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Cyber-harcèlement : les bons réflexes à adopter

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Par Manon le

Longtemps resté dans l’angle mort de la justice, le cyber-harcèlement est récemment revenu sur le devant de la scène. Sommes-nous vraiment protégés contre ces attaques virtuelles ? Quelles sont les lois qui régissent ces délits ? Vers qui se tourner quand on est une victime ? Beaucoup de questions se posent, mais les réponses sont souvent noyées au milieu d’une masse d’informations importante.

 

Internet est un lieu magique qui nous permet de nous informer, d’être connectés et de partager encore et toujours plus. Pourtant, ce lieu d’apparence conviviale est devenu l’enfer personnel de certaines personnes. Le cyber-harcèlement est relativement récent, il est né avec l’essor des nouvelles technologies, mais on constate une hausse significative du nombre de victimes d’année en année. Si ces actes sont longtemps restés sous silence, il s’agit maintenant de lever le voile : internet est-il un lieu d’expression libre ou un défouloir où déferlent des propos haineux ?

Qu’est-ce que c’est ?

Le cyber-harcèlement est le fait d’utiliser les nouvelles technologies (smartphone, réseaux sociaux, mail, etc…) pour humilier ou intimider quelqu’un de manière répétée dans le temps. « Un seul acte ne suffit pas, il faut que cela soit réitéré » clarifie maître Vallat. L’auteur se cache souvent derrière un pseudonyme, se croyant ainsi intouchable. Les nouvelles technologies se multipliant, le phénomène s’est amplifié. Cette nouvelle forme de harcèlement est longtemps restée en marge de la loi. C’est seulement depuis 2014 qu’il existe un délit au harcèlement sur internet, loi réajustée et renforcée en 2018 en incluant le cyber-harcèlement de groupe.

Les différentes formes de cyber-harcèlement

Le cyber-harcèlement s’illustre sous différentes pratiques comme les insultes, les menaces, les moqueries, les rumeurs, le piratage ou encore l’usurpation d’identité. Cela peut également passer par la création d’une page, d’un groupe ou d’un sujet de discussion sur les réseaux sociaux à l’encontre d’une personne ou d’un groupe de personne. Pour finir, il est évident que la divulgation d’une photo ou d’une vidéo embarrassante rentre également dans le domaine du cyber-harcèlement. Le propre de ce type de harcèlement est qu’il ne s’arrête jamais, fermez votre ordinateur ou éteindre votre smartphone n’y changera rien. « Ces violences n’ont pas de limites dans l’espace et dans le temps » déplore Laure Salmona, membre de l’association Féministe contre le harcèlement.

Des conséquences dramatiques

Le cyber-harcèlement peut conduire à la perte de confiance en soi. Maître Vallat va même jusqu’à utiliser les mots « dégrader la santé physique et morale de la personne ». Les plus jeunes seront davantage touchés par le décrochage voire la phobie scolaire tandis que les adultes iront jusqu’à se mettre en arrêt de travail. Les victimes perdent confiance en elles et sont poussées à s’isoler du reste du monde. Selon les propos de Laure Salmona, « 1/3 des cas conduisent à un stress post-traumatique ». Dans certains cas extrêmes, cela peut même aller jusqu’au suicide. « Je ne savais plus quoi faire ni vers qui me tourner. Les adultes ne pouvaient pas comprendre et je n’avais pas d’amis proches à l’époque. Je ne voulais plus aller au lycée, c’était devenu l’enfer, je voulais mourir » nous confie Alicia*, une victime.

Que dit la loi ?

Si la loi est longtemps restée sourde au supplice des victimes, maître Vallat nous assure que depuis 2014, le cyber-harcèlement est condamnable d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison. Quant à l’amende, elle peut s’élever jusqu’à 75 000 euros selon l’alinéa de la loi auquel se rapporte le préjudice. Selon l’article de la loi, « le cyber-harcèlement est puni au même titre que le harcèlement classique. L’article 222-333-2 du Code pénal de la législation française stipule que le fait de harceler autrui par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende ».

Qui sont les victimes ?

Sur le fond, n’importe qui peut devenir une potentielle victime. Il n’y a pas de profil type même si l’on observe que les adolescents, les femmes et les groupes minoritaires sont davantage touchés. Le cyber-harcèlement n’est qu’un moyen supplémentaire d’exclure les groupes minorés, ceux qui sont déjà rejetés par la société. « J’étais différente, je m’habillais en noir, portait du vernis noir et j’avais également teint mes cheveux. Ils m’appelaient la gothique toute la journée, riait sur mon passage mais ça ne s’arrêtait pas quand je rentrais chez moi. Je recevais des messages sur Facebook, par sms, ça ne s’arrêtait jamais » nous dit Alicia*.

Que faire en cas de cyber-harcèlement ?

Voici une liste non-exhaustive des conseils à suivre en cas de cyber-harcèlement sur laquelle s’accorde nos trois interlocuteurs. Le premier réflexe doit être d’accumuler des preuves. Il faut donc commencer par faire des captures d’écran. Au contraire de ce que l’on pourrait penser, elles sont tout à fait recevables voire essentielles. « Il est certes idéal de les faire attester par un huissier de justice mais ce n’est pas forcément nécessaire » nous assure maître Vallat. Laure Salmona conseille de prendre une capture de tout l’écran pour que l’on puisse ainsi voir la date et l’heure du message, commentaire, etc… Il est également recommandé d’utiliser des plateformes comme Tweetsave qui permettent de conserver des traces écrites, et ce, même si le harceleur les supprimait de la plateforme. Ensuite, il ne faut surtout pas répondre afin de « ne pas alimenter les violences » prévient Justine Atlan, directrice de Net Ecoute. Après avoir vérifié vos paramètres de confidentialité, il s’agit de bloquer les comptes des harceleurs et de les signaler directement à la plateforme concernée. Les réseaux sociaux se doivent ensuite de supprimer les propos haineux même si on sait que dans les faits, cela s’avère parfois le parcours du combattant. Notez qu’elles ont un mois pour respecter le droit à l’oubli. Dans le cas contraire, les victimes sont en droit de saisir la CNIL. Selon Justine Atlan et Laure Salmona, il peut également être utile de rechercher votre nom dans Google afin de vous protéger d’éventuelles futures attaques. « L’idée est de supprimer vos informations sensibles comme votre adresse ou votre numéro de téléphone » nous dit Laure Salmona.

Briser le silence

Le plus important en cas de cyber-harcèlement est de NE SURTOUT PAS RESTER SEUL. C’est primordial même si pour les victimes, cela ne va pas toujours de soi surtout quand il s’agit des adolescents. « Les victimes ont du mal à faire confiance » nous dit Justine Atlan. Pourtant, les harceleurs ne cherchent qu’à isoler les victimes pour mieux les attaquer. « Je ne voulais pas que les adultes s’en mêlent, avoue Alicia*, j’avais peur des représailles. J’avais peur que ça soit encore pire ». C’est là qu’entre en jeu les associations de victimes qui peuvent jouer un rôle intermédiaire. Elles permettent d’accompagner les victimes, de les épauler et les guider dans les démarches à suivre. Cependant, de nombreuses lacunes sont à déplorer à ce niveau-là aussi. Si le numéro de Net Ecoute (0800 200 000) permet aux jeunes jusqu’à 21 ans de recevoir l’aide dont ils ont besoin, il est difficile pour des personnes majeures de trouver du soutien. À ce jour, il n’existe aucune association gouvernementale qui permet d’offrir le même service… Le rôle des témoins devient alors essentiel. Si les victimes montrent des difficultés à exprimer leurs ressentis, l’entourage devient alors un bon moyen d’enrayer la machine. Il s’agit de leur montrer qu’elles ne sont pas seules et que ce qui leur arrive n’est pas anodin.

Porter plainte ou ne pas porter plainte ?

Si l’on écoute les conseils de maître Vallat, porter plainte semble primordial mais cela demande beaucoup de patience. « C’est un long marathon, mais il ne faut surtout pas se décourager. Il ne faut pas laisser les harceleurs se conforter dans leur position » nous assure maître Vallat. La police a beaucoup évolué ces derniers temps et si autrefois on minimisait l’acte, « les victimes se sentaient incomprises » continue Maître Vallat, les mentalités évoluent. En revanche, Justine Atlan, nous dit qu’il faut envisager l’option au cas par cas. Quand il s’agit des jeunes, il est parfois plus facile de régler le problème en interne, au sein des établissements scolaires. « Les adolescents veulent seulement que ça s’arrête, rien de plus » nous dit-elle. Même son de cloche pour Laure Salmona, « porter plainte ne doit pas être systématique ». Même si des efforts ont été faits, cela reste parfois compliqué de convaincre les forces de l’ordre de prendre la plainte. Elle conseille en revanche de porter plainte directement au procureur de la République, par courrier. Comme il n’y a pas de vis-à-vis direct, c’est parfois plus facile pour les victimes que de se retrouver face à quelqu’un qui minimise la violence subie ou pire encore, qui les culpabilise.

Sensibiliser la société

« Il faut sortir du déni » déclare Justine Atlan. Nous n’en sommes encore qu’aux prémisses du traitement de ces problèmes. La révélation des actions de la ligue du LOL, début février, a cependant délié les langues et permis au cyber-harcèlement de revenir sur le devant de la scène. Attention, cela peut être une arme à double tranchant. En effet, cela montre que des personnes avec une certaine notoriété font fonctionner la justice plus rapidement que des personnes lambda et il ne s’agit pas ici de peindre le portrait d’une justice à deux vitesses. Mais comme le souligne Justine Atlan, la communication autour de cette violence permet au grand public d’en prendre connaissance et de malgré tout faire avancer les choses. Il faut qu’il y ait une prise de conscience pour que « des moyens soient déployés en conséquence, continue Laure Salmona, afin de notamment prendre le temps de tracer les harceleurs ». La question trotte d’ailleurs dans la tête du gouvernement puisque l’on parle de la levée de l’anonymat sur internet. Toujours selon Laure Salmona, ce n’est pas forcément la bonne solution puisque l’anonymat est ce qui permet à certaines victimes de « se protéger et d’être ainsi moins exposées ». Le problème est donc encore bien loin d’être résolu mais la scène publique semble un bon début pour lancer un dialogue et chercher des solutions.

« Plus jamais ça »

« Ce sont des choses qui n’ont pas lieu d’être » conclut Maître Vallat. Si la prise de conscience n’en est qu’à ses débuts, la mobilisation commence à prendre de l’ampleur. Des youtubeurs se sont d’ailleurs associés sous la chaîne de Get Beauty Paris pour dénoncer ce déferlement de haine qui se fait de plus en plus présent sur les réseaux sociaux. L’idée est de détruire le tabou autour de ces violences afin de redonner confiance aux victimes, de les estimer et d’ainsi leur permettre de saisir les mains qui leur sont tendues.

*Le prénom a été changé