Dossier

[Sélection] Festival du Film Fantastique de Gérardmer : Les oeuvres primées qu’il faut avoir vues

Cinéma

Par Henri le

La ville de Gérardmer accueillera la 24e édition du Festival International du Film Fantastique la semaine prochaine. Une bonne occasion pour revoir quelques pépites déjà primées.

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Cela va faire bientôt 24 ans que la ville de Gérardmer accueille le festival du film fantastique, et décerne des prix à des oeuvres singulières qui font appel à l’imagination et au surnaturel. La prochaine édition se déroulera du 25 au 29 janvier et devrait se révéler riche en surprises, alors il est grand temps de réviser ses classiques.

Un genre aux multiples embranchements

Comme vous allez pouvoir le constater, le genre fantastique se caractérise par une très grande diversité. Une partie de la production fait appel aux codes de l’épouvante, voire de l’horreur, mais pas seulement. Des œuvres historiques et dramatiques prennent également pour socle des éléments fantastiques pour dérouler leur récit.

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Le surnaturel donne parfois l’occasion d’extérioriser certains sentiments pour mieux les exorciser. Il offre alors une vision fantasmée de certains événements sans pour autant en enlever la substantifique moelle. Le fantastique permet donc d’aborder des sujets difficiles tout en restant divertissant. La sélection suivante s’intéresse aux œuvres les plus marquantes qui furent révélées et primées lors du festival. Entre grands classiques et œuvres plus confidentielles, cette liste revient avec nostalgie sur quelques-uns des meilleurs films croisés dans les salles obscures de Gérardmer.

[nextpage title= »Des cris… »]

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1 / Scream (Lauréat du Grand Prix 1997)

On ne présente plus la saga Scream, qui a su en quelques années réinventer le genre du slasher. Inspiré d’un véritable tueur ayant sévi à Gainesville, Ghostface aura terrorisé des millions d’adolescents à la recherche de sensations fortes. Le choix de ce masque qui semble tout droit sorti du « Cri » d’Edvard Munch se sera avéré judicieux. Ce dernier a en effet gravé la franchise dans l’esprit de millions de spectateurs, avant de devenir un banal produit dérivé.

Mais Wes Craven y dresse aussi une amusante satyre des films d’horreur en se moquant de certains clichés qui hantent le cinéma d’angoisse depuis les années 80. Ironique quand on sait aujourd’hui que Scream appartient au passé. Mais il dispose toujours d’un charme indéniable.

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2 / Cube (Lauréat du Grand Prix 1999)

Sorti en 1999, Cube avait réussi à étonner une partie de la presse et du public, et à rafler le Grand Prix du Festival de Gérardmer. Réalisé avec un budget minime, le long-métrage mêlait efficacement les codes du thriller et du film d’horreur à travers une mise en scène simpliste, mais rudement efficace. Ancien storyboarder, le réalisateur Vincenzo Natali laisse transpirer son gout pour la BD en découpant son récit salle par salle, comme des planches de dessin. Les suites n’arriveront pas à conserver l’identité, et surtout l’intensité de l’épisode initial.

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3 / Deux sœurs (Lauréat du Grand Prix 2004)

Le Festival ne se penche pas que sur des films européens, et la victoire de Deux Soeurs en 2004 en est la preuve. Il faut dire que le film de Kim Jee-Won ne manque pas de qualités. Il marque la montée en puissance du réalisateur, qui continuera de convaincre par la suite avec A bittersweet life et Le bon, la brute et le cinglé.

Ce drame horrifique revisite de vieilles histoires de fantôme asiatique tout en livrant une réflexion assez dure sur l’environnement familial. Sans jamais savoir si ce qui se passe à l’écran est vrai, le spectateur se retrouve confronté à un puzzle dont il n’a pas toutes les pièces. La photographie est superbe et certaines scènes provoquent une forme de peur primaire, presque enfantine. Un conte poétique et troublant.

[nextpage title= »Du sang… »]

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4 / J’ai rencontré le Diable (Prix du Public 2011)

Kim Jee-Woon plait décidément au public de Gérardmer. Déjà lauréat du grand prix avec 2 Soeurs, il a aussi remporté le prix du public avec J’ai rencontré le Diable. Aux antipodes de ses précédents films, Jee-Woon signe une oeuvre aux frontières de la folie. Ce thriller conçu comme une course-poursuite entre un policier et un serial killer particulièrement retors étonne par son dynamisme et sa brutalité visuelle.

C’est aussi l’occasion de retrouver l’excellent Choi Min-Sik, que les Occidentaux ont pu découvrir dans le rôle principal de Old Boy. Sa prestation hallucinée donne une ampleur presque surréaliste au récit, qui frôle même parfois la satire du film gore. À en perdre la tête. Littéralement.

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5 / REC (Prix du Jury 2008)

REC fêtera bientôt sa dixième année, et aucun film sorti depuis n’a réellement pris sa place. L’oeuvre de Paco Plaza et Jaume Balaguero fut l’un des étendards d’une nouvelle vague de jeunes réalisateurs espagnols, et marque le début d’une longue lignée de longs-métrages filmés en camera à l’épaule.

Coincée dans un immeuble barcelonais, une jeune reportrice et son cameraman vont être témoins d’événements troublants, causés par un virus mortel. Ces quatre-vingts minutes de pure adrénaline filent à toute vitesse jusqu’à un final étouffant, mais mémorable. Le scénario est simpliste, et n’est qu’un prétexte à une succession de scènes angoissantes, mais l’effet est saisissant. Un train fantôme efficace, qui aura remporté le prix du Jury, et est aujourd’hui considéré comme un classique de l’horreur moderne.

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6 / Saw (Prix du Jury 2005)

Avant de se perdre dans une ribambelle de suites inutiles, Saw a marqué les années 2000 et les amateurs de thriller horrifiques. Succès fulgurant, le récit de ce tueur passionné de puzzles aura même donné un coup de fouet au genre, qui en avait besoin.

La recette est simple, mais terriblement efficace. Une personne se retrouve face à un piège mortel et doit faire un choix cornélien, qui passe bien souvent par l’automutilation, pour s’en sortir. On passera outre la morale pour se concentrer sur le rythme effréné du film, qui empêche de relacher la tension du spectateur. Le sort des participants n’est jamais vraiment scellé tandis que le coup de théâtre final semble tout droit sorti d’un Fincher. Cette cruelle relecture de Fort Boyard n’est peut-être pas la plus recherchée, mais on y prend quand même beaucoup de plaisir.

[nextpage title= »Et des larmes ! »]

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7 / Morse (Lauréat du Grand Prix 2009)

Avant de réaliser l’excellent La Taupe (qu’on retrouve dans notre top des meilleurs films d’espionnage), Tomas Alfredson s’était fait connaitre des cinéphiles avec Morse. Il y contait l’histoire d’une amitié improbable entre un enfant malmené à l’école et une jeune fille mystérieuse, qui semble cacher son identité.

Ce film fantastique au ton glacial revisite le mythe du vampire, et tisse une intéressante réflexion sur l’enfance. Il inverse également les genres en faisant de la fillette la figure protectrice du duo. Bien qu’il soit effrayant, une poésie inattendue se dégage de ce film singulier. Le cinéma scandinave est décidément plein de surprises.

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8 / L’Orphelinat (Grand Prix 2008)

Si Juan Antonio Bayona attire aujourd’hui les projecteurs pour son travail sur le prochain Jurassic World 2, il s’est d’abord fait connaitre avec l’Orphelinat. Ce film, qui a connu un succès phénoménal en Espagne, a révélé le catalan au petit monde du cinéma. Il faut dire que le nom de Guillermo del Toro à la production a dû aider. Bayona n’a d’ailleurs pas caché ses influences en s’inspirant clairement du mexicain, notamment de son superbe Labyrinthe de Pan.

Le film joue habilement avec les poncifs du film d’épouvante, mais se démarque en étant avant tout un drame sur le deuil et la maternité. Son esthétique gothique offre quelques beaux moments d’angoisse à travers des plans (et des arrières plans !) savamment travaillés. Une manière de mêler la peur de l’enfant à celle du parent. Le jury et les espagnols ne s’y sont pas trompés.

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9 / L’Échine du Diable (Prix du Jury 2002)

L’Échine du Diable est le premier vrai succès critique de Guillermo del Toro, et contient déjà des thèmes spécifiques qui jalonneront tout le long de sa carrière. En pleine Guerre civile espagnole, un jeune garçon dont le père est décédé est envoyé dans un orphelinat catholique. Alors qu’il subit les brimades des autres enfants, il se lie d’amitié avec Santi, le fantôme d’un jeune garçon qui hante le sous-sol, et qui a disparu de manière mystérieuse.

En intégrant très naturellement les codes du fantastique dans un cadre historique concret, Del Toro revisite une époque très sombre du pays en lui insufflant une atmosphère magique. Bien que classique, la mise en scène est servie par de très bons comédiens et réserve quelques instants d’effroi. Mais c’est surtout le double discours sur les oubliés de la guerre qui fait mouche. Ici, ce sont les fantômes qui devraient avoir peur de nous.

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10 / Moon, la face cachée (Prix du Jury 2010)

Moon est un film passé relativement inaperçu lors de sa sortie, et c’est bien dommage. Duncan Jones livre ici une petite leçon de mise en scène, qui donne la part belle à Sam Rockwell. Engagé pour un contrat de trois ans sur la Lune afin d’extraire de l’énergie, son personnage fait face à une solitude de plus en plus dure à supporter. Mais alors qu’il ne lui reste que quelques semaines à effectuer, il devient le témoin de phénomènes étranges.

Baigné dans une belle lumière, le film enchaîne les références au septième art (Solaris, 2001, l’odyssée de l’espace…) tout en gardant sa propre identité. L’acteur est livré à lui-même et livre une prestation habitée, qui prend encore plus de sens après la découverte du pot aux roses. Sorti directement au VOD, Moon aurait mérité un traitement médiatique plus important, et surtout une parution en salle digne de ce nom. À découvrir.