Chronique Culture G(eek) : Conan VS Captain America

Chronique

Par Pia le

C’est le combat musclé et musqué de l’été : du téton dans les deux camps, des sentiments exacerbés et de l’action à foison pour parler aussi bien aux mâles qu’aux femelles amateurs de blockbusters. Conan et Captain America : First Avenger sortent cette semaine au ciné, l’occasion rêvée de trainer leurs slips jusqu’au ring du JdG.

Deux adaptations gonflées aux effets spéciaux, deux fois deux heures d’action et deux énormes icônes de la pop culture, le choc s’annonce titanesque. Pour départager Conan, le barbare de Robert E. Howard réinventé par Marcus Nispel (les remakes de Massacre à la Tronçonneuse, Vendredi 13) et Captain America, l’idole patriotique de Marvel revue par Joe Johnston (Chérie j’ai Rétréci les Gosses, Rocketeer et Jumanji) il ne reste qu’une seule option : free fight !

« In the reeeeed corner » : Très en colère depuis qu’un infâme tyran (Stephen Lang) et sa sorcière de fille (Rose McGowan, glauque mais sexy) ont décimé son clan et tué son père, Conan « I live, I love, I slay » le Barbare s’engage dans une quête vengeresse et sanglante, mais non dénuée de réconfort. Campé par le sculptural Jason Momoa, le cimmérien au grand cœur aiguise sa grosse épée et risque bien de faire tomber plus que des têtes sur son passage. A condition bien entendu qu’il retrouve le chemin de son destin tout seul…

« In the bluuuue corner » : Tout juste échappé d’un gala de charité, la raie bien nette et la moue boudeuse, Captain « Cap’ » America se lance un triple défi délicat : détruire l’organisation secrète plus méchante que les nazis, l’Hydra avec à sa tête Crâne Rouge (Hugo Weaving)sans s’immiscer dans l’Histoire, la vrai, tout en insufflant vie et noblesse d’âme à l’avorton photoshopé qu’il campe dans la première partie du film. Il nous avait prévenus dans Scott Pilgrim : « I run for the Oscar ». Avec le clin d’œil et tout. Alors, réplique prémonitoire ?

 

// ROUND 1 : Le Bras de fer

Alors que Conan fracassait déjà des crânes à l’âge de huit ans, Steve Rogers se faisait justement régulièrement tabasser par les voyous de son quartier. Si le barbare ne fait pas dans la dentelle et ouvre son récit sur la destruction de son clan, l’assassinat de son père et plusieurs scènes de baston bien senties, chez le Captain on se pose d’abord des questions existentielles sur une vingtaine de minutes avant de se faire injecter le sérum qui fait grossir les muscles. C’est là qu’il accomplit une remontée fulgurante : deux jolies séquences clipées de ses faits d’arme avec son escadron (en plus il la joue pas perso) surmontées d’une mission finale bien rythmée qui rattrapent et fracassent les chorégraphies mollassonnes des derniers affrontements d’un Conan plus sprinter que coureur de fond.
Conan 1 – Captain America 1

 

// ROUND 2 : Le trek

L’Hyboria offre certes des paysages à couper le souffle (la DA est impeccable) mais on regrette la qualité vraiment médiocre de certaines incrustations. Quant à notre participant à la jupette de cuir, il peine à y retrouver son chemin. En témoigne cette scène affligeante dans laquelle Conan aurait « oublié sa carte de la région », en réalité un prétexte pour s’offrir une nuit avec la prêtresse qu’il était sensé sauver. Mais qu’il avait finalement décidé d’abandonner, avant de repartir à sa recherche après l’avoir égarée à l’entrée de sa grotte. On aime particulièrement le ressort scénaristique qui le pousse à s’infiltrer dans un château babylonien depuis ses égouts, puis grimper à son plus haut balcon, et se rendre compte qu’en fait, il doit redescendre pour s’enquiller encore une montagne. L’Europe de Captain America, elle, a un côté fantaisiste et rétro-futuriste très pulp qui laisse assez d’espace et de consistance à son héro pour rendre le récit crédible. On se laisse entraîner avec plaisir dans les différents épisodes de cette mission bien ficelée.
Conan 1 – Captain America 2

 

// ROUND 3 : Les poteaux

Voici venir l’ultime épreuve de notre duel, celle qui vous révèlera enfin qui en a sous la jupe ou dans le collant. Celle qui mesure le degré d’epicness de nos héros. Et là encore, Conan se prend une grosse claque. Il était pourtant bien parti dans le premier round, mais les errances de son scénario décousu, et la mauvaise gestion de son souffle l’ont épuisé : une douzaine de serviteurs en robes et deux échanges de baffes dans l’intimité d’un volcan avec les boss de fin, c’est tout ce que peut faire le barbare pour changer son monde. On nous annonce bien qu’il réunifiera un jour les clans de Cimmérie, mais ce sera pour un autre film, à priori. Captain America s’en tire mieux puisqu’il détruit une dizaine de bases de l’Hydra et sabote un train en marche sans perdre de vue trois objectifs majeurs : sauver le monde, protéger ses copains et se faire dépuceler. On ne peut s’empêcher de lui souhaiter un Epic Win. Et forcément, sa conclusion en teaser des Avengers de Joss Whedon (pour l’an prochain malheureusement) nous fait déjà saliver.
Conan 1 – Captain America 3

 

// FINAL ROUND : Fan Service

Alors que notre duel au sommet touche à sa fin, nous ne pouvions laisser notre lectorat minoritaire sur sa faim. C’est donc la tête bien froide et le souvenir vif que nous nous intéressons à présent aux arguments dont la nature à doté nos héros. Côté garde-robe (ou filmo, si vous préférez), Chris Evans a peut-être gardé dans sa penderie la tenue bien moulante de La Torche, le Fantastic Four craquant du désolant diptyque de Tim Story. Jason Momoa conserve lui précieusement le fard à paupière noir de son personnage de Drogo dans Le Trône de Fer, la série qui a hypé dans les sphères geeks cette saison. Pourquoi le fard ? Parce qu’il ne portait presque rien d’autre, bien entendu. Côté plastique, on comprend tout à fait Hayley Atwell dans Captain America, qui se retient tout juste de tâter la marchandise, juste pour vérifier si ses yeux ne la trompent pas. Mais c’est Rachel Nichols (la prêtresse pas farouche) qui nous fait le plus beau cadeau en déshabillant Conan ; elle nous permet d’apercevoir ses petites fesses bien galbées le temps d’un réveil dans le foin.
Conan 2 – Captain America 4

 

C’est sur cette note glamour et la victoire de Captain America que s’achève l’affrontement finalement plus Koh-Lanta que K1 de nos deux héros bodybuildés. Si Conan n’est pas un mauvais film, il manque cruellement d’un enjeu à la hauteur de son héros pour nous faire vibrer plus qu’une succession de petites escarmouches sympa mais sans plus. Captain America réussi le tour de force de séduire un public français en assumant tout, jusqu’à ses origines comme figure de propagande pro-américaine, son principal écueil, évité avec ingéniosité. Sans hésitation le meilleur blockbuster de cet été.

 

Le trailer de Captain America : First Avenger

 

Le trailer de Conan