Lancée en 2019 par deux entrepreneurs parisiens qui voulaient mieux rémunérer les créateurs de contenus, MYM revendique aujourd’hui des millions d’utilisateurs. Comme pour OnlyFans, son modèle est simple : des créateurs vendent par abonnement des photos et des vidéos exclusives, et la plateforme prélève sa commission au passage. Evidemment, une part importante de ces contenus n’est pas destinée aux enfants. Et c’est précisément ce qui vaut à la plateforme de tomber sous le coup d’une enquête officielle.
L’âge et la transparence dans le viseur
L’Arcom a annoncé le 16 octobre l’ouverture d’une enquête visant MYM. Le régulateur explique avoir été alerté sur les contenus proposés par la plateforme, « le plus souvent à caractère érotique, voire sexuel ». Une demande d’informations a été envoyée le 14 octobre, et MYM dispose de quinze jours pour y répondre, sous peine de sanction.
L’Arcom soupçonne deux manquements au règlement européen sur les services numériques (DSA). Le premier, et le plus lourd, concerne la protection des mineurs : le régulateur s’interroge sur les modalités de vérification de l’âge des utilisateurs et sur la manière dont ce contrôle est activé. Il ne suffit pas qu’un dispositif existe, encore faut-il qu’il se déclenche au bon moment et qu’il soit difficile à contourner. Le second point porte sur la transparence, avec des conditions générales d’utilisation jugées incomplètes, et des algorithmes qui décident seuls des contenus mis en avant.
Pourquoi l’Arcom, et pas la Commission européenne sur ce dossier ? MYM est une entreprise établie en France, et elle n’atteint pas le seuil des 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union qui ferait d’elle une « très grande plateforme » surveillée directement par Bruxelles. Depuis la loi SREN de mai 2024, c’est donc l’Arcom qui veille au respect du DSA pour les services basés sur son territoire. Si l’enquête aboutit à des manquements avérés, le DSA prévoit toutefois des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial annuel.
Que risque MYM ?
Vendre ou acheter des contenus érotiques ou pornographiques entre adultes consentants n’est pas illégal en France. Ce que la loi sanctionne, en revanche, c’est l’exposition des mineurs à ces contenus. L’article 227-24 du Code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende le fait de diffuser un message à caractère pornographique lorsqu’il est susceptible d’être vu par un mineur. Et le texte précise que la simple déclaration de majorité de l’utilisateur ne suffit plus à écarter l’infraction.
C’est tout l’enjeu de l’enquête. MYM affirmait dès 2022 conditionner l’accès à ses contenus adultes à un paiement et à une vérification d’âge par scan facial. La plateforme indiquait alors que ces contenus représentaient environ un quart de son activité, pour quelque 10 millions d’utilisateurs et 350 000 créateurs. Sauf que les chiffres semblent difficiles à démontrer officiellement.
Le contexte n’aide pas. Depuis son lancement, MYM est régulièrement accusée de laisser des mineurs accéder à des contenus explicites. L’Arcom, de son côté, a considérablement durci le ton sur la vérification d’âge depuis la loi SREN, qui l’a dotée d’un référentiel technique imposé aux sites pornographiques et du pouvoir de faire bloquer ceux qui ne s’y conforment pas. Plusieurs géants du secteur ont préféré suspendre leur accès en France plutôt que de s’y plier. MYM, qui se présente comme un réseau social de créateurs plutôt que comme un site pornographique, se trouve à la frontière de ces deux régimes. L’enquête ouverte au titre du DSA pourrait justement servir à clarifier de quel côté elle se situe.
Le dossier dépasse largement la seule plateforme française. Les plateformes d’abonnement à des contenus personnalisés ont explosé depuis la pandémie, et la plupart reposent sur la même ambiguïté, avec un réseau social ouvert à tous en façade et des contenus adultes cachés derrière un paywall. Reste à savoir si la vérification d’âge sera jugée suffisamment forte du côté de chez MYM. Réponse dans quinze jours.