Les jeux de From Software sont réputés pour mener la vie dure à quiconque ose y jouer. C’est un fait tellement bien connu que nous avons eu beaucoup de mal à nous lancer dans l’aventure Elden Ring, dernière pépite du studio. En effet, sous nos airs de gros durs, on fait partie des personnes qui détestent les jeux trop punitifs, et cela comprend aussi les boss à la Dark Souls présents aux quatre coins de la map d’Elden Ring, entre autres difficultés notables.
Malgré tout, Elden Ring s’est vendu à plus de 12 millions d’exemplaires à ce jour, ce que réussissent à faire d’ordinaire des licences bien plus accessibles telles que Pokémon, ou encore Animal Crossing. La proposition d’une collaboration avec George R.R Martin, mais aussi son monde ouvert ont visiblement séduit de nombreux joueurs, qui ont surpassé leur appréhension pour conquérir les terres d’Elden Ring, comme c’est également notre cas. Cet effort a-t-il payé ? De notre côté, le retour est mitigé.
Ça commençait bien pourtant
Jeu de l’année pour beaucoup, RPG trop compliqué pour d’autres, Elden Ring a un héritage qui peut faire peur. Finalement, c’est tout le mystère accordé à l’histoire lors de sa campagne promotionnelle qui nous a convaincus de tenter l’expérience, et d’y laisser des plumes au passage. Mais ce goût du risque a-t-il été récompensé par le jeu ? Pas forcément. Une fois la première cinématique passée, qui nous transporte dans l’univers fantastique qu’on nous a si bien vendu, on se retrouve dans une zone gigantesque à explorer… sans savoir où aller.
On comprend rapidement qu’il faut suivre la lueur qui émane des sites de grâce, même si on ne sait pas où cela va nous mener. Alors on se prend au jeu, on cherche les indices, et on finit par “comprendre” ce qu’on attend de nous. Puis on tombe rapidement sur les premiers ennemis humains, on en bat quelques-uns, on ne se sent finalement pas si nuls, puis on se prend deux coups, et on meurt.
C’est à ce moment-là, à partir de l’instant où on éprouve pour la première fois notre barre de vie, qu’on se rend compte que le chemin va être long. Idem lors de notre première rencontre avec un ennemi plus fort ou un mini boss, qui nous terrassent à chaque fois en seulement une ou deux attaques maximum. En fait, on n’avait rien compris.

De l’exploration assaisonnée à la frustration
Deux options s’imposent alors : persévérer au risque d’être frustré au bout de la dixième minute de jeu parce qu’enchaîner les morts c’est moyen drôle, ou explorer pour avoir plus de runes et s’acheter un équipement digne de ce nom. Bien sûr, les habitués savent que seule la première option est réellement utile, mais ceux qui ne sont pas adeptes des jeux difficiles se tournent plus vite vers l’exploration, c’est donc ce qu’on a fait. Mais encore faut-il savoir bien explorer dans ce genre de jeu.
Au bout de seulement quelques minutes, le constat est flagrant : c’est très long. En effet, le monde ouvert regorge de possibilités de gameplay mais le manque d’informations données aux joueurs ralentit encore plus la cadence. On nous transporte dans un monde sans trop savoir où aller, ou quoi faire et on n’est absolument pas aidés. À titre d’exemple, on a mis plusieurs heures à débloquer le cheval alors qu’en réalité, avec la bonne information, c’est possible de le faire en seulement 10 minutes.
Si on s’attendait à un jeu difficile mais intéressant, il s’avère qu’Elden Ring est en fait plus appréciable dans ses combats ardus que dans tout de qui les entoure. Il n’est pas question de jouer à ce titre comme à n’importe quel monde ouvert de n’importe quel jeu d’aventure.
C’est pas là qu’on doit aller ?
C’est réellement le manque de communication qui va jouer sur l’appréciation de toute notre expérience. Sans aller jusqu’à dire qu’on aime qu’on nous prenne la main, il y a tout de même un minimum d’informations que l’on aurait aimé avoir en débutant le jeu : se reposer aux sites de grâce et pas seulement les débloquer, tous les boss ne sont pas obligatoires, etc.
On se retrouve donc à errer la plupart du temps, à tuer toujours les mêmes ennemis que l’on fait apparaitre en boucle pour accumuler les runes. À ce stade, et après plusieurs heures de jeu, soit on abandonne — ce qu’a dû faire une grande majorité du public occasionnel — soit on se fait une raison et on remet notre vie en jeu à chaque partie. Malgré tout, le jeu ne nous laisse jamais vraiment un sentiment agréable ou positif, même en cas de victoire, puisqu’on repense automatiquement à tout ce qu’on a dû faire pour y arriver.
Et ça va encore plus loin que ça. Même après avoir compris un certain nombre de mécanismes et avoir assimilé la méthode pour y arriver, on ne prend pas plus de plaisir à jouer, puisqu’on aborde chaque étape comme une corvée de plus. On ne peut pas non plus compter sur l’histoire du jeu et très peu sur la beauté de son environnement pour nous faire passer la pilule. Elden Ring c’est avant tout du challenge, une manière de repousser ses limites, mais à quel prix ?
Sauvé par le multijoueur ?
Heureusement, From Software a tout de même trouvé un moyen efficace pour atténuer la souffrance, bien qu’il ne soit pas accessible à tous : il s’agit du jeu en ligne. Sans cet aspect-là, on ne pense pas qu’on aurait pris la peine de continuer. En effet, le mode en ligne vous permet de faire apparaitre les endroits où beaucoup de personnes sont mortes mais surtout les messages laissés par les autres joueurs.
Ceux-ci sont très importants parce qu’ils vous informent souvent sur les situations à venir ou les endroits à explorer. Même s’ils sont parfois détournés de manière malveillante, ils sont souvent d’une aide précieuse puisqu’ils indiquent s’il y a un boss droit devant, un trésor, ou même parfois un mur invisible, célèbre élément de torture de From Software, qui rend aujourd’hui fous tous les joueurs de Dark Souls. Petite note pour les débutants, sachez que taper pendant des heures sur tous les murs ne vous aidera pas dans votre quête d’apprentissage.

Cet aspect collaboratif se retrouve aussi dans les invocations, qui vous permettent de faire « l’appel à un ami » avant le combat de certains boss. Si vous pouvez accéder à des invocations par défaut — données par le jeu lui-même avec un PNJ comme allié — il est bien plus intéressant de faire venir un véritable joueur qui est souvent bien plus expérimenté que vous.
Pour les boss, ce qui est le plus compliqué c’est de comprendre qu’on n’est jamais maîtres de la situation. Il suffit d’un peu trop de bravoure mal placée pour qu’on se fasse rappeler à l’ordre. Une fois que l’on prend un coup, on passe les secondes d’après à subir sans qu’on puisse y faire grand-chose. De plus on doit composer avec des mécaniques de jeu qui sont assez punitives tant elles sont réalistes : les esquives sont lentes, les sauts peu impressionnants, la lourdeur du personnage plus on a d’équipement. Sans oublier qu’il faut maitriser l’arme que l’on a en main, ce qui n’est pas une mince affaire.
Toutefois, avec un peu d’entraînement, rien n’est insurmontable. Mais encore une fois, devons-nous nous contenter de surmonter un jeu au lieu d’y prendre vraiment plaisir ? On doit avouer qu’avec une narration à la hauteur de nos espérances et davantage d’interactions avec le monde qui nous entoure n’aurait franchement pas été un luxe.
En définitive, Elden Ring : ça passe ou ça casse ?
Après un début difficile, et de nombreuses heures de jeu où on a pu se familiariser avec l’environnement, les mécaniques mais aussi le fonctionnement de ce titre, on n’est pas tout à fait que ce soit un jeu adapté à tous les types de joueurs. La difficulté du titre venant surtout du fait qu’il faut savoir s’organiser et persévérer, en plus d’être précis lors des combats, il requiert beaucoup de temps et d’investissement pour au final très peu de récompenses.
Elden Ring a donc un gameplay exigeant, mais manque cruellement d’une narration constante qui saurait réellement divertir ses joueurs. On ira même jusqu’à dire que la plupart des fans du jeu ne le sont pas pour son histoire, mais plus pour l’héritage d’Elden Ring puisqu’il reprend les mécaniques des anciens jeux From Software. Dommage, surtout quand on pense à l’immense travail en amont pour nous faire apprécier son histoire.
En définitive, on préfère largement passer du temps à découvrir plus d’aventures à la narration impactantes plutôt que d’essayer de me faire la main sur Elden Ring. Mais ce qui est un “échec” pour nous ne le sera pas forcément pour vous, ou tous les autres joueurs débutants. In fine, Elden Ring n’a pas d’énormes difficultés en termes de développement ou d’accessibilité, mais il ne représente pas une expérience agréable à nos yeux.
En effet, arriver à faire quelque chose ne suffit pas à l’aimer. Pour vraiment prendre plaisir à jouer à un jeu, ou à faire quoi que ce soit d’autre, il faut que davantage de conditions soient réunies. Ce n’est jamais vraiment agréable quand on pense à tout ce qu’on a dû subir pour en arriver là. Elden Ring a beau avoir un monde ouvert, sous ses airs de révolution, le jeu nous force à adopter une seule manière de jouer : celle de la difficulté.