Google dénonce un pédophile utilisateur de Picasa

Général

Par Elodie le

On vous en parlait la semaine dernière, Google se lance dans la lutte contre la pédocriminalité. En effet, sur demande du gouvernement britannique et en partenariat avec Microsoft, la firme a mis au point un algorithme permettant de bloquer les requêtes débouchant sur du contenus pédopornographiques.

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Par ailleurs, concernant les images, les équipes de Microsoft ont mis au point un système de détection d’images frauduleuses qui appose une « empreinte numérique unique » (unique digital fingerprint) sur celles-ci, qui seront ensuite immédiatement identifiées à chaque passage dans le système. Google se disait d’ailleurs enclin à prêter mains fortes à l’organisation Internet Watch Foundation (IWF) et au Centre National américain pour les enfants disparus et exploités dans leur lutte contre la pédocriminalité en ligne, mais sans plus de précision. Après les paroles, les actes donc, qui sont pour le coup beaucoup plus précis et dépassent le simple blocage de contenus illicites.

En effet, en mars, la firme de Mountain View a utilisé cette technique de détection d’images pour passer en revue l’ensemble des bibliothèques Picasa de ses clients présentes sur ses serveurs. Selon CBS Sacramento, elle est ainsi tombée sur la bibliothèque de Raul Gonzales, un homme de 40 ans qui détenait, entre autres images, deux photos pédopornographiques sur un compte privé inaccessible à d’autres utilisateurs sans mot de passe.

Au lieu de prévenir directement les autorités, Google a alerté le National Center for Missing and Exploited Children, l’association privée à qui Google proposait ses services quelques semaines plus tôt. Celle-ci a ensuite trouvé d’autres images sur un Tumblr appartenant à l’homme en question et a prévenu la police qui a alors procédé à son arrestation. Au cours de celle-ci au domicile de l’accusé, le FBI a pu constater qu’il possédait bien de nombreuses photos pédopornographiques dont celles d’un enfant de 9 ans proche de la famille. Il a reconnu des faits d’attouchements sexuels sur l’enfant et est également accusé de détenir plus de 3000 images pédopornographiques sur son téléphone.

Alors certes, cette intrusion a permis l’arrestation d’un criminel et celui qui a quelque chose à se reprocher devrait savoir qu’il ne doit laisser aucune trace sur Internet et encore moins sur Google et l’ensemble de ses services (Youtube, Gmail, Picasa, etc.) mais quid de demain et de l’utilisation que fera Google des données de l’ensemble de ses utilisateurs sous couvert de lutte contre la criminalité en ligne ? Qu’est-ce qui sera considéré comme légal ou illégal, qui se verra transmettre ces données, etc. ? Le fichage et la dénonciation des utilisateurs téléchargeant illégalement, ceux se vantant de forfaits commis ou ayant stockés en ligne des photos de leurs exploits, ceux se prenant en photo en train de fumer un joint et se droguer ?

La dernière annonce de Google explicitant son désir de venir en aide à ceux qui luttent contre la pédocriminalité en ligne via la création de cet algorithme censeur, aussi louable soit-elle, sonne le glas de sa neutralité technologique. La firme de Mountain View justifie cela en expliquant qu’elle doit s’assurer que ses services ne soient pas utilisés pour de mauvais desseins et qu’elle ne fouille pas sans discernement mais via un système de reconnaissance d’empreintes numériques qui pourraient intéresser le FBI. Pour cela, un employé examine la photo suspecte pour s’assurer qu’il ne s’agisse pas d’une banale photo de famille à la plage. Néanmoins, comme le souligne The Verge, certains défenseurs de la vie privée ont été surpris de l’énergie avec laquelle Google a traqué des images potentiellement criminelles jusque dans les bibliothèques privées (et donc inaccessibles aux yeux de tous) de ses utilisateurs.

Google considère donc la recherche de criminels ou d’actes illicites potentiels supérieure au principe, supposé inaliénable, de protection de la vie privée (Ok, le concept de vie privée semble légèrement différer de l’autre côté de l’Atlantique). À l’écoute des propos de Vint Cerf, le « chef évangéliste de l’Internet » Google, rien de surprenant : « La vie privée pourrait en réalité être une anomalie » créée lors de la révolution industrielle et de l’urbanisation et dépassée aujourd’hui. Déclaration sur le même tempo que celles déjà connues d’Eric Schmidt, PDG de Google, qui réussit tout de même à s’offusquer de l’espionnage de la NSA qu’il considère comme « réellement outrageant ».