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La station spatiale chinoise Tiangong passe devant la Lune : des images spectaculaires capturées par un photographe amateur

Filant à 28 000 km/h à 400 km d’altitude, elle a le temps de disparaître le temps d’un battement de cil, mais ce photographe était là au bon moment, avec les bons outils.

Depuis son jardin à Porto Rico le 29 mai dernier, Efrain Morales a réussi à immortaliser l’imposante station spatiale Tiangong, traversant le ciel à 8 km/s en la voyant occulter brièvement la Lune lors de son transit. Grâce à un télescope de 30 centimètres de diamètre couplé à une caméra astronomique, on distingue nettement la silhouette en T de la station, ses panneaux solaires déployés, glissant au-dessus du cratère Tycho, dans les hautes terres du sud de la face visible de notre satellite naturel.

Un battement d’aile à 400 km d’altitude

Lorsque ce type de transit se produit, la fenêtre d’observation est extrêmement courte, inférieure à la seconde. À cette vitesse, le disque lunaire, pourtant large d’environ 3 470 kilomètres, est traversé en à peine 0,3 à 0,8 secondes, et le couloir depuis lequel le phénomène est observable au sol se réduit à quelques centaines de mètres de large au mieux.

Pour ne rien rater du passage, Morales a utilisé l’outil en ligne gratuit ISS Transit Finder, qui suit en direct la Station Spatiale Internationale (ISS), mais qui fonctionne aussi pour Tiangong. Utilisable sur PC, tablette ou smartphone (un peu moins pratique tout de même) il suffit d’entrer ses coordonnées géographiques pour obtenir l’heure précise du transit, le couloir au sol depuis lequel il sera visible et les ajustements à effectuer en temps réel. Ces derniers sont liés aux fluctuations d’altitude que Tiangong compense en permanence par propulsion pour contrecarrer le freinage résiduel de l’atmosphère à 400 kilomètres d’altitude.

Sur les différentes images de Morales (voir exemple ci-dessous), on voit la station qui semble frôler le cratère Tycho, l’une des formations géologiques les plus spectaculaires de la face visible de la Lune. Creusé il y a environ 108 millions d’années par l’impact d’un astéroïde d’une dizaine de kilomètres de diamètre, il mesure 85 kilomètres de large pour 4,8 kilomètres de profondeur, avec un pic central qui s’élève à 1 600 mètres au-dessus de son plancher : l’équivalent d’une montagne pyrénéenne surgissant du fond d’un gouffre.

Tiangong
La station prise en photo par Morales, avec le cratère Tycho, situé en bas à gauche. On aperçoit également de nombreux autres cratères de tailles variées et des zones plus claires correspondant aux hautes terres, contrastant avec les plaines basaltiques plus sombres visibles en haut à droite. © Efrain Morales

Bien sûr il s’agit d’un effet d’optique, puisque Tiangong orbite à environ 383 600 km du cratère ; elle est passée simplement dans le même axe que le disque lunaire ce jour-là, depuis la perspective de Porto Rico.

Est-ce vraiment à votre portée, ou devriez-vous passer votre tour ?

Rares sont les disciplines de l’astrophotographie amateur qui exigent autant de préparation pour aussi peu de temps d’exécution. Même si un amateur bien renseigné et bien équipé peut y parvenir, ce n’est pas non plus à la portée du premier venu. Les transits de l’ISS ou de Tiangong se produisent régulièrement quelque part sur Terre, mais ce « quelque part » est rarement au bas de votre porte.

Il faut ensuite disposer du matériel adéquat : un télescope d’au moins 300 mm d’ouverture, une caméra planétaire rapide capable de monter à des vitesses d’obturation de l’ordre du millième de seconde pour capturer une cible se déplaçant si rapidement, une monture équatoriale motorisée suffisamment précise pour maintenir la Lune dans le champ pendant la durée du transit et des logiciels de traitement indispensables pour extraire les détails de la station de la vidéo brute. Faisable techniquement, mais financièrement, tous ces équipements représentent un investissement conséquent : entre 2 500 et 5 000 euros, selon le matériel choisi, qui est ici le minimum syndical. Sans compter les années de pratique nécessaires pour maîtriser une telle machinerie et ses subtilités : l’astrophotographie n’est pas le passe-temps le moins onéreux qui soit, mais, franchement, cultive-t-on réellement une passion pour économiser de l’argent ?

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