autre côté, il faudra miser sur un revenu déficitaire, contrôlé à 85 % par un dirigeant imprévisible et adossé à des paris technologiques dont les revenus, sur Mars notamment, restent purement hypothétiques.
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