Posée comme ça, la somme a de quoi impressionner. D’autant plus qu’elle tombe au bon moment : le prix repère du gaz grimpe de 6,3 % au 1er octobre, le gazole flirte avec les 2,40 € le litre dans le sillage de la crise du détroit d’Ormuz, et l’hiver n’a même pas commencé.
Engie sort le carnet de chèques
Cette fois, c’est Engie qui régale. Dans un communiqué publié ce vendredi 25 septembre, le groupe a annoncé une « aide exceptionnelle » de 75 € TTC pour ses 720 000 clients bénéficiaires du chèque énergie en 2026. L’enveloppe totale atteint 54 millions d’euros. Les conditions sont simples, mais strictes. Il faut disposer d’un contrat d’électricité et/ou de gaz chez Engie au 1er octobre 2026, et avoir déjà utilisé son chèque énergie de l’année pour régler une facture du fournisseur. Aucune démarche n’est nécessaire : la remise sera appliquée automatiquement à l’émission de la prochaine facture.
Côté calendrier, en revanche, tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne. Les 75 € seront déduits de la prochaine facture, selon le rythme choisi par chaque client : bimestriel, semestriel ou annuel. Autrement dit, un client facturé tous les deux mois verra la ligne apparaître d’ici la fin de l’automne. Un client mensualisé, lui, risque de devoir patienter jusqu’à sa facture annuelle de régularisation. Point important, il s’agit d’une remise sur facture, et non pas d’un virement. Le client qui quitte Engie avant d’avoir été remboursé perd donc son aide.
Un geste qui coûte moins cher qu’il n’y paraît
Ce n’est pas une première. Engie avait déjà versé 100 € à ses clients bénéficiaires du chèque énergie en 2022, en pleine crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Rebelote début 2025 avec une remise de 50 € pour près de 700 000 foyers, soit environ 10 % de sa clientèle, au moment où la fin du bouclier tarifaire faisait bondir les taxes sur l’électricité. La somme remonte donc à 75 € cette année, à mesure que la pression sur les factures s’accentue.
Pour les ménages concernés, c’est toujours ça de pris. C’est aussi une bonne partie de la hausse attendue sur la facture de gaz : la Commission de régulation de l’énergie estime que, si les prix restent stables d’ici décembre, la facture annuelle 2026 d’un ménage indexé sur le prix repère dépassera celle de 2025 d’environ 10 %, soit à peu près 120 €.
Rapportée aux comptes d’Engie, la générosité prend toutefois une autre dimension. Le groupe a publié fin juillet un bénéfice net de 3,3 milliards d’euros au premier semestre, en hausse de 14 %, et a relevé dans la foulée son objectif de résultat net récurrent pour 2026, désormais attendu entre 4,9 et 5,5 milliards d’euros. Les 54 millions d’euros débloqués représentent donc environ 1,6 % du bénéfice du seul premier semestre. Une goutte d’eau, pour un groupe dont l’action a pris près de 24 % depuis le début de l’année.
Difficile de ne pas y voir un outil de fidélisation. L’aide ne bénéficie qu’aux clients qui paient Engie avec leur chèque énergie, et elle ne se concrétise que s’ils sont encore là au moment de la prochaine facture. Sur un marché où l’on peut changer de fournisseur en quelques clics, et où les offres indexées sur le prix repère viennent de prendre 6,3 % d’un coup, l’argument n’est pas neutre. D’autant plus que si la somme de 54 millions d’euros annoncée a de quoi faire tourner les têtes, elle ne représente qu’une infime partie des bénéfices annuels d’Engie. Le groupe a publié fin juillet un bénéfice net de 3,3 milliards d’euros au premier semestre, en hausse de 14 %, et a relevé dans la foulée son objectif de résultat net récurrent pour 2026, désormais attendu entre 4,9 et 5,5 milliards d’euros.