Critique

[Alors, on regarde ?] American Gods, une première saison bénie des dieux

Série

Par Jules le

Alors que cette première saison de American Gods touche à sa fin, une question se pose: cette nouvelle série pilotée par Bryan Fuller (Hannibal) et Michael Green (Logan) vaut-elle le coup d’être vu ?

“American Gods est une série prometteuse qui pour l’instant maîtrise parfaitement son ambiance, son scénario et son storytelling”. Voilà comment se concluait notre précédent “Alors on regarde ?” après le visionnage du premier épisode du show de Bryan Fuller. 7 épisodes plus tard, le constat reste le même. Oui, il faut regarder cette série. “Pourquoi écrire un second Alors on regarde ?”, nous direz-vous. Car les raisons de découvrir American Gods sont différentes.

Un road-trip halluciné et hallucinant

Passons brièvement sur les points forts soulevés par notre première critique. En huit épisodes, American Gods parvient toujours à maintenir son ambiance poisseuse, crue, hallucinée et teintée d’humour noir. Un exercice sublimé par une bande-originale extraordinaire signée Brian Reitzell. De même, après l’excellent Hannibal, Bryan Fuller nous prouve une nouvelle fois qu’il maitrise la mise en scène. Le spectateur se laisse entraîner par une photographie superbe et des séquences aux allures de trip sous acide.

Même les scènes de sexe, pourtant très codifiées par la télévision américaine, sont ici présentées sous un jour inattendu. Si vous avez été surpris par la première apparition de Bilquis, ce n’est rien en comparaison de la suite. Finalement, seul le rythme d’American Gods est inégal. Si la série se veut être un road-trip rêveur à travers les États-Unis, elle connait une baisse drastique de rythme lors des quatrième et cinquième épisodes, avant de revenir au rythme initial, comme si les showrunners voulaient faire souffler le spectateur.

You can speak freely to God

Mais la véritable force de cette série, c’est sa liberté de ton. Le néophyte, qui découvre l’univers créé par Neil Gaiman avec le show, s’embarque dans un road-trip halluciné, allumé et sanglant aux côtés de Shadow Moon, ex-prisonnier et nouveau compagnon de route de M. Wednesday, son énigmatique employeur qui est en réalité un Dieu en quête de vengeance.

Ce dernier cherche à réunir les anciennes divinités, telles que Czenorbog (déité slave du mal) ou le Leprechaun, pour conduire une guerre contre les nouvelles idoles humaines que sont les médias, la nouvelle technologie, ou la mondialisation. Et le spectateur n’est en rien épargné par la série, que ce soit avec les parties de jambes en l’air (comme vous en parlait plus tôt), par un storytelling en pointillé ou par l’hémoglobine qui coule par hectolitre.

Multiplier les points de vue

Pour ceux qui ont dévoré les 700 pages du roman éponyme qui a inspiré la série, c’est l’occasion de découvrir les libertés prises par les showrunners par rapport à l’oeuvre originale, sous le regard bienveillant de Neil Gaiman. En effet, le format sériel permet d’avoir les coudées franches en matière de créativité. Voilà pourquoi Neil Gaiman a toujours refusé les adaptations cinématographiques de son bébé. Il juge American Gods “bien trop dingue” et “volontairement inadapté au grand écran”.

La présence de Laura Moon à l’écran pour commencer est un bon exemple de cette liberté créatrice. Dans une interview pour le site Inverse, Neil Gaiman confiait que la femme de Shadow (incarnée Emily Browning) “était l’une des personnes les plus importantes du livre, amis qu’elle n’y était pas très présente, car l’histoire est racontée du point de vue de Shadow. Maintenant que American Gods est une série TV, nous n’avons plus besoin d’être constamment sur Shadow. Certaines de mes scènes favorites sont des scènes qui n’auraient pas pu exister dans le livre”.

“Chaque balle tirée est une prière en mon nom”

Autre exemple marquant, l’apparition de divinités qui ne sont pas dans le livre, telles que Vulcain, dieu de la forge reconverti en déité des armes à feu. Neil Gaiman a eu l’idée du personnage lors d’une visite à Birmingham en Alabama. Sur place, il a vu une statue de Vulcain. Plus tard, il a appris que plusieurs accidents avaient eu lieu dans la fonderie locale et que la compagnie d’assurance préférait dédommager les familles des victimes à hauteur de 50 000$ , plutôt que de fermer l’usine le temps des réparations. Pour Neil Gaiman, cela s’apparente à une forme de “sacrifice”. Il a alors soufflé l’idée du personnage à Bryn Fuller et Michael Green, qui l’ont adoré et incorporé dans la série (épisode 6 – A murder of Gods).

Et ce genre d’idées originales, Neil Gaiman en a encore sous le coude. “Il y a des choses que je n’ai jamais pu écrire, car j’étais limité par la place dans le roman, dont certaines avaient été mûrement réfléchies – tel qu’une séquence ‘Coming to America’ (qui raconte comment les dieux sont arrivés aux États-Unis) se déroulant dans les années 40”, a ainsi expliqué l’auteur américain lors d’un dîner avec Michael Green et Bryan Fuller. Inverse rapporte que les deux showrunners se sont empressés de noter les idées pour potentiellement les inclure dans les prochaines saisons d’American Gods.

Vous l’aurez compris, il faut regarder cette première saison d’American Gods, tant pour sa narration, son ambiance et sa mise en scène, que pour sa relecture du roman de Neil Gaiman. D’autant qu’une deuxième saison est déjà dans les tuyaux.

American Gods comprend huit épisodes de 60 minutes diffusé sur Amazon Prime Video.