Dossier

[RENCONTRE] Tony Valente, le mangaka français qui cartonne au Japon

bande dessinée

Par Amandine Jonniaux le

On a parlé manga et animé avec Tony Valente, l’auteur français qui cartonne au Japon avec sa série Radiant.

Crédits Ankama

Plus de quinze ans après la sortie du premier tome des Quatre Princes de Ganahan (publié en 2004 aux éditions Delcourt), Tony Valente a parcouru bien du chemin. Depuis 2013, l’artiste est à la tête de Radiant, une série éditée par Ankama qui raconte l’histoire de Seth, un jeune sorcier bien décidé à venir à bout des Némésis, créatures titanesques qui tombent du ciel et déciment tout sur leur chemin. Un passage réussi dans le genre du manga pour l’auteur, qui signe un véritable succès international avec son shonen made in France, alors même qu’à l’époque, il considérait la série comme le point final de sa carrière : “J’avais déjà fait trois séries de BD qui marchaient de moins en moins, nous explique-t-il. Je me disais qu’il fallait peut-être arrêter, mais quitte à faire un dernier truc qui me plaise, je voulais que ce soit un manga. C’est dans cet esprit-là que j’ai commencé Radiant, tout en étant persuadé que personne ne le lirait”. 

Après avoir débuté dans la bande dessinée, Tony Valente se (re)tourne finalement vers ses premiers amours, en signant un manga en noir et blanc. Une suite logique pour l’auteur, bercé aux shonen One Piece, Dragon Ball Z et Naruto, qui lui permet surtout de s’affranchir des contraintes de la bande dessinée franco-belge, trop frustrante à son goût : “Les projets que je voulais écrire ne pouvaient pas prendre la forme d’une BD classique, ça ne marchait pas, je devais couper trop de choses. Pour Hana Attori (publié en 2008 aux éditions Soleil Levant) par exemple, j’ai essayé de faire un “faux manga”, mais ça a donné une histoire trop étriquée. Dans ce genre de format, tu ne peux pas prendre douze pages pour décrire un combat comme dans un shonen, ce qui contraint beaucoup l’action. Si je refais de la bande dessinée un jour, il faudra vraiment que ce soit une histoire faite pour le format, et non pas quelque chose que j’adapterais”

“Personne ne le lira”

En 2013, Tony Valente en était certain, Radiant ne survivrait pas plus de trois tomes. Sept ans et 11 livres plus tard, force est de constater que le mangaka made in France s’est trompé. Radiant cartonne, non seulement en France, mais aussi à l’étranger, où les aventures de Seth sont traduites dans 12 pays (à l’heure où nous écrivons l’article 15 nouveaux pays supplémentaires s’apprêtent eux aussi à traduire le manga), et notamment au Japon, berceau du genre littéraire. “Je n’y croyais pas, confie Tony Valente. Quand le manga a commencé à être exporté, j’avais vraiment peur parce qu’en sachant que mes anciennes séries n’avaient pas marché, je me disais qu’on allait forcément se louper sur le Japon. J’étais persuadé que la sortie nippone ne fonctionnerait pas, et je pensais qu’en constatant cet échec, les gens se diraient que le manga n’était finalement pas si bien”.

Crédits Ankama

Quelques mois après son exportation, le manga que personne n’allait lire se classe premier des ventes en France et cartonne à l’étranger. Radiant suscite un énorme engouement chez les fans, à tel point qu’en 2018, le Japon signe une adaptation animée de la série, aujourd’hui diffusée en France sur la chaîne Game One.

Radiant s’anime 

Si Tony Valente assume volontiers ne pas s’occuper de l’adaptation papier dans les différentes langues, les choses sont un peu différentes pour le dessin animé. “Je suis un espèce de consultant, nous précise-t-il. Je regarde les scripts, je corrige les designs si besoin, notamment au niveau des scènes inédites. Il y a beaucoup d’aller-retours entre moi et l’équipe de l’animé, mais ce n’est pas moi qui travaille directement dessus. Je m’assure juste que ce qui est raconté est cohérent avec l’univers que j’ai créé”. Il faut dire que si la série animée cartonne, elle ne remplace pas le manga papier. Alors que le tome 12 de Radiant est sorti il y a quelques jours, Tony Valente espère continuer à satisfaire ses fans le plus régulièrement possible, en assurant la sortie de deux à trois tomes par an, un rythme de parution plutôt conséquent.

Si aujourd’hui, l’animé Radiant est un succès indéniable à l’étranger, son adaptation a pourtant suscité quelques incompréhensions. “Le fait d’entendre les voix des personnages change beaucoup de choses, explique Tony Valente. En France et au Japon par exemple, la conception de la féminité et de la masculinité est radicalement différente. L’équipe de production avait tendance à exagérer les traits des personnages dans un sens ou dans l’autre. À la sortie de l’animé, beaucoup de lecteurs français m’ont fait remarquer qu’ils n’imaginaient pas Mélie parler comme ça. C’est vrai que moi non plus je ne la voyais pas comme ça, mais en même temps, personne ne l’avait jamais entendu parler !”. 

Des “incompréhensions, plus qu’une réelle volonté de modifier le manga” qui n’entachent pas la série finale. Radiant conserve son humour hors des frontières et notamment ses jeux de mots. Un an après l’adaptation animée du shonen pourtant, écrire avec la perspective d’un passage au dessin animé — qui plus est à l’étranger, semble avoir un peu modifié le processus d’écriture de Tony Valente, qui confie : “Je n’ai pas changé ma manière d’écrire par rapport à l’animé. En revanche, le fait de voir que parfois, le message que je véhicule n’est pas forcément clair pour tout le monde m’a poussé à être plus clair. Quand j’ai abordé le personnage de Konrad de Marbourg, qui est particulièrement raciste par exemple, je sais que les éditeurs étrangers ont eu du mal à comprendre où je voulais aller, parce qu’ils n’avaient pas les mêmes références culturelles que moi, qui suis français. Maintenant quand je formule quelque chose, je fais attention à ce que mon propos soit plus clair ». 

Le tome 12, et après ?

Crédits Ankama

Après la sortie de Radiant tome 12 le 30 août, Tony Valente a encore quelques belles années devant lui aux côtés de Seth et de ses alliés. Le shonen qui ne devait pas survivre plus de trois livres pourrait d’ailleurs, sans concurrencer One Piece et ses 91 tomes, s’approcher des 40 volumes. “Je me vois bien faire ça encore dix ans, avoue l’auteur. Je sais vers où j’aimerais emmener la série, mais je ne sais pas encore quelle forme scénaristique les choses vont prendre”. Une aventure encore loin de se terminer donc, d’autant que lorsqu’il évoque ses projets futurs après Radiant, Tony Valente reste catégorique : “À priori, ce serait un manga, sans doute un spin-off de Radiant sur la naissance de l’Inquisition. C’est la seule chose dont j’aurais envie pour le moment”.