Dossier

[Notre sélection] Le génie de Philip K. Dick en cinq films

Cinéma

Par Henri le

Écrivain fondateur de la science-fiction contemporaine, Philip K. Dick a inspiré énormément d’œuvres cinématographiques. Voici donc une petite sélection des meilleurs films issus de l’univers foisonnant de l’Américain.

Philip K. Dick est décédé le 2 mars 1982, quelques jours à peine avant la sortie au cinéma de Blade Runner, adapté de l’un de ses plus grands succès. Un film qui va le faire connaitre à un public encore plus large qu’auparavant. Celui-ci va découvrir l’œuvre d’un boulimique d’écriture, qui tente d’exorciser ses propres démons à travers ses romans.

Victime d’une enfance difficile, Dick montre très tôt des aptitudes pour la musique puis le récit. Écrivain libertaire par excellence, il est aussi en proie à une paranoïa profonde, alimentée par une consommation importante de drogue. Son œuvre témoigne de ses angoisses, et décrit des sociétés où le contrôle est partout. Des mondes où notre part d’humanité se dilue dans l’avancée inarrêtable de la science et de la robotique. Souvent incompris en son temps, il vivra la plupart du temps dans la pauvreté, ce qui n’arrangera pas ses troubles personnels.

Même si Le Maître du Haut Château rencontra un succès important, le grand public se mettra réellement à explorer ses travaux après la sortie du film de Ridley Scott. Les lecteurs français font partie des rares à avoir rapidement adopté le style de Dick, et figurent parmi les plus fidèles. À l’aube des années 80, et jusqu’à aujourd’hui, les thématiques sécuritaires et informatiques ont connu un essor important dans le domaine cinématographique.

Le phénomène engendré par Blade Runner a donc focalisé l’attention des réalisateurs sur les écrits de Dick, qui y ont vu une manne d’idées fascinantes. Trente-cinq ans après sa mort, peu d’entre eux ont vraiment su profiter de son génie. Les cinq longs-métrages suivants ont véritablement rendu hommage à l’écrivain en décrivant l’atmosphère schizophrène qui parsème l’ensemble de son oeuvre. Suivez la licorne.

[nextpage title= »Entre robotique… »]

Blade Runner

Alors que la suite est attendue pour le 4 octobre prochain, Blade Runner reste une des œuvres de science-fiction les plus marquantes du cinéma. Directement inspiré du roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », qui reste un des travaux majeurs de l’auteur, le film de Ridley Scott impressionne encore aujourd’hui. Précurseur du style néo-noir, qui connaîtra un essor considérable dans les décennies suivantes, le long-métrage arrive à retransmettre la profonde réflexion de l’auteur sur la robotique et l’humanité. Si l’atmosphère diffère de celle du roman et se veut plus sombre, le récit conserve une fascinante ambiguïté sur la nature de Rick Deckard, incarné par un Harrison Ford au meilleur de sa forme.

Classé par l’American Film Institute dans son classement des 100 plus grands films américain de tous les temps, Blade Runner aura eu une influence énorme sur d’autres grands travaux de science-fiction, comme Dark City, Matrix, mais aussi de nombreuses bandes dessinées, séries et jeux vidéo. Culte.

Minority Report

Sorti en 2002, Minority Report se classe rapidement parmi un des meilleurs films de science-fiction de la décennie. Animé par la volonté de faire un film mature, Steven Spielberg adapte l’excellent nouvelle Rapport Minoritaire en une œuvre flamboyante. Porté par un Tom Cruise convaincant, ce thriller doté d’une mise en scène exceptionnelle ne laisse jamais le spectateur respirer. Pendant deux heures et demie, le réalisateur américain nous plonge dans un futur terrifiant, basé sur un système de prévention et de détection des crimes avant même qu’ils ne se déroulent.

Mais quand John Anderton, chef de l’unité « « Précrime », se voit désigné comme un futur meurtrier, une course contre la montre s’engage. Poursuivi par ses anciens collègues, il doit comprendre pourquoi il a été désigné comme meurtrier d’un parfait inconnu dans les 36 heures à venir. À la recherche de sa victime, Anderton comprend que quelqu’un tente de le piéger. Le long-métrage alterne les phases d’action et de réflexion, tout en réservant son lot de retournements. Spielberg ne pousse peut-être pas le désespoir aussi loin qu’on l’aurait voulu, mais son film conserve une folle intensité.

[nextpage title= »… Et paranoïa »]

A Scanner Darkly

Comme Ubik et consorts, le roman « Substance Mort » était réputé inadaptable. Richard Linklater s’y est pourtant essayé en 2006 avec le très intéressant A Scanner Darkly. Ce film d’animation porté par Keanu Reeves, Robert Downey Jr. et Wynona Rider étonne d’abord par sa mise en scène. Les acteurs ont en effet effectué des prises de vue réelles avant de voir l’image retouchée, ce qui donne au film un véritable cachet.

Fidèle à ses angoisses paranoïaques, Dick évoque ici l’incessante lutte contre le trafic de drogue aux États-Unis. Le policier Bob Arctor, spécialiste des missions d’infiltration, accepte de se glisser au sein d’un petit groupe de toxicomanes qu’il connait. Ces derniers sont quasiment tous accro à la Substance M, une drogue qui altère l’identité et rend ses consommateurs complètement amorphes.

Mais bientôt, sa hiérarchie, qui ne connait pas son vrai visage, lui demande d’enquêter sur lui-même. Débute alors une plongée dans l’absurde et la schizophrénie, accentuée par le fait que Bob est lui-même addict à cette substance.

Si l’intrigue n’est pas des plus simples à suivre, le film se veut une sorte d’allégorie des peurs de l’Amérique, qui a la fâcheuse tendance à créer des problèmes qu’elle se fatigue à combattre par la suite. Il faut être attentif, mais A Scanner Darkly nous emmène loin. Un film vraiment original, supporté par une excellente bande-son de Radiohead.

The Truman Show

The Truman Show fut l’un des films marquants de l’année 1998, et reste encore aujourd’hui un plaidoyer vivace sur l’avènement de la télé-réalité et la mise en scène médiatique. Peter Weir met son talent au service du scénario machiavélique d’Andrew Nichol, qui fait du spectateur du film un élément à part entière de l’intrigue.

Truman Burbank est un homme à qui la vie semble sourire. Il vit dans un beau pavillon situé dans une jolie station balnéaire, aime son travail et sa radieuse épouse Meryl. Mais malgré tout ce bonheur, il arrive que Truman se sente étranger à tous les gens qui l’entourent. Petit à petit, il commence à se demander s’il n’est pas observé. Mais par qui ? Et pourquoi ?

Le film de Weir tient en haleine et offre un rôle de choix à Jim Carrey, qui lui permet de sortir du registre comique dans lequel il s’était engoncé. L’acteur livre ainsi une de ses plus belles prestations et prouve à Hollywood qu’il n’est pas seulement un expert de la grimace. Il est cependant très bien entouré par Laura Linney et l’indétrônable Ed Harris, convainquant en gourou aux allures de Steve Jobs. Un drame visionnaire, qui ne fait pas ses vingt ans.

Total Recall

Librement adapté de la nouvelle « Souvenirs à vendre », Total Recall fait partie des films d’action/science-fiction les plus appréciés des années 90. C’est aussi une période faste pour Arnold Schwarzennegger qui enchaîne les succès avec Predator, Commando ou encore le cultissime Terminator 2. Paul Verhoeven livre une mise en scène spectaculaire pour l’époque, et décide de diluer l’atmosphère sérieuse des écrits de Dick avec une bonne dose d’humour. Il s’inspire d’ailleurs d’autres œuvres comme la loufoque « trilogie en cinq volumes » ou « Le guide du voyageur galactique » de Douglas Adams.

Il s’affranchit même de l’œuvre de Dick à partir de la moitié du film, en la noyant un peu sous un flot de scènes d’action, mais la brillante idée de base est bien celle de l’écrivain. Le film aborde aujourd’hui un aspect assez kitsch, mais l’ensemble reste très agréable à regarder. L’ancien culturiste affiche une bonhomie évidente tandis que Sharon Stone représente (une nouvelle fois) l’atout charme du film. Comme dans la nouvelle, on ne sait jamais vraiment ce qui appartient au rêve ou à la réalité. Total Recall permet également de constater les immenses progrès des effets spéciaux depuis ce temps. En effet, l’utilisation du numérique était encore assez limitée et le long-métrage avait pourtant réussi à impressionner la critique et les spectateurs. Un tour de force pour l’époque.

Nous aurions bien sur pu évoquer l’adaptation en série du Maître du haut château mais avons préféré nous focaliser sur les films. Les autres longs-métrages inspirés de l’oeuvre de Dick comme Paycheck ou Planète Hurlante n’étant pas franchement très réjouissants, nous avons choisi les meilleurs.