Depuis ce 23 septembre, Avengers : Endgame fait son comeback au cinéma. Sept ans après avoir conclu la saga de l’infini, les frères Russo retrouvent les salles dans un contexte radicalement différent. En 2019, Marvel semblait intouchable. Aujourd’hui, la licence enchaine les échecs. Pire, elle a perdu ce qui faisait le cœur battant de ses récits : les héros.
Une passation ratée
Tout dans Avengers : Endgame invitait à l’inauguration d’une nouvelle ère pour les superhéros. Steve Rogers passait son bouclier à Sam Wilson, Natasha Romanoff et Tony Stark se sacrifiaient pour sauver les autres. Dès 2019, on nous parle d’une nouvelle génération de justiciers qui va devoir évoluer avec l’héritage laissé par leurs ainés et le poids des responsabilités.
Riri Williams doit prendre la suite d’Iron Man, Yelana succède à Natasha et même Hulk passe le relai à sa cousine. Une manière artificielle de conserver les figures légendaires et de laisser leurs interprètes historiques voguer vers de nouveaux horizons, comme dans les comics finalement. Mais ces passes d’armes sont ratées.

Ratées parce que tardives comme avec Black Widow sorti en 2021 (Natasha est déjà morte dans Endgame), ou étirées plus que de raison avec Sam Wilson qui mettra une série et un film à véritablement accepter le bouclier de Captain America. À bien des égards, la saga du multivers n’a été qu’une succession de Legacyquel, des productions où il était question de confronter deux générations de justiciers avec la ferme intention d’installer les plus jeunes auprès du public.
Résultat des courses, en 2024, Kevin Feige fait un immense pas en arrière et annonce le retour de Robert Downey Jr dans le rôle de Doctor Doom. En décembre 2025, Chris Evans reprendra du service tandis que Thor, dont la place dans ce nouveau MCU était incertaine, revient aussi pour jouer les chefs de file.
Endgame perd inévitablement de sa substance, il n’est plus un adieu, mais une pause avant une reprise. Le public se sent floué. Un constat encore plus flagrant à la redécouverte du film ce 23 septembre, l’impact émotionnel du métrage des frères Russo est diminué.
Des personnages abandonnés
Outre cette incapacité à trouver de véritables remplaçants à Iron Man, Thor, Captain et Black Widow, Marvel a aussi exprimer des difficultés à adapter des personnages tout à fait inédits. Certains avaient pourtant rencontré leur public, mais l’embouteillage des projets les a contraints à rester dans l’ombre plus longtemps que prévu.
Ça vaut pour Shang-Chi, introduit en 2021 et disparu aussitôt de la circulation. Une situation qui fait même rire Simu Liu sur les réseaux sociaux, l’acteur s’amusant à reprendre la trend des documentaires Netflix pour expliquer ce que faisait son personnage depuis cinq ans.

On se demande aussi où sont passés Kate Bishop, Riri Williams et Miss Marvel. Longtemps, les trois héroïnes ont été pressenties pour prendre la tête d’une équipe Young Avengers mais le manque d’enthousiasme du public face à leurs productions dédiées aura eu raison de cette idée.
Plus largement, le MCU a tenté d’adopter la recette des comics, mais il s’est heurté à la dure réalité des salles obscures. Le public ne se déplacera pas pour Ant-Man lorsqu’il n’est pas programmé avant un film Avengers, il n’ira pas voir Captain Marvel s’il n’est pas entre Infinity War et Endgame. Sans Iron Man, Thor et Captain America, le MCU n’est plus fait que de seconds couteaux.
Des promesses en l’air
Le tour de force d’Infinity War et Endgame n’est pas seulement de faire office d’adieux aux héros. Kevin Feige et ses équipes étaient parvenus à faire écho à tous les films précédents, à donner du sens à Thor : Le Monde des ténèbres autant qu’aux Gardiens de la galaxie et Captain America : Civil War. Chaque film entre Iron Man et Endgame était une pierre à l’édifice Thanos.
De son côté, Doctor Doom a été sorti du chapeau lorsque les démêlés de Jonathan Majors avec la justice ont contraint Disney à revoir ses plans. Le retour de Kang Le Conquérant après Quantumania n’aura jamais lieu, la rencontre de Monica Rambeau et des X-Men dans The Marvels sera évitée. Pendant sept ans, Marvel a posé les jalons d’une intrigue qui ne sera jamais explorée. La faute à un chaos en coulisses, entre annulations et reshoots. En entrainant le public à analyser chaque détail de ses films pour anticiper les prochains, le MCU a créé une situation dont il est très difficile de s’extirper.

La crise Covid, la grève des scénaristes et des acteurs, développer les phases 4 et 5 n’a pas été une partie de plaisir et cette difficulté transpire à chaque étape du voyage. Et même quand tous les voyants sont au vert, quand un projet semble être assez solide pour convaincre le public, l’image du MCU est trop effritée pour que les spectateurs se déplacent en masse. Thunderbolts* a été injustement boudé. Parce que Marvel s’est planté trop de fois, parce qu’il a déçu trop souvent.
La surenchère
En 2021, Marvel ouvre un nouveau chapitre de son histoire : le streaming par abonnement. Disney lance sa plateforme et le mot d’ordre est clair : produire le plus de contenus possible pour attirer des abonnés. Star Wars et Marvel sont les figures de proue du catalogue, elles se lanceront à corps perdu dans ce projet. Certaines séries sont de franches réussites, comme WandaVision et The Mandalorian, d’autres essuient de vives critiques (She-Hulk et Le Livre de Boba Fett).
Entre 2008 et 2019, on aura eu 23 films au sein du MCU. Entre 2021 et 2026, on recense 16 films et déjà une vingtaine de programmes en prise de vues réelles et en animation. Les fans du MCU n’ont pas été abreuvés, ils ont été noyés sous le poids d’une licence toujours plus tentaculaire et confuse.

En 2019, suivre le MCU consistait à se rendre au cinéma deux à trois fois par an. Aujourd’hui, il faut regarder autant de films et de séries. Les fans occasionnels sont restés sur le carreau, c’est pourtant eux qui permettaient aux Avengers de se différencier du reste des productions. Le MCU demande un investissement que peu de spectateurs sont prêts à offrir, surtout quand on sait que certaines productions sont fauchées en plein vol ou mises sous le tapis. Quelqu’un sait où est passée She-Hulk ?
Un concept fourretout
Et si le problème avec cette nouvelle saga n’était pas tant son absence de héros marquant que l’idée même à l’épicentre de ce renouveau ? Le multivers était sur toutes les lèvres en 2020, lorsque Everything Everywhere All At Once ou Spider-Man : into the Spider-verse exploitait l’idée comme un moyen d’échapper au déterminisme social. Dans ces deux productions, les réalités alternatives prennent un ancrage très humain, questionnant la famille ou la forge des héros.
De la macrophotographie d’un concept de science-fiction, mais qui peine à s’appliquer à tout un univers. Comment raconter le multivers quand on suit déjà des personnages qui semblent évoluer dans des réalités très différentes ?
Le multivers aurait pu être pour Marvel une opportunité de repartir de zéro avec de nouvelles esthétiques et approches. Les 4 Fantastiques : premiers pas sera finalement le seul à trancher et à explorer un nouveau monde. Et encore… Le film de Matt Shakman répond tout de même au cahier des charges de la Maison des idées, ne s’écartant que rarement du carcan dans lequel Marvel s’enferme depuis des années.
Le multivers est surtout devenu une manière de se tourner vers le passé. Il devait ouvrir de nouveaux horizons, il a finalement enfermé le MCU dans une nostalgie qui ne peut marcher que sur une courte période. À la prise de risque, Kevin Feige a préféré retourner dans ses petits chaussons.

Avengers : Doomsday pour faire table rase
Si Avengers : Doomsday est attendu au pied levé par les fans les plus assidus, autant que les spectateurs occasionnels, c’est parce qu’il est plein de promesses. La promesse de se rendre accessible à tous et de donner du sens à toutes les intrigues laissées en sommeil ces dernières années.
Il y a aussi l’idée d’un divertissement de tous les superlatifs, qui doit de reproduire le miracle Endgame. Ensuite, Kevin Feige prépare un grand chambardement. Secret Wars devrait entamer une véritable refonte de la licence. Les mutants seront à l’épicentre, réglant déjà la question de trouver de véritables remplaçants aux Avengers originels. De la même manière, on peut espérer que ce reboot soit enfin l’occasion de faire ce que Marvel promet depuis bientôt une décennie : s’affranchir de son cahier des charges et oser délaisser la continuité à tout prix.
L’échec des Éternels prouve néanmoins que tous les fans ne sont pas prêts pour de tels changements. Faire renaitre le MCU est un jeu d’équilibriste, la licence va devoir trouver le juste milieu entre contenter les fans… et leur donner ce qu’ils n’attendaient pas.