Snowden : la NSA « met le feu à l’avenir d’Internet »

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Par Elodie le

Lundi 10 mars, Edward Snowden, l’ancien consultant en sécurité de la NSA qui a déclenché l’affaire PRISM, a fait sa première apparition publique sur le sol américain par vidéo conférence, lors du festival South by Southwest (SXSW) à Austin (Texas) consacré aux nouvelles technologies.

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Ils [La NSA] mettent le feu à l’avenir d’internet, et vous qui êtes dans cette salle, vous êtes les pompiers

C’est par cette phrase que Snowden a harangué une foule conquise de 3000 personnes qui a répondu par des applaudissements. Et c’est depuis la Russie où il est toujours réfugié que Snowden s’exprimait, avec en arrière-plan un visuel du premier amendement de la Constitution américaine régissant la liberté d’expression. Afin de chiffrer la communication, pas moins de « 7 proxies » ont été nécessaires selon les dires de Ben Wizner, son avocat, en introduction de la conférence. Oui, mais non, il s’agit d’une vieille blague des Internets qui trouverait son origine sur le site 4CHAN et a donc trompé tout le monde et Bibi avec..

Face à ces pratiques qu’il conteste et pour faire respecter les libertés, une réponse « technologique » est souhaitée. « La communauté qui construit internet » est la seule à même de le « sauver » et Internet avec.
Poursuivant sa charge contre la NSA, il vilipende l’inefficacité de l’Agence de renseignement qui, à vouloir surveiller la terre entière, passe à côté de réels suspects et potentiels criminels. Cette même agence qui n’a pas su prévenir l’attentat du marathon de Boston et est incapable de quantifier et identifier les documents subtilisés par Snowden.

Nos services de renseignement ont connu un échec phénoménal. Nous surveillons tout le monde, tout le temps. Mais nous avons quand même raté des choses […] On passait notre temps à hacker Facebook ou Google. Nous avons dépensé énormément d’argent. Qu’avons-nous obtenu ? Rien.

Les deux enquêtes internes diligentées par la Maison Blanche ont par ailleurs confirmé ses propos : la surveillance de masse de la NSA n’a jamais débouché sur des résultats concrets.
Face à une NSA tentaculaire, qui a la possibilité de connaitre les moindres aspects de la vie d’une personne, le jeune consultant rappelle l’importance de la sécurisation des données personnelles sur Internet. C’est pourquoi il encourage les internautes à éviter les navigateurs traditionnels tels que Chrome, Firefox ou Explorer pour leurs préférer un système alternatif comme Tor, qui permet de brouiller la traçabilité de ses utilisateurs et donc de les rendre anonymes y compris pour les FAI, ou des add-on comme NoScript ou encore des protocoles de sécurisation des échanges comme SSL. Le chiffrement des données est la seule solution pour rendre toute forme d’espionnage extrêmement difficile.

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Travis P Ball/Getty Images for SXSW

Il faut rendre la surveillance de masse plus chère, et donc moins pratique pour la NSA. […] Les gens, qu’ils soient journalistes ou citoyens, doivent avoir accès à cette technologie. Ce n’est pas une technologie qui doit faire peur, ce n’est pas un art obscur. On doit l’étudier. Le chiffrement de données fonctionne.

Pour preuve, l’incapacité du gouvernement américain, huit mois après les faits, à déterminer quels documents il a pris.

Comme le souligne Le Monde, pour Edward Snowden et Christopher Soghoian, de l’Americain Civil Liberties Union (ACLU), la réponse apportée doit également être politique, avec la création de nouvelles institutions qui seraient en charge de la surveillance du Congrès. Celui-ci échouant à se superviser lui-même.

Il ne faut plus que des personnes comme le directeur national du renseignement, James Clapper, puissent aller devant le Congrès et mentir. Et que les membres de la commission, qui savent tous qu’il ment, car ils ont accès à des documents secrets, l’applaudissent.

Le public présent pouvait lui poser des questions via Twitter, tout comme ceux suivant son intervention en direct sur Texastribune.org. À la question de savoir si avec le recul, il referait la même chose, « la réponse est oui, absolument ». Poursuivant, « j’ai juré de défendre la Constitution et je l’ai vue violée massivement ». Il confirme ainsi ses propos tenus lors de sa première interview accordée au Washington Post depuis son exil en Russie où il jugeait que sa « mission est déjà accomplie » et se posait en patriote, défenseur de sa Constitution :

C’est un serment d’allégeance, pas un engagement au secret. J’ai prêté serment à la Constitution américaine. Je ne l’ai pas trahie contrairement à Keith Alexander et James Clapper. [directeurs de la NSA et du renseignement américain, ndlr]

Avis que ne partage pas Mike Pompeo, élu républicain de la Chambre des représentants. En apprenant l’intervention du jeune whistleblower pour une table ronde d’une heure sur invitation des organisateurs, l’homme politique a demandé à ces derniers de « retirer leur invitation » à destination de ce « traître et criminel de droit commun ».

Également présents au SXSW, Glenn Greenwald et Barton Gellman – les deux seuls journalistes avec Laura Poitras (journaliste et réalisatrice américaine) à avoir eu accès aux documents subtilisés à la NSA par Edward Snowden -, partagent l’analyse de ce dernier concernant la nécessité de se protéger de la surveillance massive et acharnée des gouvernements sur Internet et le premier de préciser :

Edward Snowden a raconté ce matin ce qu’il a qualifié de “Greenwald test”. Cela veut dire que si moi je peux utiliser ces technologies, alors elles sont accessibles à la grande majorité, même si je pense qu’elles peuvent être davantage adaptées aux utilisateurs. Mais si j’ai réussi, cela devrait encourager d’autres à la faire.