Dossier

[La sélection de la rédac’] Nos 16 bandes dessinées coups de cœur de la rentrée 2017

culture geek

Par Fabio le

Depuis un gros mois maintenant, M. Excuisite et moi-même passons une partie de nos soirées à lire les dernières sorties de bandes dessinées pour vous concocter la plus belle liste de lecture possible. Celle-ci n’est bien évidemment pas exhaustive – elle est aussi une affaire de goût, les nôtres – mais elle se veut variée dans les thèmes autant que dans les styles.

La Saga de Grimr

Fantasy, super héros, SF, humour, philosophie du quotidien, le spectre des thèmes abordés est large et on espère que tout le monde trouvera son compte. Contrairement aux sélections de mars (la voici) et de mai derniers (la voilà), nous avons tous les deux dressé séparément les portraits de nos coups de cœur de cette rentrée. Ils sont au nombre de 16. En vous souhaitant une bonne lecture !

[nextpage title= »Les coups de cœur de Fabio »]

La Horde du Contrevent (Tome 1)

Adapter le très marquant roman d’Alain Damasio en bande dessinée sonnait pour beaucoup comme une gageure tant La Horde du Contrevent a marqué ceux qui l’ont aimée. Chacun a érigé mentalement ses visages de Golgoth, Sov ou Orochi. C’était donc un challenge délicat qui attendait Eric Henninot (au dessin et au scénario) qui, de notre humble avis, a plus que réussi à mettre en images les premiers pas de la 34eme Horde, un groupe de gens mandatés pour découvrir l’origine des vents, dans un périple pédestre inouï. Adoubé par l’écrivain français qui a signé une (longue) préface, le bédeaste a su retranscrire toute la puissance et l’omniprésence du vent, en même temps que la petitesse de la horde devant l’immensité de l’univers de Damasio. Dernier atout mais non des moindres, Eric Henninot a pris des libertés sur le scénario (dont un élément particulièrement important, dès ce premier opus), permettant aux amateurs du bouquin de pouvoir encore s’étonner. La Horde du Contrevent version Henninot est donc lancée de belle manière. Vivement la suite.

La Horde du Contrevent, Tome 1 : Le Cosmos est mon campement, par Eric Henninot, chez Delcourt, sortie le 18 octobre, 16,95 euros

La Saga de Grimr (One Shot)

Superbe découverte que ce périple en terres islandaises entièrement signée de Jérémie Moreau (au dessin et au scénario). La Saga de Grimr nous emporte pendant 230 planches quelque 200 ans en arrière dans les environnements rocailleux de la région insulaire, alors sous contrôle danois. C’est au milieu des somptueux décors dessinés par le bédéaste français, dans un style très pictural, que naît et se développe la légende de Grimr, jeune orphelin bourru à la puissance hors-norme mais au cœur profondément loyal. Une quête identitaire mémorable.

La Saga de Grimr, par Jérémie Moreau, chez Delcourt, sortie le 13 septembre, 25,50 euros

Orcs et Gobelins (Tome 1)

Après les séries Elfes et Nains, Soleil a choisi les orcs et les gobelins pour vêtir les habits des personnages principaux dans une nouvelle saga de fantasy. Si cette introduction conduite par l’orc Turuk emprunte un canevas scénaristique éculé – amnésique, il doit découvrir où il se trouve et comprendre pourquoi la population de la ville semble s’être transformée en zombie -, la plume de Jean-Luc Istin, qui nous rappelle par moment celle de Jean-Philippe Jaworski (auteur de l’excellentissime Gagner la guerre, qu’on vous recommande chaudement), nous emporte sans mal dans une course contre la montre menée tambours battants. Illustré avec soin et fourmillant de détails, voilà un premier tome qui donne envie de lire le second. Le pari est donc réussi pour le lancement de cette nouvelle épopée made in Soleil.

Orcs et Gobelins, par Jean-Luc Istin (scénario) et Saito Diogo (dessin), chez Soleil, sortie le 25 octobre, 14,95 euros

Les nouvelles aventures de Lapinot : Un monde un peu meilleur

Après plusieurs années d’absence, le célèbre lapin créé par Lewis Trondheim en 1992 dans Lapinot et les Carottes de Patagonie revient pour une nouvelle tranche de vie quotidienne absurde et touchante. Cet album raconte les nouvelles pérégrinations urbaines de Lapinot et ses amis, bouleversées après la rencontre de Gaspard, que l’industrie pharmaceutique a accidentellement pourvu de la capacité de percevoir le tréfonds de l’âme de chacun. Drôle, merveilleusement bien écrit, intelligent avec tous les thèmes qu’il aborde (la maladie, l’Autre, l’amitié, la citoyenneté), c’est un très réjouissant retour que signe ici Lewis Trondheim avec Un monde un peu meilleur.

Les nouvelles aventures de Lapinot : Un monde un peu meilleur, par Lewis Trondheim, sortie le 17 août, chez L’Association, 13 euros

Black Hammer (Tome 1)

Prix Eisner de la meilleure nouvelle série en 2017 – il a succédé à l’excellent Paper Girls, également chez Urban Comics, dont on a parlé dans une précédente sélection -, Black Hammer prend le parti intéressant de raconter le quotidien d’un groupe d’ex-super héros, désormais anonymes et reclus dans une petite bourgade pour des raisons que l’on ignore encore. En filigrane se dessine leur vie d’avant, quand ils aidaient la population de Spiral City à se débarrasser des armées de “l’anti-dieu”. Un récit intime et plein de questionnements (humains) maîtrisé par Jeff Lemire, et qui plus est à bas coût (10 euros) pour un album de 200 planches.

Black Hammer, Tome 1, Origines secrètes, par Jeff Lemire et Dean Ormston, chez Urban Comics, sortie le 20 octobre, 10 euros.

Balthazar au pays blême (One Shot)

Coup double : cet album jeunesse plaira aussi bien aux enfants (autour de 12 ans) qu’à leur parents, pour peu qu’ils aiment les contes russes. Ce récit fantastique écrit par François Corteggiani et mis en image par Mathilde Domecq raconte l’histoire du petit Balthazar, poursuivi de Saint-Pétersbourg jusqu’en Sibérie par les sbires de Raspoutine, le bad guy du coin. Des personnages hauts en couleur, de l’humour, un énorme travail effectué sur le dessin (de la neige, partout !), Balthazar au pays blême respire l’ambiance de noël à des kilomètres.

Balthazar au pays blême, par Mathilde Domecq et François Corteggiania, chez Casterman, sortie le 30 août, 18 euros.

Bonus : des suites

Si nos sélections se concentrent plutôt sur des One Shot ou des Tome 1, parce qu’on a la volonté d’intéresser le plus grand nombre, nous n’en oublions pas de suivre les séries qu’on a commencées et qu’on vous a conseillées précédemment. Au menu de suites qui ont confirmé leurs bons débuts, on citera tout particulièrement le T2 de Giant Days (éditions Akileos) qui continue à dresser avec humour et beaucoup de finesse les turpitudes de la vie de trois jeunes étudiantes ; le T2 de Manifest Destiny (éditions Delcourt) qui poursuit l’épopée – mortelle – d’un groupe d’aventuriers américains au 19ème siècle, attaqué par une faune et une flore monstrueuses ; le T2 d’Olympus Mons (aux éditions Delcourt également) qui raconte, sur plusieurs plans chronologiques et géographiques, la découverte d’objets extraterrestres enfouis. Avec tout ce que cela comporte(rait) de coups bas entre les puissances militaires de chaque époque.

–>> Giant Days, Tome 2
–>> Manifest Destiny, Tome 3
–>> Olympus Mons, Tome 2

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Kennel Block Blues (One Shot)

Kennel Block Blues, c’est avant tout l’histoire d’une opposition. Celle d’un héros haut en couleur, candide et jovial, et d’un univers violent, froid, sombre et déprimant. Ajoutez à cela le fait que tous les personnages soient des animaux et vous obtenez une fable originale sur l’enfer du monde carcéral et l’horreur de l’abandon. En optant pour une esthétique pulp, une palette de couleurs contrastée et des dialogues qui alternent avec justesse entre humour et textes poignants, Ryan Ferrier et Daniel Bayliss s’amusent avec les sentiments du lecteur sans jamais le perdre en chemin.

Kennel Block Blues, par Ryan Ferris et Daniel Bayliss, chez Ankama, sortie le 15 septembre, 14,90 euros.

Huck (One Shot)

Que faut-il pour être un super-héros ? Doit-on forcément avoir des pouvoirs et s’en servir pour mettre fin aux méfaits de super-criminels ou empêcher une race extraterrestre d’envahir la Terre ? Ou accomplir une bonne action par jour est-il amplement suffisant ? Car Huck, personnage créé par Mark Millar, mérite largement sa place aux côtés de Spiderman, Superman et consorts. Croqué par Rafael Albuquerque, qui nous prouve une fois de plus son amour pour les feutres et l’encrage, Huck raconte l’histoire d’un Américain doté de capacités proches de celle de l’Homme d’acier, mais au style de vie simple, et qui n’est heureux que lorsqu’il a effectué sa b.a. quotidienne. Cette dernière allant de la préparation d’une tarte pour une vieille voisine, au sauvetage d’otages de Boko Haram. Si l’action se fait plus présente dans le dernier tiers du comic, on apprécie que Mark Millar prenne le temps d’introduire son héros au grand cœur. Une certaine bouffée d’air dans le monde ultra-conventionné des super-héros.

Huck, par Mark Millar et Rafael Albuquerque, chez Panini Comics, sortie le 06 septembre, 17,50 euros.

The Private Eye (One Shot)

Imaginez un futur sans Internet, où l’anonymat est devenu sacré et où les forces de l’ordre ont été remplacées par les médias. Brian K. Vaughn et Marcos Martin l’ont fait pour vous et ont pondu The Private Eye. Ce web-comics, édité en version papier chez nous par Urban Comics, raconte l’histoire de P.I., un paparazzi qui enquête sur un meurtre en apparence banal, mais qui va se retrouver au cœur de ce qui semble être une conspiration contre l’État. Si dans les textes cet avenir s’annonce bien sombre, Marcos Martin et Muntsa Vicente (à l’encrage) ont opté pour des couleurs criardes sur le papier. Non content de s’appuyer sur ce contraste visuel pour mettre en scène ce technotriller, Brian K. Vaughn propose une véritable réflexion sur notre rapport à la vie privée et aux nouvelles technologies. Une bande dessinée qui trouve tout son sens dans le contexte géopolitique actuel.

The Private Eye, par Brian K. Vaughn et Marcos Martin, chez Urban Comics, sortie le 06 octobre, 28 euros.

Dialogues (One Shot)

Qu’ont fait les Troyens avec le cheval de bois laissé par les Grecs ? À quoi ressemble une séance chez le psy pour Orphée et Eurydice ? Robinson Crusoé et Vendredi étaient-ils vraiment potes ? Ces questions, Karibou se les est posées, et y a répondu dans Dialogues. Surtout ne vous laissez pas décourager par le coup de crayon qui peut sembler simpliste, vous passeriez à côté de saynètes aussi drôles que bien pensées (et bien écrites). Et si vous voulez encore après la lecture de ce tome, on ne saurait que vous conseiller de suivre l’auteur sur Twitter.

Dialogues, par Karibou, chez Delcourt, sortie 06 septembre, 17,95 euros.

Aimant (one Shot)

Pour sa première bande dessinée, Lucas Harari opte pour une intrigue policière mâtinée de fantastique. Ainsi, on suit l’histoire de Pierre, un étudiant en architecture qui à la suite d’un burn-out décide de se rendre aux Thermes de Vals pour faire le point sur sa vie et son avenir. Mais pendant qu’il dessine le bâtiment, ce dernier, lui, semble prendre vie. Plus que le scénario, c’est le dessin et la mise en scène qui retiennent notre attention. Lucas Harari a supprimé les espaces entre les cases, au profit de traits noirs, et a opté pour des lignes claires, des couleurs froides et un découpage irrégulier des planches. Chaque case s’aborde comme une oeuvre d’art qui fait la part belle à l’architecture.

L’Aimant, par Lucas Harari, chez Sarbacane, sortie le 23 août, 25 euros.

Last American (One Shot)

Scénarisé par John Wagner et Alan Grant et croqué par Mike McMahan en 1990, The Last American est plus un témoin qu’une oeuvre. Témoin d’une Amérique reaganienne devenue ultra paranoïaque et patriote au crépuscule de la Guerre froide. Sauf que si dans le monde réel l’affrontement entre les blocs de l’Est et de l’Ouest s’est achevé pacifiquement avec la chute de l’URSS, dans The Last American la Guerre froide s’est envenimée au point d’aboutir à une apocalypse nucléaire. 20 ans après l’extinction de l’humanité dans le feu atomique, le capitaine de l’US Army Ulysse S. Pilgrim sort de cryogénisation pour tenter de retrouver les rares survivants à travers les ruines des États-Unis, tout en portant les valeurs de l’Amérique pré-guerre. Entre les coups de crayon anguleux et bruts de Mike McMahan, et les textes de John Wagner et Alan Grant, The Last American livre une vision juste, crédible et effrayante du futur si l’homme avait appuyé sur le bouton rouge. Un ouvrage qui résonne parfaitement avec l’actualité nord-coréenne et les véhémences de Donald Trump.

The Last American, par John Wagner, Alan Grant et Mike McMahan, chez Délirium, sortie le 22 septembre, 24 euros.

Le Beffroi (One Shot)

Avec Le Beffroi, Jeff Stockley et Simon Spurrier imaginent un monde fantastique dans lequel se dresse une immense cité en plein cœur d’un désert toxique. En guerre avec une peuplade de fanatiques religieux, cette ville aux airs de montagne d’acier abrite aussi bien des humains, que des non-humains et des « sculptés » (créatures hybrides génétiquement modifiées pour le bien de la cité). Mais tout n’est pas rose puisque le Beffroi couve une guerre des classes doublée d’un racisme latent, sur le point d’exploser lorsqu’une série de meurtres survient au moment où un nouveau dirigeant s’apprête à régner. Sous l’esthétique Fantasy et le crayonné qui peut sembler brouillon, se cache une réflexion sur le racisme et notre place dans la société.

Le Beffroi, par Jeff Stockley et Simon Spurrier, chez Akiléos, sortie le 14 septembre, 17 euros.