Il y a deux ans, la plateforme d’échange Coco était officiellement interdite en France. Il faut dire que les accusations qui pesaient sur le tchat anonyme étaient lourdes : cité dans 23 000 affaires pénales, dont celle des viols de Mazan, le fondateur du site avait été mis en examen pour pédopornographie et proxénétisme aggravé. Cette semaine, rapportent nos confrères de Ouest-France, Coco est de retour sous un nouvel URL et un nom qui ne laisse que peu de place au doute.
Coco est mort, vive Cocoland
Cocoland ne dénote pas de son ainé. Le site de tchat est toujours accessible sans inscription et en quelques secondes. Il suffit de choisir un pseudonyme et un code postal pour commencer à discuter avec des inconnus. Pendant plus de vingt ans, Coco avait accumulé les affaires : prostitution de mineurs, trafic de stupéfiants, guet-apens homophobes, revenge porn. Son nom était devenu synonyme de zone de non-droit numérique. Cette fois, Cocoland entend bien se protéger de la moindre dérive : en créant un profil, il faut valider plus d’une dizaine de pages d’avertissements et de plaidoyer en faveur de la plateforme. Pour les journalistes et les détracteurs, le ton est donné dès l’inscription, et la menace à peine voilée : « Toute diffusion, reproduction ou utilisation de photographies, captures d’écrans ou éléments visuels de notre site par des tiers, y compris des médias est strictement interdite dans autorisation écrite préalable ».
La délinquance numérique est une phénomène de société, par la création d’une plateforme – Cocoland
À la longue liste de comportements interdits par le site (qui va du « Contournement des systèmes de vérification d’âge » à la « Tentative de contact inapproprié avec des mineurs », en passant par les « Contenus sexuels impliquant des mineurs » et les « Sollicitations sexuelles non consenties ») s’ajoutent une prise de distance stricte avec son prédécesseur. La plateforme se présente comme « Un service entièrement nouveau, indépendant et sans aucun lien juridique ou organisationnel avec l’ancien site Coco ». On s’interroge dans ce cas sur la reprise du nom original et de certains éléments visuels « repris afin de permettre aux anciens utilisateurs de retrouver des repères familiers », qui prêtent largement à confusion. De plus rapporte Ouest France, la structure du nouveau site reste la même.
Une vérification d’âge très facile à contourner
Lorsqu’on tente de créer un profil mineur, il est impossible d’accéder aux salons privés estampillés 18+. Ils sont nombreux pourtant, et leurs intitulés, accessibles à tous, laissent peu de place à l’imagination : « Xxx », « Cam Sexy », « TravSexy », « Entre Gays », « Jeunes et Jolies » ou encore « Femmes mûres »… il y en a pour tous les goûts.
Pour régler le problème, il suffit d’indiquer qu’on a plus de 18 ans au moment de la création de profil. Le site nous demande alors de vérifier notre âge via une estimation selfie. La pratiquen un temps évoquée pour protéger les mineurs des sites pour adultes n’a jamais vraiment fait ses preuves, tant elle est facile à contourner. Pas d’exception cette fois : une photo de l’acteur Henry Cavill qui trainait sur les bureaux suffit à valider notre majorité.

Une fois notre compte 18+ créé, il est possible d’accéder sans aucune vérification à la plupart des salons réservés aux adultes (certains nécessite l’envoi d’un SMS gratuit en guise de vérification supplémentaire). Sans surprise, les messages et les photos qui s’y échangent sont très explicites. Rien de très problématique pour un tchat réservé aux majeurs à priori. Le problème, c’est que non seulement la vérification d’âge est largement contournable, mais qu’en plus, notre âge affiché ne semble pas déranger les autres utilisateurs, dont beaucoup frôlent les 50 ans.
Plus inquiétant encore, quand nous indiquons être mineure, et avoir menti sur notre profil pour accéder aux salons 18+, peu d’utilisateurs s’en offusquent. Dans une conversation fréquentée par 45 personnes, trois nous rappellent à l’ordre, et nous intiment de quitter le tchat. Certains ne réagissent pas, d’autres au contraire, se précipitent dans nos messages privés pour nous faire des propositions sexuelles qui mentionnent directement notre jeune âge.
Le gouvernement monte au créneau
Sur RMC, Sarah El Haïry a qualifié le retour du site Coco de « vraie gifle à la promesse de protection » des mineurs. Manque encore le levier légal pour agir vite. Coco.gg a mis vingt ans à être fermé. Espérons que le prochain mettra moins de temps.
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