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Critique La Demoiselle et le Dragon : conte pour petits et glands 🐉

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ÉgĂ©rie Netflix, Millie Bobby Brown continue d’incarner la modernisation des stĂ©rĂ©otypes narratifs voulue par la firme au sein des productions maison avec La Demoiselle et le Dragon, revisite des contes de chevaliers et de princesses. Le rĂ©sultat valait bien qu’on s’essaie Ă  l’exercice.

Il Ă©tait une fois, un pays divisĂ© en royaumes gouvernĂ©s par les plates-formes de streaming. Le plus ancien et le plus puissant d’entre eux, Netflix, voyant ses territoires constamment menacĂ©s par ses voisins, dĂ©cida d’exploiter au maximum les ressources de son domaine, multipliant les films et sĂ©ries afin de s’assurer la fidĂ©litĂ© de son peuple entre ses murs. Cependant, la qualitĂ© de ses productions dĂ©pendait fortement de deux critĂšres : l’identitĂ© de chaque maĂźtre d’Ɠuvre et, surtout, la libertĂ© accordĂ©e Ă  chacun.

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© 2024 Netflix, Inc.

Hormis quelques artisans immigrĂ©s des plus hautes sphĂšres de l’art cinĂ©matographique, le reste Ă©tait sous Ă©troite surveillance de la gouvernance netflixienne dont le plan de bataille n’accordait aucun Ă©cart. Un plan de bataille basĂ© sur une exigence d’efficacitĂ©, de quantitĂ©, quitte Ă  sacrifier l’originalitĂ© et la prise de risque. ConsĂ©quence directe : la force de frappe Ă©tait massive, protĂ©iforme, consommable, mais prĂ©visible. La forge locale produisait des armes filmiques Ă  la chaĂźne sans prendre le temps d’aiguiser la lame.

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© 2024 Netflix, Inc.

Les observateurs du royaume, Ă  l’Ɠil las, virent toutefois leur curiositĂ© ravivĂ©e lorsque la classe dirigeante dĂ©cida de placer sa jeune GĂ©nĂ©rale Millie Bobby Brown – dont les victoires d’audience se comptent en annĂ©es avec Stranger Things et les deux volets Enola Holmes – Ă  la tĂȘte (d’affiche) d’un nouveau projet, La Demoiselle et le Dragon.

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© 2024 Netflix, Inc.

Celle-ci y incarne une jeune fille d’un territoire appauvri, promise Ă  un mariage princier. Elle ignore, cependant, que l’entreprise n’est vouĂ©e qu’Ă  la sacrifier Ă  un dangereux dragon. Seule et perdue au sein de la caverne de la crĂ©ature, elle va devoir faire appel Ă  son intelligence et son courage pour espĂ©rer en sortir vivante.

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© 2024 Netflix, Inc.

Pour mettre en scĂšne cette aventure, Netflix convoque le maĂźtre d’Ɠuvre Juan Carlos Fresnadillo, dont l’expĂ©rience au sein de l’art horrifique avec, notamment, 28 Semaines plus tard, pourrait ĂȘtre utile ; bien que l’homme n’ait pas accompli de haut fait depuis plusieurs annĂ©es. Pour le seconder, on lui adjoint un compagnon chargĂ© d’Ă©crire l’histoire contĂ©e, Dan Mazeau, dont les exploits se comptent au nombre de deux : l’un des plus mauvais Ă©pisodes de Fast & Furious (Fast X) et l’oubliĂ© La ColĂšre des Titans avec le sieur Sam Worthington.

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© 2024 Netflix, Inc.

RĂ©uni dans la salle du conseil netflixienne, le trio reçut ses ultimes consignes : continuer de mener la bataille sur le champ de la modernisation des mythes et des lĂ©gendes – en mettant en avant une figurine fĂ©minine forte et ne pas s’effrayer de l’inclusivitĂ© – et, surtout, de ne pas coĂ»ter trop cher (entre 60 et 70 millions de dollars).

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© 2024 Netflix, Inc.

Pour la premiĂšre pierre, Millie Bobby Brown elle-mĂȘme ne peut qu’acquiescer ; la jeune femme est un porte-Ă©tendard fier et affichĂ© de cette mouvance, au point de se placer en productrice exĂ©cutive du projet. La Demoiselle et le Dragon lui fait honneur en lui permettant d’exprimer tout son talent face Ă  l’adversitĂ© des Ă©preuves. Elle demeure un joyau au milieu des roches. N’en dĂ©plaise aux dĂ©tracteurs coincĂ©s dans des traditions archaĂŻques, la princesse libĂ©rĂ©e dĂ©livrĂ©e n’a que faire d’un chevalier, et ce, depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ .

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© 2024 Netflix, Inc.

NĂ©anmoins, mĂȘme les observateurs les plus favorables Ă  l’Ă©panouissement de cet esprit Ă©mancipateur ne peuvent, devant cette production du royaume, que reprendre les armes lorsque la malhonnĂȘtetĂ© et la maladresse se rencontrent. C’Ă©tait, lĂ  encore, un mot qui se murmurait dans tout le pays depuis des lunes, Netflix se laissait submerger par son envie de forcer le cours naturel des choses sans y mettre les ressources humaines et matĂ©rielles nĂ©cessaires Ă  la rĂ©ussite de ses desseins.

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© 2024 Netflix, Inc.

Ainsi, Millie Bobby Brown aurait toute lĂ©gitimitĂ© de s’Ă©tonner de voir chacune de ses aventures Ă©crites et dirigĂ©es par des mains masculines. La Demoiselle et le Dragon n’Ă©chappera pas Ă  la rĂšgle, faisant preuve d’une application scolaire sur son versant fĂ©ministe sans s’apercevoir que celui-ci n’est composĂ© que de cadavres d’idĂ©es oubliĂ©s sur les champs de bataille Ă  une Ă©poque oĂč les hommes se pensaient seuls maĂźtres de guerre. Ils ont pris dans leur besace le livre de foi du comportement fĂ©minin, le mĂȘme qui fut Ă©crit par un confrĂšre masculin, et ils en recrachent chaque ligne sans se rendre compte de l’usure de ces derniĂšres.

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© 2024 Netflix, Inc.

Les bons soldats Fresnadillo et Mazeau pourront s’en dĂ©fendre, ils n’auront fait que suivre les ordres avec assiduitĂ©. NĂ©anmoins, un mal leur incombe, celui d’avoir hurlĂ© leur plan de combat dĂšs qu’ils se sont lancĂ© l’Ă©pĂ©e Ă  la main. Loin de planter la lame dans le cƓur de la plaie, le mouvement est aussi prĂ©visible que grossier, le mĂ©trage affichant ses intentions peu sincĂšres dĂšs son ouverture. De la caractĂ©risation de l’hĂ©roĂŻne au personnage d’Angela Bassett en passant par les figures masculines soumises ou repentantes, la catapulte est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  la plume dans tout ce qui compose cette nouvelle production trop peu habitĂ©e.

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© 2024 Netflix, Inc.

Quelques observateurs, pourtant, Ă  la vision du cynisme de la stratĂ©gie et de la mĂ©diocritĂ© de sa mise en Ɠuvre, se mirent Ă  esquisser ce qu’aurait pu ĂȘtre La Demoiselle et le Dragon s’il avait eu le savoir-faire des grands de ce monde. Tout part d’une idĂ©e d’abord, celle de mettre en scĂšne une femme aux prises avec une crĂ©ature cracheuse de feu au sein d’un labyrinthe naturel. « Quel fantastique concept pour un film d’horreur claustrophobe ! Â», s’exclamĂšrent certaines voix. « Oui ! Si on rajoute du sang et une mise en scĂšne jouant sur les Ă©chelles de grandeurs, on pourrait rajouter une tension supplĂ©mentaire ! Â», ajoutĂšrent d’autres. « Pas besoin de beaucoup de budget, il suffirait de jongler avec l’ombre du danger et quelques Ă©lĂ©ments de la crĂ©ature en gros plan Â», dirent-ils tous en cƓur.

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© 2024 Netflix, Inc.

Sans le savoir, ils venaient de rĂȘver d’Ă©lĂ©ments qu’ils avaient pourtant eus sous les yeux. La Demoiselle et le Dragon a su, par quelques moments fugaces, proposer quelque chose de plus grand, lorgnant du cĂŽtĂ© de ce qu’a pu offrir le royaume voisin Disney+ avec Prey. Il y a eu de l’espoir par sĂ©quences avec des dĂ©cors, des angles de camĂ©ra tendus, qui ne demandaient qu’Ă  s’exprimer davantage. Mais, Ă  l’image des effets spĂ©ciaux hĂ©ritĂ©s plusieurs fois d’Ă©pisodes de Xena, la guerriĂšre, l’incapacitĂ© va de pair avec la facilitĂ© et, ensemble, elles ont trop souvent raison des bonnes intentions. Ainsi pĂ©rirent la demoiselle et son dragon.

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