Culture G(eek) : Girl Power ! ou le sexe du Jeu

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Par Pia le

Peut-être est-ce le printemps qui revient doucement, ou alors La Journée des Droits de la Femme qui marquait hier le jour de ma naissance ; toujours est-il qu’aujourd’hui, dans la rubrique culture du Journal du Geek, on va parler sexes. Oui, avec un « s ». Que diriez-vous d’un recueil d’analyses sur les femmes, les hommes, et les joysticks ? « Ça fait pas mal de possibilités ! » ricanent déjà les petits rigolos du fond. Et je suis assez d’accord, le quatrième volume de l’excellente collection Les Cahiers du Jeu Vidéo, sobrement intitulé Girl Power ! parle de corps féminins, de sexe (du gameplay, des geeks), de héros gay ou travestis, de sorcières lubriques et de femmes créatrices. Et croyez-moi, le sujet éminemment politique qu’est la place des femmes dans le Jeu Vidéo vous réserve quelque surprises…


Vaste écueil que celui de la Femme dans les jeux vidéo. Combien de textes maladroits, de préjugés et de blagues éculées pour autant de « geekettes » féministes du dimanche prêtes à brandir une culture vidéoludique plus virile que celle de leurs homologues masculins ? Heureusement, l’équipe réunie par Tony Fortin (directeur de collection des Cahiers) et Sandra Duval-Rieuner (game designer chez Lexis Numérique) permet d’aborder le sujet à travers différents prismes. Universitaires, journalistes, concepteurs des deux sexes enrichissent le débat grâce à leurs points de vue différents et complémentaires.

La petite fille, un visage féminin et un poncif de l’horreur à la japonaise…

Si la narrative designer qu’est Sandra Duval-Rieuner nous démontre avec une  glaçante virtuosité que le gameplay est bien sexué (et de façon plutôt humiliante en ce qui concerne les femmes) ; Marion Coville (commissaire d’exposition adjointe sur Arcade ! Jeu Vidéo ou Pop Art ?) nous révèle la vérité derrière les atours affriolants de Bayonetta, cette fausse femme-objet qui se joue des joueurs mâles pour mieux séduire les filles… Les garçons ne sont pas en reste avec une excellente analyse sociologique de la culture geek dans ce qu’elle a de plus virile (si, si !), par le doctorant en sociologie David Peyron, et un article de Tony Fortin sur l’identité des sexes dans les productions récentes, entre virilisation de l’action vidéoludique, arrivée de femmes combattantes et brouillage des préférences sexuelles.

D’autres nombreuses réflexions (les femmes dans le jeu japonais, le jeu de rôles du MMORPG) mais aussi des témoignages de créatrices (et un court article de votre servante sur le milieu du journalisme vidéoludique) viennent étayer la critique. Car il s’agit bien d’établir un constat, de dépeindre une réalité, et d’encourager les joueurs mais aussi les créateurs à s’interroger sur la représentation des deux sexes dans les jeux vidéo. Les hommes peuvent-ils s’échapper de cette image de destructeurs et de guerriers décérébrés qui leur colle à la peau ? Les femmes peuvent-elle aspirer à des aventures plus exaltantes que se faire enlever, apprendre la cuisine ou encore le ménage même à travers un jeu d’enquête ?

Les visuels volontairement grinçants reprennent l’imagerie des pin’up, objets de désir par excellence.

Les Cahiers du Jeu Vidéo est une collection de « mooks », ces objets désirables et déclinables qui reprennent la périodicité d’un magazine et la qualité d’un livre (enlevez le « b » de « mook » et rajoutez le « m » de magazine, vous voyez où je veux en venir ?). Créée par les éditions Pix’n Love, elle s’est fixé pour noble but d’offrir aux amateurs de culture vidéoludique un terrain de réflexion riche et pluridisciplinaire sur les thèmes phares du Jeu Vidéo (la Guerre, le Foot et la Ville sont précédemment sortis). Un volume des Cahiers est donc doublement métissé, à travers son apparence et son contenu.

Les Cahiers du Jeu Vidéo vol. 4 Girl Power !, éditions Pix’n Love, 16€ en librairies et à la Fnac (actuellement en rayon, bientôt sur leur boutique en ligne).