Passer au contenu

Après les drones, l’Ukraine veut maintenant son armée de robots humanoïdes sur le champ de bataille, et c’est flippant

4 min
0 commentaire
Partagez

Mykhailo Fedorov, à l’origine de l’Army of Drones, vient de lancer une nouvelle initiative baptisée Army of Robots. Son objectif est de développer des machines capables de prendre en charge les missions les plus dangereuses sur le front, avec un premier robot humanoïde censé entrer en action dans les six mois.

L’Ukraine veut visiblement passer à l’étape suivante de sa course à la robotisation. Le 26 septembre 2026, lors de la conférence IT Arena de Lviv, Mykhailo Fedorov a présenté l’Army of Robots, une initiative destinée à accélérer le développement et le déploiement de robots militaires.

L’idée s’inscrit dans la continuité de l’Army of Drones, lancée en 2022 lorsque Fedorov était ministre de la Transformation numérique. Mais le nouveau projet change d’échelle car il ne s’agit plus seulement de multiplier les drones aériens, mais de confier aux machines davantage de tâches directement au sol.

Les robots terrestres sont déjà là

Contrairement aux images de robots humanoïdes qui accompagnent l’annonce, les robots militaires terrestres ne relèvent plus de la science-fiction en Ukraine. Le ministère ukrainien de la Défense indiquait en février que les systèmes robotisés terrestres avaient déjà effectué plus de 7 000 missions en janvier 2026, principalement pour transporter des munitions, assurer des missions logistiques ou évacuer des blessés. L’objectif affiché par Kiev est justement de remplacer progressivement des missions humaines dans les zones les plus exposées.

Les systèmes utilisés aujourd’hui sont toutefois très différents des humanoïdes montrés dans les vidéos de Fedorov. Il s’agit principalement de plateformes à roues ou à chenilles, téléopérées, capables de transporter du matériel, de récupérer des blessés, de reconnaître un secteur ou, dans certains cas, de porter un armement.

Fin août, le cluster ukrainien de défense Brave1 annonçait par exemple le début des essais au combat de robots terrestres équipés de tourelles capables d’emporter deux fusils de type Kalachnikov. Le prototype avait été développé en moins de six mois. La robotisation est donc déjà une réalité, mais le robot qui marche sur deux jambes reste, lui, une autre histoire.

L’humanoïde devra franchir un premier cap en six mois

Lors de sa présentation, l’ancien ministre de la Défense a expliqué que les premiers humanoïdes devaient être capables d’effectuer des tâches relativement simples comme recharger une arme, remplacer une batterie ou installer un capteur. D’autres usages sont envisagés pour les robots terrestres, comme l’évacuation des blessés, le transport de munitions, le déminage, la reconnaissance ou la défense de positions.

Mais Fedorov a fixé un objectif beaucoup plus spectaculaire : qu’un robot humanoïde soit impliqué dans la mort d’un soldat russe dans les six mois suivant le lancement du projet. Dans les douze mois, il veut voir un premier assaut contre une position ennemie sans intervention d’infanterie humaine, avec des robots et des drones coordonnés entre eux.

Ces échéances sont celles annoncées par Fedorov lui-même, mais elles ne correspondent pas à un calendrier officiel de l’armée ukrainienne et ne signifient pas qu’une telle capacité existe aujourd’hui.

Une initiative privée

Fedorov ne dirige plus le ministère ukrainien de la Défense depuis juillet 2026. Le projet Army of Robots est donc présenté non comme une nouvelle unité militaire, mais comme un écosystème destiné à réunir entreprises de défense, ingénieurs, investisseurs et développeurs. Fedorov recrute notamment un responsable technique et invite les industriels à rejoindre le programme.

L’initiative doit financer des entreprises de défense, soutenir de nouveaux projets technologiques et organiser des infrastructures de recherche et développement. Les modalités précises du financement et la structure juridique du projet restent toutefois à préciser. Cela change beaucoup la portée de l’annonce, car l’Ukraine ne vient pas de créer une armée de robots humanoïdes, elle lance un programme destiné à tenter d’en faire émerger une.

Une vidéo qui impressionne

Les images diffusées lors du lancement ne montrent pas nécessairement des machines actuellement déployées. Le Kyiv Independent souligne que la vidéo publiée par Fedorov présente différents concepts, avec des robots humanoïdes mais aussi quadrupèdes et d’autres formes de machines autonomes. Une partie des images est d’ailleurs explicitement présentée comme générée par intelligence artificielle.

Il faut donc éviter de regarder cette vidéo comme une démonstration des capacités actuelles de l’armée ukrainienne. Elle illustre davantage la direction technologique souhaitée par Fedorov.

Le vrai travail se situe ailleurs puisque il va falloir rendre les machines suffisamment fiables pour fonctionner dans des environnements dégradés, résister aux brouillages, franchir des obstacles et surtout accomplir des tâches utiles sans intervention humaine permanente.

L’Ukraine accélère déjà sur l’autonomie

Brave1 affirme par exemple avoir déployé en 2026 des systèmes d’intelligence artificielle permettant d’automatiser une grande partie de l’interception de drones ennemis. Dans le dispositif présenté par le cluster, l’opérateur sélectionne la cible et autorise l’engagement avant que le système effectue ensuite automatiquement une partie du guidage. Le contrôle humain reste donc présent.

Dans les robots terrestres, l’évolution est similaire, automatiser progressivement certaines fonctions avant de parvenir, éventuellement, à des machines capables d’agir avec beaucoup moins de supervision.

L’humanoïde n’est donc pas nécessairement le point de départ de cette transformation, il en serait plutôt l’étape la plus ambitieuse.

Six mois pour démontrer le concept

Sur le papier, le calendrier de Fedorov paraît extrêmement agressif. Mais l’objectif annoncé n’est pas forcément de disposer en six mois d’un robot capable de remplacer un fantassin dans toutes ses missions. Il s’agit d’abord de démontrer qu’un humanoïde peut accomplir des tâches utiles dans les conditions du front.

Et ce problème est considérable, car un robot qui réussit une manipulation dans un laboratoire n’est pas automatiquement capable de la reproduire sous la pluie, dans la boue, avec des communications perturbées et un environnement dangereux.

L’Ukraine dispose néanmoins d’un avantage puisque le front sert déjà de terrain d’essai pour des centaines de systèmes robotisés, avec des retours directs des militaires et des industriels. Brave1 affirme d’ailleurs vouloir accélérer précisément cette boucle entre prototype, test et déploiement.

Pour l’instant, les machines les plus convaincantes sont donc encore celles qui roulent. Les humanoïdes, eux, doivent d’abord prouver qu’ils savent marcher, travailler et surtout survivre.

 

Articles sauvegardés