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Test Ghost of Yotei : le katana du fantôme est toujours aiguisé

Les possesseurs de PS5 en mal de nouveautés vont pouvoir bientôt se vanter auprès des copains. L’exclusivité Ghost of Yotei arrive aujourd’hui avec la ferme intention de faire aussi bien que son aîné. On a sauté dans le terrier du renard et voici notre avis.

En 25 ans, les gars de Sucker Punch (le studio de développement, pas le film de Snyder) se sont construits une solide notoriété. De leur collaboration avec Sony, sont nées de solides licences vidéoludiques qui ont fait leur réputation, comme le jeu de plate-forme en cel-shading Sly Raccoon ou leur premier jeu d’action en monde ouvert, InFamous. Mais aucune de leur production n’a atteint la popularité d’une nouvelle franchise, ouverte en 2020, avec un certain Ghost of Tsushima.

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Un jeu d’action en monde ouvert (encore), inspiré par les films de samouraïs japonais, qui nous plonge à l’époque de Kamakura aux côtés de Jin Sakai, un samouraï qui va tenter de repousser une invasion mongole sur l’île de Tsushima. Résultat, plus de 13 millions d’exemplaires vendus sur PlayStation et PC (portage réalisé l’année dernière) – soit le plus gros succès de Sucker Punch – une adaptation cinématographique en route et un Ubisoft faisant grise mine, les fans d’Assassin’s Creed réclamant une histoire autour du Japon féodal depuis des lunes. Concurrent solide à la cérémonie des Game Awards en 2020, il s’est incliné face à un petit jeu presque inconnu, The Last of Us Part II.

Une trajectoire opposée à Jin

Un bref rappel d’où on vient nécessaire pour prendre conscience d’où on va. Cinq ans plus tard, Sucker Punch et Sony collaborent à nouveau pour donner naissance à Ghost of Yotei, première suite à Tsushima qui doit porter le poids de cet héritage sur ses épaules. Des épaules n’appartenant plus à Jin Sakai, mais à Atsu, nouvelle protagoniste incarnée par les joueurs dans un récit se déroulant bien, bien longtemps après celui du samouraï.

Nous sommes 300 ans après l’invasion mongole du premier volet, dans la région d’Ezo qui entoure le mont Yōtei, aujourd’hui Hokkaido. Atsu revient après 16 ans à parcourir les terres du Sud, se formant à la guerre et à l’art du katana. Elle est désormais prête à atteindre son objectif : éliminer un à un les Six de Yōtei, dirigé par le seigneur Saitō, responsables du meurtre de ses parents lorsqu’elle était enfant, la laissant elle-même pour morte. Elle est l’Onryo, l’incarnation de l’esprit vengeur.

Un personnage à l’opposé de Sakai dont l’honneur de samouraï va petit à petit s’effriter face à la nécessité d’incarner un fantôme. Atsu est déjà ce fantôme, cette femme que tout le monde croyait disparue, sans attache, et qui va éveiller son sens du devoir envers les habitants d’Ezo au fil de son aventure et de ses rencontres. Sakai agissait par nécessité, elle agit par conviction.

Sucker Punch a une nouvelle fois fait un gros travail autour de son intrigue avec un vrai sens de la dramaturgie. La licence conserve cet aspect cinématographique dans la mise en scène de son récit avec des rebondissements, des moments d’émotion. On comprend les sentiments qui habitent Atsu autant qu’on apprécie cette part d’humanité qui résiste à sa haine.

Une histoire bien ficelée qui amène un regret, celui de ne pas avoir la possibilité d’influencer les décisions d’Atsu, dans un sens ou dans un autre. Sans pousser le bouchon au point de pouvoir réécrire le récit à la manière d’un Baldur’s Gate 3, on aurait aimé manipuler certains choix moraux à la marge, comme The Witcher 3 par exemple, avec la capacité ou non d’épargner un ennemi après un duel.

Les bases d’un Ghost

Quiconque a poncé son prédécesseur ne se trouvera pas dépaysé par ce nouvel opus. Dans les grandes lignes, la manière d’aborder l’aventure reste la même. Après avoir choisi son mode de difficulté parmi les six proposés, dont un mode entièrement personnalisable (niveau agressivité de l’IA, puissance des dégâts subis…), le joueur est amené à choisir son expérience. Si on retrouve le mode Kurosawa (noir & blanc) du premier, Yotei rajoute le mode Miike, inspiré par le réalisateur Takashi Miike pour des combats plus spectaculaires, et le mode Watanabe, collaboration avec Shinichiro Watanabe, papa de Samurai Champloo (et Cowboy Bebop), avec des musiques bien plus contemporaines.

Test Ghost of Yotei : après la claque Tsushima, le fantôme a-t-il toujours le katana aiguisé ?
© Sony

Une fois l’introduction passée, on est immergé dans la première des six régions qui composent l’intégralité de la map. Moins dirigiste que Tsushima, Yotei laisse au joueur la possibilité de parcourir d’autres zones que celle du début et d’entamer sa quête de vengeance par le Six de Yotei qu’il désire. En théorie. En pratique, certaines zones ne deviendront accessibles qu’après des événements bien particuliers et d’autres vous puniront immédiatement après y avoir mis les pieds si vous n’avez pas encore acquis l’expérience ou l’armement nécessaire. La liberté oui, mais pas trop quand même.

La manière d’explorer la carte est également identique. Le titre nous invite à parcourir les grandes étendues et d’ouvrir les yeux en quête d’un terrier de renard, d’une source chaude, d’un sanctuaire, etc. Chacun de ces points d’intérêts amène des améliorations pour le personnage, de l’équipement ou des éléments cosmétiques. Les récits légendaires à suivre sont encore présents tout comme les bases ennemies à capturer.

Test Ghost of Yotei : après la claque Tsushima, le fantôme a-t-il toujours le katana aiguisé ?
© Sony

Système de duel, confrontations et assassinats furtifs sont de retour et la manière d’aborder un combat se base toujours sur le blocage, la parade, l’attaque rapide, l’attaque lourde et les techniques spéciales. Grappin, lame enflammée, bombe de fumée, incendiaire, vent directionnel ou mécanique d’utilisation de l’esprit… On est comme à la maison.

Des combats plus exigeants…

Ce qui n’empêche pas Sucker Punch d’avoir écouté les joueurs afin d’améliorer l’expérience de jeu. PlayStation 5 oblige, il y a une nette amélioration des textures et certains paysages explorés invitent à simplement poser sa manette et à admirer la vue. Cependant, on note encore la persistante de certains soucis graphiques comme des personnages dont les pieds ne suivent pas toujours la topographie du sol, un armement qui fusionne parfois mal avec l’armure et des visages encore assez figés. Mais rien qui ne peut être corrigé avec quelques patchs.

La plus grande amélioration notable se situe au niveau des affrontements. Sans avoir la difficulté d’un souls-like – du moins en difficulté normale -, les combats sont bien plus exigeants avec une IA agressive qui ne pardonne rien. Cela pour pousser à utiliser le système des armes. Les postures du premier opus ont été remplacées par une sélection d’armes, chacune ayant ses propres techniques, ses forces et ses faiblesses.

Test Ghost of Yotei : après la claque Tsushima, le fantôme a-t-il toujours le katana aiguisé ?
© Sony

Et il vaut mieux privilégier la bonne arme selon celle de son adversaire. Avec l’évolution de Jin, Tsushima permettait finalement assez vite de maîtriser des combats majoritairement sans changer de posture ou utiliser du consommable. Ce n’est pas le cas avec Yotei et si on peut tuer un lancier avec un katana, il faut s’attendre à bien galérer avec impossibilité de contre.

Et cela devient un défi lorsque plusieurs ennemis se joignent à la fête, chacun avec une arme différente ou changeant en cours d’affrontement. Parer un katana avec un autre, sortir aussitôt sa lance Yari face à un Kusarigama… Le titre demande de jongler avec les techniques et gare aux coups qui deviennent rapidement mortels. À cela, s’ajoute une nouvelle attaque désarmante pouvant influencer la victoire ou la défaite.

Néanmoins, contrairement à ce qui était vendu, ramasser une arme tombée au sol la transforme simplement en arme de jet. Seul votre équipement est utilisable au corps-à-corps. Autre souci, la fonctionnalité de ciblage est toujours autant capricieuse et la caméra ne vous protégera pas d’un coup dans le dos. Le jeu nous pousse vers l’assassinat furtif dès que c’est possible pour éviter de se retrouver dans la galère des échanges létaux à plusieurs.

… pour une expérience globale un poil facilitée

La comparaison avec Assassin’s Creed Shadows paraît inévitable alors que les deux jeux sortent la même année. Et si la licence d’Ubisoft semble avoir beaucoup appris du travail de Sucker Punch, l’inverse ne semble pas moins vrai, du moins sur une partie bien précise.

Alors non, le monde ouvert de Yotei n’est pas encore devenu la foire au remplissage inutile avec une carte trop grande, surpeuplée de points d’intérêts. Un effort a même été fait pour rendre les quêtes secondaires plus organiques, avec des PNJ partageant de véritables préoccupations (d’où l’envie de pouvoir choisir certaines réponses). Le titre vidéoludique trouve le juste milieu entre expérience dirigiste et sentiment de liberté.

Test Ghost of Yotei : après la claque Tsushima, le fantôme a-t-il toujours le katana aiguisé ?
© Sony

Toutefois, Ghost of Yotei a considérablement facilité son exploration. Oui, on peut encore découvrir les zones à l’ancienne, mais dans le cas contraire, il existe désormais un nombre conséquent de méthodes secondaires. Une longue-vue permet d’identifier les points à l’horizon, les villageois sont bien plus bavards en indices et un marchand nous vend des cartes à l’occasion. Bref, sans avoir (trop) à bouger, on peut vite avoir une carte indiquant mille endroits à visiter.

Des ajouts si indispensables ?

Ghost of Yotei apporte son lot de nouvelles mécaniques. Notamment la possibilité d’alterner entre le passé et le présent d’Atsu si les circonstances le permettent. Une fonctionnalité limitée rajoutant de l’épaisseur aux personnages et à leur tragédie. La peinture a remplacé les haïkus de Jin, le hurlement de l’Onryo la posture fantôme, plusieurs charmes sont maintenant améliorables et nous pouvons cuisiner au camp afin de gagner des bonus aléatoires. Une louve a également fait son apparition pour aider Atsu dans sa quête, avec la possibilité qu’elle se joigne en combat par moment.

Plein de petites modifications qui fournissent à Yotei sa propre identité, sans que cela influence néanmoins profondément l’expérience de jeu. La musique donne de la consistance à notre héroïne, mais jouer du Shamisen au camp ne sera pas indispensable. Tout comme utiliser la DualSense pour allumer un feu ou cuisiner (option heureusement passable).

Un « simple » Ghost of Tsushima 1.5 ?

En respectant ce qui a fonctionné sur son modèle, l’équipe de Sucker Punch ne pouvait rater sa cible. Toutefois, c’est également ce qui empêche Yotei de surpasser ce dernier. Parce que cette suite n’amène aucune évolution majeure, que ce soit dans le gameplay ou l’exploration. Oui, le décor est magnifique, mais comme Tsushima l’était.

Il n’y a pas ce cap qui sépare Red Dead Redemption de son second opus. Moins de temps de développement ? Deux ans séparent chaque épisode de Batman Arkham et pourtant, ils amènent tous quelque chose de radicalement différent, que ce soit dans le style de jeu ou dans une fonctionnalité inédite omniprésente. Ghost of Yotei améliore son expérience, sans apporter réellement de changement prépondérant, comme s’il s’était un peu reposé sur ses lauriers.

Test Ghost of Yotei : après la claque Tsushima, le fantôme a-t-il toujours le katana aiguisé ?
© Sony

Une semi-déception donc ? Pas vraiment. Comme nous le disions, ce qui empêche Yotei de marquer autant les esprits, c’est le poids de son prédécesseur. Si The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom a été (un poil) moins bien reçu, c’est parce qu’il succède à un Breath of the Wild devenu iconique.

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Personne ne reprochera à Sucker Punch de s’être appuyé sur ses acquis tant le plaisir pris par l’aventure Ghost of Yotei égale celui de Tsushima, la fraîcheur en moins. Ne prenant pas le risque de se tromper de chemin, Sucker Punch a préféré miser sur un très bon jeu pour accoucher d’une très bonne suite.

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Notre avis

Ghost of Yotei est-il à la hauteur des attentes ? Cela dépend au fond de ces dernières. Si vous vous attendiez à une suite reprenant les bases de son prédécesseur avec des pointes d'amélioration, alors le jeu répond à cette exigence qualitative sans fausse note ou presque. Dès lors, on peut se dire que l'excellence de Ghost of Yotei est directement le fruit de l'excellence de Tsushima avec souvent les mêmes qualités, parfois les mêmes défauts. Un titre qui a visé l'amélioration davantage que la révolution.
Note : 8  /  10

Les plus

  • Une histoire inédite et prenante
  • Une IA améliorée et des affrontements exigeants
  • Des quêtes secondaires vivantes
  • Une ambiance immersive

Les moins

  • Des ajouts parfois dispensables
  • Une caméra peu aisée lors des combats à plusieurs
  • Un manque de fraîcheur

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