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[Dossier] Saga Halloween : le classement des films du pire au meilleur

Cinéma

Par Julien Paillet le

Cela faisait 9 ans que Michael Myers, le célèbre tueur de la saga Halloween, n’était pas revenu effrayer les spectateurs sur un grand écran. Ressuscité un temps par Rob Zombie dans un diptyque mal-aimé, le protagoniste imaginé à l’origine par John Carpenter et Debra Hill se retrouve ce mois-ci à l’affiche de la nouvelle production Blumhouse (Paranormal Activity, Sinister). Pour l’occasion, et à l’approche inévitable du 31 octobre, nous vous proposons donc aujourd’hui notre classement des dix films de la série, du pire au meilleur.

Halloween Résurrection (2002)


Sélectionné pour participer à une émission en direct de télé-réalité, un groupe de jeunes gens se retrouve à devoir passer une nuit dans la maison d’enfance de Michael Myers, un célèbre tueur devenu une légende. Mais alors que tout ceci ne devait être qu’un jeu opportuniste en partie mis en scène, le véritable assassin réapparaît. Pour les candidats, qui se retrouvent piégés dans la bâtisse, l’émission tourne alors rapidement au cauchemar.

20 ans après avoir tourné l’excellent Halloween 2, Rick Rosenthal signe ce huitième volet à la médiocrité navrante. Avec son montage chaotique (qui alterne entre plans classiques et plans illisibles capturés par les caméras fixées aux participants) et ses personnages de jeunes à la sauce MTV, Résurrection affiche rapidement ses limites. Sacrilège ultime, le métrage se permet de sacrifier l’héroïne de la saga dès ses premières minutes au lieu d’en faire un enjeu central de sa narration. Idiot et grotesque.

Halloween 6 (1995)

Six ans après les événements d’Halloween 5, Michael Myers et sa nièce Jamie s’évadent d’une secte qui les retenait prisonniers. Revenant sur les lieux de ses anciens et sanglants crimes, le tueur pousse alors le docteur Loomis à sortir de sa retraite. Débute alors le jour du 31 octobre 1995 une série de meurtres encore plus violente que par le passé.

Que s’est-il passé avec Halloween 6 ? Massacré au montage lors de son exploitation en salles, le film apparaît comme l’un des pires épisodes de la série. Si les fans les plus endurcis retiendront ses séquences de meurtres plus graphiques que par le passé, les autres saigneront des yeux devant une intrigue et une mise en scène incohérentes et embarrassantes. Comme dans Halloween 5, le suspens et l’atmosphère si particulière des premiers opus ont complètement disparu, et les personnages semblent perdus au milieu d’une histoire de secte qui rapproche davantage le métrage d’un gros nanar que du classique initial de John Carpenter.

Dommage d’énoncer un tel constat lorsque l’on sait que la version Producter’s cut de l’œuvre, uniquement disponible sur internet et en bluray, rehausse considérablement le niveau du montage diffusé en salles en proposant notamment un développement extrêmement ambitieux de la mythologie de Michael Myers et une fin bien différente. Sans toutefois transformer le plomb en or, cette version se contentait au moins de sauver l’univers du naufrage total.

Halloween 5 : La Revanche de Michael Myers (1989)


Un an seulement après Halloween 4 et sa conclusion qui voyait Jamie Lloyd survivre aux griffes du meurtrier, Halloween 5 sort au cinéma. Cette fois-ci, Michael Myers, laissé pour mort, essaie une seconde fois de mettre la main sur sa nièce.

À propos d’Halloween 5, son producteur Moustapha Akkad déclara dans le documentaire Halloween: 25 ans de terreur : « Halloween 4 a cartonné, il est resté numéro 1 au box-office américain durant 15 jours, l’ivresse du succès a fait qu’ont s’est lancés immédiatement dans le 5e volet. On a fait une erreur, on s’est concurrencé nous même car quand Halloween 5 est sorti, un an plus tard, le 4e venait à peine d’être sorti en vidéo. Il aurait fallu au moins 2 ans entre les films. » 

La Revanche de Michael Myers signe un important tournant au sein de la saga. Il s’agit effectivement du premier grand faux pas de la franchise. Réalisé sans inspiration, le film souffre de sa nature purement capitaliste, et s’effondre progressivement au gré de péripéties déjà vues auparavant et filmées avec une mollesse abyssale. À réserver uniquement aux addicts du boogeyman d’Haddonfield et aux insomniaques.

[nextpage title= »De la 7e à la 4e place »]

Halloween 2 (2009)


Douze mois après les terrifiantes tueries d’Haddonfield, Laurie Strode, traumatisée mais toujours en vie après avoir subit les agressions de son grand frère Michael Myers, s’apprête à replonger dans le même cauchemar. De son côté, le docteur Loomis refuse de croire que son ancien patient ait survécu. Ce dernier, bien décidé à régler ses comptes avec son histoire familiale, est néanmoins bel et bien de retour.

Suite de la prequel/relecture de Rob Zombie sortie en 2007, et remake du Halloween 2 de Rick Rosenthal, ce dixième épisode de la franchise ne s’appréhende pas comme les autres. Profondément marqué par la personnalité « white trash » de son réalisateur, le film se démarque volontairement du ton de la série pour mieux se le réapproprier. « Sur le premier Halloween, j’avais l’impression de devoir garder un certain esprit Carpenterien. Sur Halloween 2, ce n’était plus nécessaire. Le film est 100% ce que je voulais qu’il soit. Nous avons même parfois le sentiment de ne pas réaliser un Halloween. Nous n’essayons pas de donner aux gens ce qu’ils attendent. Au contraire, même. Je voulais réinventer Michael Myers, un personnage que l’on a déjà vu 2 000 fois via toutes ces suites. » Des intentions louables mais leur exécution, elle, est plus contestable. Mi-raté et mi-réussi dans son audace et sa rage affichée, ce Halloween 2 se doit d’être considéré comme à part dans la franchise. Une sorte d’outsider à l’image de son anti-héros marginal aussi charismatique que complètement fracassé.

Halloween 4 (1988)

Dix ans après le massacre commis dans Halloween et Halloween 2, Michael Myers est dans le coma. Sous haute surveillance dans un hôpital psychiatrique fédéral, il s’évade la nuit de son transfert. Le docteur Loomis, bien décidé à arrêter le psychopathe qu’il connaît depuis plusieurs décennies, se rend à Haddonfield, la ville où tout a commencé. Et où habite désormais Jamie Lloyd, la fille de Laurie Strode et la nièce de Myers. Cette dernière s’apprête, avec sa famille d’adoption, à fêter Halloween et, sans le savoir, à se confronter pour la première fois au terrible tueur.

Cerné par une bande de policiers qui lui tire dessus à coup de magnums et de fusils à pompe, Michael Myers s’effondre en arrière et tombe dans un puits de mine. Le mal vaincu, le spectateur assiste alors à ce qui s’apparente à un épilogue des plus classique. Jamie, visiblement saine et sauve et de retour dans la maison de sa famille d’adoption, écoute les mots rassurants du docteur Loomis avant que celui-ci ne se retire. Le film aurait très bien pu s’arrêter là : écran noir, générique de fin, au revoir et à l’année prochaine. Mais non. Il reste encore une petite minute au métrage pour délivrer le fameux dernier frisson, cette courte scène finale typique des bandes horrifiques censées nous effrayer au moment où l’on pensait que tout était enfin terminé.

Attention le paragraphe suivant spoile le final du film

Un plan subjectif se déroulant à l’intérieur de la maison reprend alors l’ouverture du premier Halloween en épousant le point de vue du tueur masqué et muni d’une paire de ciseaux.

Dans le calme le plus absolu, celui-ci se dirige dans la salle de bain où la mère de famille est en train de faire couler un bain. Apercevant le psychopathe, cette dernière pousse un cri en hors champ. Le docteur Loomis, que l’on pensait parti, se retourne subitement en direction du bruit et aperçoit alors en haut des escaliers une Jamie ensanglantée, un masque de clown sur le visage et une paire de ciseaux à la main. Le choc est total. Michael Myers n’était en fait pas revenu une fois de plus. C’est la jeune fille qui, traumatisée et partageant visiblement les mêmes gènes criminels que le serial killer, vient de commettre l’irréparable. Ainsi se conclut le film, qui sans ce final proche du Psychose d’Alfred Hitchcock n’aurait été qu’une redite honorable d’Halloween et Halloween 2.

Halloween 3 (1982)

Un masque d’Halloween à la main, un homme est transporté à l’hôpital après avoir été poursuivi par d’étranges personnes. Quelque temps plus tard, il se retrouve brutalement assassiné. Le docteur Dan Challis, qui s’occupait du patient maintenant décédé, tente alors de rattraper le meurtrier. Mais ce dernier se suicide dans sa voiture sous les yeux stupéfaits du médecin.

Perturbé et profondément intrigué par l’événement, Challis décide de mener son enquête. Il se rend alors, à l’aide d’Ellie Grimbridge, la fille de l’homme assassiné, dans la ville de Santa Mira où sont fabriqué les masques d’Halloween. Ensembles, ils vont découvrir que le fabricant de ces objets cherche à tuer des millions d’enfants le soir du 31 octobre.

Rejeté à l’époque et encore aujourd’hui très peu apprécié en raison de son absence totale de lien avec la licence dont il porte le nom (à l’exception de la fête d’Halloween), Halloween 3 jouit pourtant d’authentiques qualités. Exit la menace Michael Myers, le danger provient ici de masques transformant la tête des enfants qui les portent en bouillie. Un concept original, consolidé par une atmosphère parano et lugubre. Le résultat ? Une série b oscillant avec le z sauvé par sa réalisation et ses quelques images fortes. De celles-ci on retiendra dès lors un obsédant spot publicitaire à la musique entêtante (Silver Shamrock, les vrais savent) et un masque de citrouille réduisant en charpie le visage d’un jeune garçon. Une scène aussi traumatisante qu’instantanément culte.

Halloween (2007)


À la fois reboot, remake et prequel, le Halloween de Rob Zombie se divise en trois parties. La première se concentre sur l’enfance crépusculaire de Michael Myers qui conduit ce dernier à tuer une partie de sa famille. La seconde se centre sur le quotidien en centre psychiatrique du protagoniste. La troisième, quant à elle, se veut être une sorte de relecture du premier film avec le retour de Myers dans sa ville natale à l’âge adulte, et les meurtres sauvages qui s’ensuivront.

Halloween version 2007 commence par le meilleur. À savoir la description quasi documentaire du quotidien d’un enfant mal dans sa peau qui sombre peu à peu dans les ténèbres pour ne plus jamais en revenir. On voit là le parti pris très réaliste d’un Rob Zombie qui redéfinit à sa façon le personnage de Michael Myers en faisant de cette pure figure du mal — au traitement purement fantastique et conceptuel chez Carpenter — une victime collatérale d’une Amérique désenchantée et torturée. Regrettable alors de constater que la seconde moitié du métrage abandonne l’aspect psychanalytique du protagoniste pour sombrer dans le slasher légèrement trop basique pour convaincre et évoluant en permanence dans l’ombre du modèle original. Ce Halloween n’en reste pas moins un superbe prequel, à défaut d’être un tout aussi bon remake.

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Halloween : 20 ans après, il revient (1998)


Vingt ans après les incidents survenus à Haddonfield, Laurie Strode vit désormais sous une fausse identité. Celle de Keri Tate. Enseignante dans un lycée privé en Californie, et mère d’un fils du nom de John, elle passe son temps à être obsédée par son passé traumatisant et à s’inquiéter. Mais alors que le 31 octobre approche, John décide de s’émanciper en organisant la fête d’Halloween en dépit des avertissements de sa mère. Au même moment, Michael Myers réapparait. Le début des tueries reprend alors.

Après plusieurs épisodes à essayer de refaire inlassablement le même film à chaque fois en un peu plus ringard, Halloween : 20 ans après, il revient dépoussière le mythe en faisant revenir le personnage de Laurie Strode/Jamie Lee Curtis. Une excellente idée, qui permet un retour aux fondamentaux salvateurs en même temps qu’une réelle suite aux deux premiers volets. En découle une bande très efficace, qui réussit à mêler drame psychologique (la relation Laurie-John) et slasher moderne (le dernier quart d’heure est dément). Le tout solidement emballé par la caméra de Steve Miner, l’artisan responsable des excellents Warlock et Lake Placid. Seul ombre au tableau : le masque et la coupe de cheveux atroce de Michael Myers. « Nobody’s perfect » comme disait John E. Brown.

Halloween 2 (1981)


Suite directe du tout premier épisode, le prologue d’Halloween 2 se permet même d’en montrer les dernières minutes pour ensuite poursuivre son récit pratiquement en temps réel. Tout juste rescapée de sa violente confrontation avec Michael Myers, le spectateur retrouve ainsi Laurie Stroode en plein repos à l’intérieur de l’hôpital d’Haddonfield. De son côté, le docteur Loomis assiste à la mort supposée du psychopathe. Dans la rue, face à lui, un homme vêtu d’un masque blanc se fait renverser par une voiture de police qui percute un camion et prend feu. Si les autorités voient là la fin du cauchemar, Loomis reste persuadé que Myers est toujours en vie. La suite de la nuit lui donnera bien évidemment raison.

Si le maître responsable de l’opus original ne se trouve cette fois plus au commande de la réalisation, celui-ci continue en revanche d’occuper les postes de scénariste, compositeur et producteur. Voilà sans doute ce qui permet à ce Halloween 2 d’être plus qu’un simple copycat de son prédécesseur. Avec son ambiance nocturne ultra immersive, son twist scénaristique célèbre et sa musique une fois de plus hypnotique, cette deuxième aventure demeure encore aujourd’hui comme l’une des plus solides de la série à défaut d’être aussi inventive que son insurpassable modèle.

Halloween (1978)


Lors de la nuit d’Halloween 1963, un jeune enfant du nom de Michael Myers tue violemment sa sœur aînée. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’asile psychiatrique dans lequel il était interné et retourne sur les lieux de son crime. L’assassin décide alors de s’en prendre aux adolescents de la ville.

Premier volet de la saga, le Halloween réalisé par John Carpenter n’est pas uniquement le meilleur opus de la série qu’il aura engendrée. Il est aussi un véritable chef-d’œuvre du genre. Inventeur du slasher moderne avec le Black Christmas de Bob Clark sorti quatre ans plus tôt, le film du metteur en scène de New York 1997 révolutionne l’horreur cinématographique grâce à son boogeyman iconique et la limpidité de son récit. Fabuleusement mis en scène de surcroît, cet épisode augural de la franchise marque également les esprits de par son simple concept aussi épuré qu’efficace : des jeunes gens traqués par un tueur invincible qui les décime les uns après les autres. Derrière ce schéma qui deviendra par la suite la formule de tout un pan de la production cinématographique horrifique moderne (Vendredi 13, Scream), se cache en vérité une allégorie de l’une des plus grandes angoisses humaines. Dans Halloween, Myers s’apparente en effet, d’un point de vue analytique, comme une personnification de la mort. Celle-là même qui finit toujours par nous rattraper, telle une ombre lancinante, sans visage, et absurde.