Depuis trois ans, le discours est toujours le même. L’IA générative va absorber le travail répétitif, libérer du temps et rendre tout le monde plus serein au bureau. La plupart d’entre nous ont vu arriver un autre truc gros comme une maison. Plutôt que de gagner du temps de repos, il sera utilisé pour être toujours plus productif. Plusieurs études publiées cet automne sont en train de montrer que l’IA va probablement être à l’origine d’un nombre sans précédent de burn-out.
Une étude sur plus de 5 000 salariés
La plus récente vient de Wellhub, une plateforme de bien-être en entreprise a interrogé des salariés à temps plein de 18 ans et plus aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Brésil, en Argentine, au Chili, en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Mexique et en Roumanie.
L’étude classe les répondants en trois familles avec les « pionniers » (41 %) qui ont fait de l’IA un outil central et aident leurs collègues à s’en servir, les « adoptants » (32 %) qui l’utilisent régulièrement sans être encore totalement à l’aise, et les « débutants » (26 %) ne l’ont jamais vraiment utilisée.
Ceux qui maîtrisent l’IA sont les plus épuisés
Si on suit la logique de ce qui nous est vendu depuis des années, les plus à l’aise avec l’IA devraient être les plus soulagés hein ? Ben c’est raté. 40 % des pionniers affirment que l’IA a alourdi leur charge de travail. Et côté épuisement, 16 % des débutants déclarent des symptômes de burn-out quotidiens, un chiffre nettement plus élevé chez les pionniers. Au Brésil, l’écart est encore plus parlant : 23 % des pionniers en souffrent chaque jour, contre 11 % des débutants.
L’explication est assez simple. Quand vous êtes le collègue qui « sait faire marcher ChatGPT », vous devenez le support technique officieux de tout l’étage. 79 % des pionniers accompagnent d’autres salariés dans l’utilisation de l’IA, en plus de leurs propres missions, et ce rôle n’est quasiment jamais officialisé. Ils sont aussi 47 % à estimer que l’IA a réduit les échanges vraiment utiles avec leurs collègues.
Et ce n’est pas une exception isolée
Aux États-Unis, une enquête Hubstaff menée en octobre montre que 46 % des utilisateurs d’IA estiment qu’on attend davantage d’eux depuis qu’ils ont adopté ces outils. Plus tôt dans l’année, une étude publiée dans la Harvard Business Review avait suivi une entreprise tech pendant huit mois et concluait que l’IA générative ne simplifie pas le travail, mais l’intensifie, avec surcharge, fatigue cognitive et baisse de la capacité de décision. Harvard a même donné un nom au phénomène, le « AI brain fry ».
Les données ne disent pas toutes la même chose
Une étude Workday affirmait au contraire que 62 % des salariés voyaient leur niveau de stress ou leur risque d’épuisement diminuer depuis qu’ils utilisent l’IA. Et dans l’étude Wellhub elle-même, au Chili, le burn-out quotidien est quasiment identique chez les pionniers (19 %) et les autres (18 %).
Peut-être que l’IA ne crée pas le burn-out, elle sert surtout de prétexte pour en demander toujours plus. Le gain de productivité ne revient presque jamais au salarié, il se transforme en nouvelles tâches, tandis que le risque est bien réel pour les entreprises. 87 % des pionniers envisageraient de partir d’une boîte qui ne prend pas leur bien-être au sérieux. Autrement dit, ceux qu’elles veulent absolument garder seront les premiers prêts à claquer la porte.