Le samedi 17 octobre 2026, la mobilisation nationale contre la vie chère a donné lieu à des cortèges pacifiques, mais aussi à des violences et à des pillages à Paris, Lyon, Marseille, Rennes et Nice. Selon le gouvernement, au moins 3 000 commerces ont été dégradés ou pillés. À Lyon, des dizaines de boutiques de la Presqu’île ont été visées entre le samedi après-midi et le dimanche matin. Dès le samedi soir, les images de vitrines brisées et de rayons vidés ont circulé sur les réseaux sociaux, et les premiers appels aux dons sont arrivés presque en même temps.
À Nice, le gérant du Micromania dément deux cagnottes
Le cas le plus relayé est celui du Micromania de l’avenue Jean-Médecin, dans le centre de Nice. Plusieurs dizaines de personnes vêtues de noir et le visage masqué ont brisé les vitrines et emporté la marchandise. Le gérant, prénommé Pierre, est resté devant le magasin pour tenter de bloquer l’entrée, et une vidéo où on le voit frappé dans le dos a été largement partagée. Le magasin est fermé depuis.
J’ai tellement de la peine et de la rage devant ces images terrifiantes du gérant d’un magasin Micromania à Nice complètement désemparé par le pillage de son magasin..🙄#17Octobre pic.twitter.com/8Biow1UCHd
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) October 17, 2026
Deux cagnottes ont été ouvertes dans la foulée, sans lui. La première, lancée le samedi par un compte nommé SamaritainFR, expliquait que l’assurance ne couvrirait peut-être pas tous les dégâts et que la boutique risquait de ne jamais rouvrir sans aide, elle avait recueilli 2 122 euros. La seconde, ouverte le dimanche par Double Pixels, un collectif de créateurs de contenu niçois, en était à 5 684 euros. Au total, plus de 7 800 euros avaient donc été versés. Le dimanche, Pierre a publié un message sur Instagram : “Mon équipe et moi, on est très touchés par le soutien, merci beaucoup”, avant d’ajouter qu’il n’était au courant de rien, que personne ne l’avait contacté et que ces cagnottes n’étaient pas de son fait. Il a demandé aux internautes d’éviter ce type d’arnaque et précisé qu’il communiquerait sur le même compte si besoin. À ce jour, on ne sait pas ce que deviendront les sommes déjà versées sur ces deux pages.
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Des collectes ouvertes “parfois à leur insu”
Nice n’est pas un cas isolé. Le lundi 19 octobre, BFMTV a rapporté que plusieurs cagnottes ouvertes au nom de commerçants suscitaient des soupçons d’escroquerie, certaines ayant été créées à l’insu des intéressés. À Grenoble, Patrick Corbet, propriétaire de la librairie Momie Mangas, a d’ailleurs choisi de ne pas relayer la cagnotte montée pour sa boutique.
Il faut préciser que la grande majorité des collectes sont bel et bien légitimes. Selon Leetchi, au moins 47 cagnottes ont été ouvertes pour des commerces dégradés, avec plus de 125 039 euros collectés en deux jours. À Paris, Hassan Robiul, gérant d’une boutique Lycamobile, a dépassé les 85 000 euros. La boutique de vélos Je suis à vélo a lancé sa propre cagnotte le dimanche, sa fondatrice Caroline Labroue estimant la perte de stock entre 50 000 et 70 000 euros, pour une assurance stock plafonnée à 42 000 euros. À Lyon, Simon Berna, dirigeant d’Axe Capital dans le 2e arrondissement, a ouvert une collecte sur Leetchi intitulée “Soutien aux commerçants de Lyon saccagés et pillés”, avec un partage à parts égales entre les commerçants et les associations de commerçants et un suivi public de chaque versement.
Ce que risquent les auteurs d’une fausse cagnotte
Ouvrir une cagnotte au nom d’un commerçant sans son accord pour encaisser les dons relève de l’escroquerie, punie par l’article 313-1 du Code pénal de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. L’usurpation de l’identité d’un tiers en ligne est quant à elle punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende (article 226-4-1). Le cas est différent quand une cagnotte authentique est ouverte puis que l’argent n’est pas reversé, il s’agit alors d’abus de confiance, puni lui aussi de cinq ans et de 375 000 euros (article 314-1).
Pour vérifier une collecte avant de donner, le plus simple reste de regarder qui l’a créée et si le commerçant la relaie lui-même sur ses propres comptes, comme l’a fait Pierre à Nice pour signaler que les siennes n’en étaient pas. Une page suspecte peut être signalée directement à la plateforme qui l’héberge, en demandant le gel des fonds, ainsi que sur Pharos, la plateforme du ministère de l’Intérieur pour les contenus illicites en ligne. Un donateur trompé peut porter plainte, en ligne, au commissariat ou en gendarmerie, et le délai de prescription de l’escroquerie est de six ans.
Les aides prévues par l’État
Du côté des assureurs, France Assureurs rappelle que la plupart des contrats des commerçants incluent une garantie émeutes et mouvements populaires, mais que la couverture de la perte d’exploitation reste une option. Le gouvernement a annoncé un chômage partiel pris en charge à 100 % à partir du mardi 20 octobre pour les commerces touchés, ainsi qu’un fonds de soutien dont les modalités n’ont pas encore été publiées.