Passer au contenu

Pour entraîner ses IA, Amazon détruirait d’énormes quantités de livres rares

Depuis plusieurs mois, des libraires soupçonnent des entreprises d’IA d’acheter de vieux livres en quantité pour les numériser avant de les détruire. De fins limiers ont voulu en avoir le cœur net : un ouvrage équipé d’un AirTag a terminé sa course dans un site d’Amazon à Las Vegas où des livres sont effectivement découpés et scannés…

Les libraires avaient de sérieux soupçons, ils ont désormais une piste très concrète. Depuis environ un an, certains voient arriver d’étranges commandes portant sur des lots entiers de livres anciens, rares ou simplement difficiles à trouver. L’hypothèse qui circulait était assez simple : des entreprises d’IA seraient derrière ces achats, à la recherche de textes originaux pour alimenter leurs modèles.

Amazon reste très vague

Le site 404 Media a donc tenté une petite expérience. Avec l’aide d’un libraire, le média a caché un AirTag dans un livre faisant partie d’une commande en gros. Le traceur a fini par conduire les journalistes jusqu’à un site d’Amazon à Las Vegas, baptisé VGT3.

Sur place, une équipe s’occupe de numériser des ouvrages. La méthode est plutôt définitive : les livres sont séparés de leur reliure, leurs pages sont scannées, puis les exemplaires sont détruits. Le logo de l’équipe ne cherche d’ailleurs pas vraiment à rassurer les bibliophiles puisqu’il représente un tyrannosaure prêt à engloutir un livre. Amazon n’a pas expliqué précisément ce qu’il faisait des textes ainsi récupérés. « Amazon achète des livres par l’intermédiaire de circuits commerciaux pour contribuer au développement et à l’amélioration des produits et services utilisés par nos clients », a simplement répondu l’entreprise au site.

Pas un mot, donc, sur l’entraînement de modèles d’IA. Mais le contexte laisse peu de place au hasard : Amazon développe ses propres modèles et, comme ses concurrents, a besoin d’énormes quantités de textes. Les échanges en ligne attribués à des employés du site VGT3 donnent aussi une idée du rythme de l’activité. Certains expliquaient qu’Amazon avait, à un moment, quasiment épuisé son stock de livres à scanner, au point de craindre une fermeture temporaire du site faute de matière première.

Autre détail intéressant : les employés devaient scanner les codes-barres ou les ISBN avant de traiter les ouvrages. Cela donne du crédit à une théorie avancée par plusieurs libraires : les acheteurs chercheraient à parcourir méthodiquement les catalogues pour récupérer le plus grand nombre possible de textes différents.

Détruire un exemplaire parmi des milliers n’a pas les mêmes conséquences que faire disparaître une édition dont il ne reste peut-être que quelques copies. L’enquête ne prouve pas qu’Amazon soit derrière toutes les mystérieuses commandes repérées ces derniers mois. Elle montre en revanche qu’au moins certains de ces vieux livres finissent bien dans un centre du groupe, où leur passage au numérique est sans retour.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Source : 404media

Mode