Black Mirror : “Si la technologie est une drogue, quels sont les effets secondaires ?”

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Par Elodie le

Datée de 2011 (Channel 4) mais inédite en France, la mini-série britannique Black Mirror débarque sur nos écrans le 1er mai sur France 4. Interrogeant notre rapport à la technologie et son influence dans nos vies Black Mirror promet de ne laisser personne indifférent.

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crédits : Zeppotron – Channel 4

Charlie Brooker, son réalisateur, a vu cette série comme un ensemble cohérent mais dont chaque épisode est différent – aussi bien le casting que la trame – et indépendant du précédent et du suivant. Ce qui lie l’ensemble est le thème principal : les nouvelles technologies. Avec cette interrogation qui nimbe le tout : Si la technologie est une drogue, quels sont les effets secondaires ?
C’est à partir de cette question précise que Charlie Booker, journaliste pour The Guardian et animateur télé, construit sa mini-série (trois épisodes de 50 minutes environ par saison). Qu’est-ce que la technologie a changé dans nos vies, qu’a-t-elle fait de nous ? Que va-t-elle faire de nous ?

Anticipation, réalité grossie à la loupe déformante ? Chaque épisode est aussi intéressant que dérangeant. Autant dans ce qu’il traite que dans les questions qu’il soulève.
Pour vous en donner un aperçu rapide, voici les deux synopsis des épisodes (saison 1) qui nous ont été donnés de voir.

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Crédits : Zeppotron – Channel 4

L’hymne national – The National Anthem (S01E01) : La princesse Susannah (avatar cliché de Kate Middleton ou version blonde sur talons aiguilles du Prince William), membre de la famille royale britannique, est enlevée. Dans la vidéo envoyée au Gouvernement (cabinet du Premier ministre), celle-ci énonce les revendications pour le moins déroutantes de son ou ses ravisseurs : le Premier ministre, Michael Callow, devra avoir une relation sexuelle non simulée et diffusée en directe à la télévision… avec une truie et ce, dans un temps imparti. Malgré les efforts des services du Premier ministre pour garder l’information secrète, celle-ci est ébruitée et l’opinion publique s’en mêle. Le cabinet du PM se sait pas comment réagir à mesure que le compteur tourne et que les sondages se contredisent enchaînés au sort de la Princesse du peuple.

Tout y passe. De la viralité des réseaux sociaux à la tyrannie des sondages et de l’opinion publique – la suivre, la défier ? – qui guident les actions à réaliser. Mais également notre rapport à une société du spectacle décadente qui peut mettre en pâture l’honneur et la dignité d’une personne au nom d’un intérêt considéré comme supérieur à un instant T ou encore ce voyeurisme malsain qui nous pousse à condamner tout en se délectant de l’exhibition promise.

Retour sur images – The Entire History of You (S01E03) : Liam Foxwell est un jeune avocat en recherche d’emploi. Après un entretien d’embauche qu’il considère raté, il rejoint sa femme à un diner chez des amis. Comme la plupart des gens maintenant, il a une puce implantée derrière l’oreille qui lui permet de stocker tous ses souvenirs visuels et de les consulter à sa guise. Alors que les convives lui proposent de diffuser les images de l’entretien enregistrées sur sa puce pour lui donner leur avis, ce sont les doutes sur la fidélité de sa femme qui vont le plonger dans une traque sans fin au cœur de ses archives.

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Crédits : Zeppotron – Channel 4

Dans cet épisode, l’outil, s’il peut paraître formidable pour palier certains manquements (mémoire) ou faire face à la maladie, peut aussi détourner le sujet de sa propre vie, le bloquer dans un passé révolu et l’empêcher de vivre un présent qui se délite.
Quelle place ces nouveaux objets vont-ils prendre dans nos vies ? Ceux qui n’en sont pas pourvus seront-ils rejetés, quand la seule personne qui confesse vivre sans puce est perçue comme une primitive ?

Autant vous le dire d’emblée, le débat qui a suivi la projection avec Boris Razon, le directeur éditoriale de la chaîne, et la sémiologue Laurence Allard fut particulièrement vif, tant les thèmes abordés interpellent.
L’apparition d’Endemol, société productrice via Zeppotron, ponctuant le générique du premier épisode traitant de l’entertainement poussé à l’extrême, n’a pas manqué de faire rire… jaune. Cynisme de la part de la compagnie, mère des premières télé-réalités, ironie douce-amère ou volonté manifeste et assumée ? Aucun choix ne semblait emporter l’adhésion du jury des personnes présentes dans la salle, très critiques envers cet épisode.

Autre aspect sujet à débat, le caractère « réflexif » de la série : cette série aura-t-elle un véritable impact sur les jeunes téléspectateurs, si tant est qu’il la regarde ? Par ailleurs, plus qu’un avenir futuriste, telle une série d’anticipation, celle dernière n’interroge-t-elle pas plutôt notre présent immédiat et futur proche dans l’application que nous faisons de ces outils aujourd’hui, qui engendreront nos comportements de demain ?

Certains ont également vu dans l’épisode Retour sur images l’accomplissement de « l’homme et la technologie fusionnés », comme l’apparition de l’homme augmenté, projet cher de Google.

Quel que soit votre sentiment à la diffusion de cette série, elle ne vous laissera certainement pas insensible.

Black Mirror
Jeudi 1er mai, 22h35
France 4