Critique

[Critique] The Dead Don’t Die est-il mortel ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Julie Hay le

Après les vampires de Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch s’attaque aux zombies dans The Dead Don’t Die. La fable écologique mise sur l’humour pour faire passer son message et promet de déconstruire le genre. Le réalisateur américain fait appel à sa bande, pour nous faire vivre les dernières heures de l’humanité.

“Dans cette ville paisible, dans ses rues calmes, quelque chose de terrifiant arrive…” Les morts ne meurent pas et la petite bourgade de Centerville se retrouve confrontée à une horde de zombies obsédés par le Wifi et le Chardonnay. Le film, qui faisait l’ouverture du festival de Cannes, a tout sur le papier pour devenir un incontournable de la comédie zombiesque, dans la lignée de Shaun of The Dead et Bienvenue à Zombieland. Mais voilà, Jarmusch ne se prend pas au sérieux et déconstruit les schémas pour offrir un film noir et drôle. Loin d’être le plus mémorable de sa filmographie, il offre un divertissement à la frontière entre le navet et le génie.

Un casting mortel

Adam Driver n’en est pas à son tour d’essai avec le réalisateur et incarne à la perfection cet adjoint au Shérif, impassible face aux zombies qui menacent sa ville. “Ça va mal finir” vous voilà prévenu. L’acteur, aussi connu du grand public pour son rôle dans Star Wars, partage l’affiche avec Chloë Sevigny, qui incarne une policière effrayée et Tilda Swinton, hilarante en thanatopractrice. Les noms de Danny Glover, Steve Buscemi, RZA, Carol Kane et Selena Gomez viennent s’ajouter au casting déjà prestigieux.

Mourir de rire

C’est la même chanson… Comique de répétition, références méta, Jim Jarmusch connaît sa partition et table sur l’absurde pour nous faire sourire. Du porte-clé Star Wars d’Adam Driver au Bates Motel de Psychose, le réalisateur fait appel à notre pop culture. À l’image de la déferlante de zombies qui s’abat sur les protagonistes, Jarmusch nous inonde de références musicales et cinématographiques. Le cinéaste mélomane revient à ses premiers amours, et fait appel à Iggy Pop pour camper une goule accro à la caféine. Si le spectateur n’est pas hilare devant cette comédie, The Dead Don’t Die a le mérite de prendre le contre-pied des autres comédies du genre et nous faire sourire avec ses dialogues lunaires. Bill Murray incarne à la perfection, ce stéréotype du shériff dépassé par les événements et lorsqu’il lance“c’est peut-être la pire chose que j’ai jamais vu”, on ne doute plus de la réelle ambition du film : ne rien prendre au sérieux.

Hommage aux films du genre

Jarmusch déconstruit les schémas et fait de son film un hommage aux films zombiesques. Construit à la manière d’un film à sketchs, The Dead Don’t Die n’a de cesse de s’inspirer des classiques du genre, à la manière de The Night of The Living Dead. De la Pontiac présente dans le film de 1968 au fameux “Kill the Head”, Jarmusch ne cache pas ses inspirations et rend hommage au précurseur George A.Romero. Le réalisateur, dès les premières scènes, brise le quatrième mur et nous amène à réfléchir sur la construction de son œuvre, proche du pastiche. Du Diner américain, au centre pour délinquants juvéniles, il choisit méticuleusement ces lieux d’actions et dresse le tableau d’une fable zombiesque, comme on les aime…

Un conte écologique et politique

À l’inverse de ses comparses, le réalisateur fait le choix d’une catastrophe écologique pour expliquer le retour à la vie des macchabées de Centerville. En utilisant toutes les ressources de la planète, l’humain a causé le dérèglement de l’axe de rotation terrestre et les conséquences seront désastreuses. De manière subtile ou non, Jarmusch utilise les zombies pour parler de son pays. La très bien nommée Centerville, dresse le portrait d’une amérique pro-trump, climatosceptique et désabusée. De la casquette “Make America White Again” aux zombies avide de Twitter, Facebook et autres nouvelles technologies, il dépeint cette société, en miroir de la nôtre. Les hipsters aussi en font les frais puisqu’il n’hésite pas à les dépeindre avec l’ironie qui lui est propre. Finalement, le film est plus une critique du genre humain, irrémédiablement voué à s’autodétruire. Tous des zombies, nous avançons vers notre fin. On déplore la scène finale qui alourdit le message et manque clairement de subtilité.

Le film est en salle depuis hier et est le 13eme long-métrage de Jim Jarmusch. Trois ans après le plébiscité Paterson, le réalisateur revient en ouverture de Cannes. Il est en compétition pour la palme d’or du long-métrage.

Notre avis

The Dead Don’t Die est drôle, sans être hilarant. Le film déconstruit les schémas du genre et offre une réflexion sur une Amérique à l’ère de Trump, obnubilée par les nouvelles technologies. Le regard du réalisateur sur les personnages est désabusé en emprunt d’une d’aversion. Ce n’est pas un film mémorable, dans la filmographie de Jarmusch, mais une plaisante parenthèse fantastique. Avec un tel casting, on aurait pu espérer mieux.

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