Dossier Comics : Captain America pour les nuls

culture geek

Par Gaylord le

Vous qui sortez d’un bon gros blockbuster de super héros, vous n’avez qu’une envie, et nous l’avons bien compris : en apprendre plus sur ces étranges personnages vêtus de collants fluo qui s’invitent à intervalles réguliers dans nos salles obscures. Captain America : le Soldat de l’Hiver vient de sortir, alors on s’est dit que c’était le bon moment pour tenter quelque chose.

Captain America

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Avant de commencer…

Je lis des comics, beaucoup, et j’aime croire que l’aventure ciné peut être le point de départ idéal pour poursuivre l’aventure sur papier. Le hic ? La plupart des histoires trouvent leur point de départ dans les années 40-60. La première apparition de Captain America remonte à 1941 par exemple. Pas facile d’oser la baignade, de trouver son point de départ. Les raisons décourageantes ne manquent pas, entre les origines confuses et lointaines, les histoires et dessins d’antan parfois indigestes, ou les reboot et mini-séries dans tous les sens, souvent hors continuité. D’où ce dossier – loin d’être exhaustif – sur le personnage. Un guide de lecture « post séance » à réserver à ceux qui voudraient lire de bonnes histoires autour du personnage. Pas plus.

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Un homme hors du temps

Avengers #4 (vol.1), la découverte du corps
Avengers #4 (vol.1), la découverte du corps.

Steve Rogers a beau être le nec plus ultra en terme d’être humain qui tabasse tout avec son bouclier indestructible, il n’en reste pas moins un mec paumé, gentiment ringard du haut de ses soixante ans passés dans un bloc de glace. Des exemples pour illustrer ce constat, il y en a un paquet. Le personnage entier a été construit autour de cette notion de décalage perpétuel avec son époque.

Côté films, évoquons par exemple la fin de First Avenger qui voit le soldat fraîchement extirpé de son sommeil, catapulté en plein New York moderne. Moins stressant, le début de Winter Soldier se permet de jouer la carte de l’humour (le coup de la to-do list) pour assumer pleinement ses choix moraux face au SHIELD. Côté comics, dans la mini-série Out of Time, Mark Waid (Kingdom Come, Daredevil) réécrit le mythe fondateur de la rencontre entre les Avengers et Captain America en y ajoutant la dimension traumatisante de l’expérience, bien loin d’un réveil à la conte de fée. Méfiant, déboussolé, Captain America n’accorde aucun crédit à ses alliés, allant jusqu’à nier la réalité en bloc et se croire dans un mauvais rêve.

En terme de brutalité, on reste un cran en dessous des premiers pas de Cap dans The Ultimates (relecture moderne du mythe des Avengers dont le film s’inspire très largement). Pétages de nez gratuits et propos racistes, Mark Millar (Superman: Red Son, Kick Ass) rend la scène perturbante, follement réaliste. Expulsé de son époque, Captain America apparaît plus que jamais comme un personnage complètement anachronique, exagérément bourrin et patriote. Les lecteurs français s’en souviennent encore…

  • The Ultimates : VO / VF
Ultimate Cap ne fait pas dans la dentelle
La finesse avant tout.

S’il ne fallait lire qu’un seul chapitre pour résumer cette idée « d’homme hors du temps », sans hésiter, je vous recommande le tie in (chapitre annexe) de l’event House of M. Superbement illustré par Lee Weeks, l’histoire prend place dans une réalité parallèle où les mutants, loin d’être craints, sont devenus l’espèce dominante. Très simplement, Ed Brubaker nous conte l’histoire d’un Captain America qui n’a jamais connu d’ellipse dans sa vie, qui a eu le temps de voir son pays s’enfoncer dans la haine humains/mutants.

La fin du rêve
La fin du rêve.

Bonus : La saga Earth X, aussi déprimante que géniale (en VO, en VF)

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L’incroyable destin de Bucky Barnes

La révélation choc du film n’en était pas une pour les lecteurs du comics, spoiler dès l’annonce du sous-titre « Winter Soldier ». Et pour cause, le film reprend à la virgule près l’origine du personnage introduit par Ed Brubaker au début de son run, en 2005. Pendant huit ans le scénariste assure la destinée du héros à la bannière étoilée, huit ans pendant lesquels Bucky tient une place centrale, du début à la fin du run. Son retour sous les traits d’un assassin à la solde du régime soviétique, sa réhabilitation, le tout sur fond de polar, d’enquêtes et de révélations choc, sans les inconvénients d’un film qui doit rusher pendant deux heures.

Cap vs Bucky
Cap vs Bucky

Point-clé de ces aventures version polar moderne, la place accordée aux personnages secondaires. Le film en livre un aperçu très fidèle, tous participent étroitement à la résolution du complot.

Vous vous doutez bien qu’en huit ans d’intrigues ce gimmick prend des ampleurs folles. En attestent les quelques mois qui ont suivi le meurtre de Steve Rogers dans l’épilogue de Civil War. Le constat surprend, jamais les aventures de Captain America n’ont été aussi captivantes aux mains du Faucon, de la Veuve Noire, de Nick Fury et de Sharon Carter. L’enquête autour des responsables efface complètement l’absence du personnage principal, et le titre continue sur sa lancée, plongeant les lecteurs dans l’attente à chaque numéro. La présence de Capitain America n’est plus une priorité pour raconter une bonne histoire sur lui.

Puis vous l’avez déjà un peu compris, le mentor cède sa place à l’élève. Bucky devient le nouveau Captain America, un nouveau Captain America. Moins à l’aise avec l’icône, plus hésitant aussi, mais teeeeellement plus attachant. La période dure un temps, jusqu’à ce que les bêtises du Winter Soldier refassent surface.

Un Captain controversé...
Un Captain controversé…

En huit ans Bucky a eu un planning plutôt serré entre renaissance, consécration et retour à l’anonymat. La faute à des choix éditoriaux qui imposaient de ramener Steve Rogers à la vie, en corrélation avec ses apparitions cinématographiques. Brubaker n’abandonne pas pour autant son personnage et trouve le temps de lui créer sa propre série régulière. Bucky Barnes redevient cet espion invisible, confronté à des problèmes qui nécessitent plus qu’un coup de bouclier bien senti pour se régler, et à son foutu passé, toujours prétexte à ranimer de vieilles rancœurs.

Bonus : Brubaker pense aussi aux nostalgiques du Golden Age en écrivant de très bonnes histoires d’époque avec Captain America & Bucky (vol.1 / vol.2)

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SHIELD et Hydra, l’éternelle guéguerre

Cap et l'Hydra, une grande histoire d'amour et de bourpiffes
Cap et l’Hydra, une grande histoire d’amour et de bourre-pifs.

Captain America a deux hobbies : partir en mission pour le SHIELD et partir en mission avec les Avengers.

Entre bagarre et grosse bagarre donc, avec un penchant évident pour la castagne d’hommes de main de l’Hydra. Peu importe le scénariste, l’ambiance, c’est une institution. Même Robert Kirkman (The Walking Dead, Invincible), de passage pour quatre chapitres, aura eu le temps de placer quelques bourre-pifs contre les hommes en vert. Forcément, le film n’allait pas se priver pour baigner dans ces eaux troubles, entre grosses explosions gratuites et ambiance conspirationniste.

Là où le film se contente de quelques agents infiltrés et de trois héliporteurs nucléaires planqués sous la Maison Blanche, le comic book (et sa fâcheuse tendance à tout remettre à plat tous les six mois) se permet d’aller plus loin dans le combat à grande échelle entre les deux organisations.

Dans Secret Warriors (2009) par exemple c’est un Nick Fury vieillissant – déprimé de s’être fait mettre à la porte du SHIELD à force de comploter contre tout ce qui bouge – qui doit lutter contre son pire cauchemar. La révélation tombe à la fin du premier chapitre et donne le ton pour le reste de la série : depuis le début, le SHIELD est aux mains de l’Hydra. L’idée ne manque pas d’audace. Elle donne à Nick un prétexte supplémentaire pour ne rien lâcher et former sa petite équipe de super héros inconnus et partir dans une grosse baston contre l’Hydra. Encore une, rondement menée par Brian Michael Bendis (New Avengers, Alias) et Jonathan Hickman (Fantastic Four, The Manhattan Project).

Ouh la gueule de bois de cinquante ans, courage Nick !
Ouh la gueule de bois de cinquante ans, courage Nick !

Pendant ce temps-là, le SHIELD se voit démantelé au profit d’une organisation bien plus pernicieuse : le HAMMER, dirigé d’une main de fer (et de folie) par… Norman Osborn. Oui, vous avez bien lu, le Bouffon Vert se voit réhabiliter en grande pompe par le gouvernement suite à une invasion extra-terrestre à laquelle il a mis fin un peu au hasard. Aussi fou dangereux que dans l’adaptation cinématographique de Sam Raimi, il en profite pour créer sa propre équipe de Dark Avengers (composé d’imposteurs tout aussi fous dangereux) et incarne Iron Patriot. Oui, vous avez bien lu, Norman Osborn est à l’origine d’Iron Patriot, le même que vous avez pu croiser dans le film Iron Man 3. Et dans les comics, ce genre de retournement systématique de veste passe nickel.

Aussi surnommés les « Dark Avengers »
Welcome to the Dark Age.

Mais comme tout bon délire coup-de-poing qui vise à relancer des concepts un peu vieillissants, les choses finissent par se tasser quelques mois plus tard.

Le bon vieux SHIELD refait surface et les vrais Avengers sont réhabilités. Là aussi, pour être synchro avec les péripéties cinématographiques. Dans la foulée, Steve Rogers laisse son costume de Captain America au vestiaire pour devenir Super Soldier et crée une nouvelle équipe, les Secret Avengers. Toute ressemblance avec le costume porté pendant les deux tiers du dernier film Winter Soldier est complètement voulue. Pour brouiller les pistes et rendre chaque apparition d’un super héros dans un film facilement identifiable sur les étals d’un comic shop.

Un mot sur les Secret Avengers, sorte de branche Black Ops qui occupe pendant un temps les fonctions du SHIELD. La série est lancé par Brubaker (avant de passer de main en main) qui s’essaie pour la première fois à l’écriture d’une équipe complète. L’annonce du projet prêtait plus à rire, notamment à cause de la composition de l’équipe, trop hétéroclite pour nous faire croire à quelque chose de mûrement réfléchie. Surprise, la série fonctionne plutôt bien. Elle prouve que ce ne sont pas les personnages qui portent l’histoire, mais bel et bien l’usage qu’en fait le scénariste.

La série change et rechange de composition en l’espace de quelques mois, pour devenir avec l’arrivée de Marvel Now, un point d’accès épuré, simpliste, visant avant tout les spectateurs de Agents of SHIELD et Avengers.

Coucou, on est les Secret Avengers super secret mais que tout le monde connait.
Coucou, c’est nous, les Secret Avengers super secrets mais que tout le monde connait.

Bonus : Warren Ellis (Transmetropolitain, The Authority) a écrit six chapitres de Secret Avengers à lire à tout prix.

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Le petit monde d’Arnim Zola

À l’heure d’écrire ces lignes Captain America vit actuellement son septième reboot. Un miracle que l’on doit à la grande renaissance éditoriale Marvel Now.

Un nouveau départ qui relance 95% des séries actuelles et met à fin quelques collaborations de longues dates, dont celle de sieur Brubaker qui quitte définitivement Captain America et Winter Solider, remplacé par Rick Remender (Fear Agent, Uncanny X-Force). Pour info, sachez que ce dernier se taille une jolie réputation de chambouleur de concepts sur chaque série à laquelle il collabore. Pour vous donner une idée, son premier travail régulier chez Marvel commence par un revirement patriotique du Punisher suite aux évènements de Civil War, pour ensuite le découper en petits morceaux pour mieux le faire renaître sous les traits de Franken-Castle (une excellente série au passage).

Sans broncher, Remender se penche sur la destinée de Steve Rogers, personnage à première vue un peu poil trop guindé pour subir les délires du scénariste. Les fans retiennent leurs souffles, et miracle, les coups de folie fonctionnent à merveille, à mille lieues de l’ambiance polar de Brubaker. Captain America bascule dans la dimension Z contrôlée par Arnim Zola (aka le vieil ordinateur poussiéreux planqué dans une vieille base dans le dernier film), et ce dernier ne va pas hésiter à lui en faire voir de toutes les couleurs… pendant dix ans !

Arnim Zola, définitivement quelqu'un de très hostile.
Arnim Zola, définitivement quelqu’un de très hostile.

SF complètement barré, expérimentations délirantes et combats XXL sont les maîtres mots de ce premier run de onze chapitres. Illustré par John Romita JR (Spider-Man, Kick Ass), Captain America revit l’angoisse d’un pays confiné dans une dictature oppressante, qui plus est dans une dimension hostile pour ajouter à la confusion. Chaque chapitre voit l’état mental et physique de Rogers se détériorer, ses alliés périr, les coups de théâtre se succéder, jusqu’à en perdre la raison.

Inattendu, complètement épique, peut-être l’un des titres les plus surprenants du virage Marvel Now.

  • Dimension Z : VO / VF

Bonus : Aucun mot sur Crâne Rouge, et pourtant, la némésis de Captain America occupe une place de choix dans le run de Brubaker (et dans le récent Uncanny Avengers de Remender).

Alors pour me faire pardonner, j’invoque le Crâne Rouge des années 40.

La belle époque
La belle époque.