[Chronique] Pourquoi vous auriez dû investir dans les cartes Magic : L’Assemblée ?

Chronique

Par Fabio le

De simple divertissement quand il est né, en 1993, le jeu de cartes édité par Wizards of the Coast est devenu aujourd’hui véritable objet de collection qui rassemble joueurs, collectionneurs et depuis peu, spéculateurs. Pourquoi Magic nous survivra-t-il ? Eléments de réponses.

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On ne va pas repartir au tout début, en 1993 donc, quand Magic : The Gathering débarque sur le sol américain, ni même parler de ces 20 ans où le jeu alterne périodes heureuses et moins heureuses. On va plutôt commencer par une citation de ma mère – qu’elle m’excuse de la citer sans lui en avoir parlé – qui, ces dix dernières années, m’a seriné avec un air dédaigneux : « Vends-les ces cartes, si ça vaut vraiment de l’argent. » Qu’elle me pardonne encore, je ne l’ai jamais écoutée, parce que les éditions s’enchainent- l’édition Khans of Tarkir vient de sortir -, que les salles de tournois sont toujours plus remplies et que la valeur des vieilles cartes est en train d’exploser. Et mon patrimoine avec, maman.

À l’heure où l’époque est à la dématérialisation, à l’heure où HearthStone, le concurrent de chez Blizzard Entertainment, prospère sur PC et iOS, on pourrait trouver ça étonnant. Pourtant, 20 millions de personnes sur cette planète jouent ou ont déjà joué à Magic. Depuis 4 ans, le nombre de joueurs a été multiplié par 3 aux Etats-Unis et par 2 en Europe. « Contrairement à une idée reçue, il n’y a jamais eu autant de joueurs de Magic qu’à l’heure actuelle », précise Nicolas Gabillon, responsable de la communication Magic France. Rien d’étonnant selon lui, parce que le jeu de cartes de Wizards of the Coast, bien que vieux de 20 ans, reste un jeu moderne. « Il y a quelque chose de nomade dans Magic. D’ailleurs, il y a plein de points communs entre un téléphone et un deck ; la taille, l’épaisseur, ça tient dans la poche. C’est un réseau social avant l’heure. Rien que dans le nom, Magic : L’Assemblée, on est déjà dans quelque chose qui fédère. »

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Les tournois d’envergure rassemblent aujourd’hui plusieurs milliers de personnes.

Des joueurs donc, de plus en plus, et des concurrents de sa taille, pas tant que ça. Le premier auquel on pense, évidemment, c’est HearthStone, qui aurait lui aussi déjà conquis, au moins pour une partie, 20 millions de joueurs. Pour Raphael Puleo, joueur et collectionneur de (très) longue date, HearthStone « va faire très mal à MTGO (la version en ligne de Magic). C’est beaucoup plus fluide, c’est accessible, c’est gratuit et c’est sans bugs. Avec une petite équipe, Blizzard a fait beaucoup mieux que Wizards. » Mais surement pas concurrencer Magic sur le segment du physique, parce que c’est une autre industrie. Qui peut même aider Magic à croître, explique Nicolas Gabillon : « Certains découvrent ou redécouvrent le jeu de cartes par rapport à l’offre digitale du moment, et on récupère des joueurs grâce à ce phénomène. Notre concurrent, ce n’est pas HearthStone ; nos concurrents, ce sont les autres loisirs dans leur globalité : le restaurant, le cinéma… On vend de l’expérience de jeu, du divertissement. »

En 1995, environ 3/4 des joueurs découvraient Magic par l’intermédiaire d’un ami. En 2014, environ 3/4 des joueurs découvrent encore Magic par l’intermédiaire d’un ami. « Indépendamment des techniques marketing qui ont évolué depuis 20 ans, c’est le bouche à oreille qui a permis à Magic de se développer » poursuit le responsable de la communication France. Depuis 5 ans, la stratégie de Wizards of the Coast a été de faire en sorte que la boutique, le lieu où l’on joue, où l’on achète, où l’on rencontre des joueurs, soit au cœur du système. Au lieu de développer le versant digital, qui aurait pu cannibaliser le versant physique, la société américaine s’est recentrée encore un peu plus sur le physique (et il valait mieux quand on voit la piètre qualité de la proposition dématérialisée avec un Duel of the Planeswalkers qui donne tout sauf envie de découvrir le jeu).

Duel of the Planeswalkers est censé promouvoir Magic. On ne peut pas dire qu'il y parvient.
Duel of the Planeswalkers est censé promouvoir Magic. On ne peut pas dire qu’il y parvient.

Si cette stratégie a donné les résultats que l’on sait au niveau comptable, Raphael Puleo, qui connait bien les gérants de boutiques parisiennes, nuance : « Sans la vente des cartes à l’unité, chose qui paraissait à Wizards encore impensable il y a quelques années – iconoclaste, même ! -, il n’y aurait aucune boutique de Magic, parce que ce n’est pas avec les boites vendues qu’une boutique va gagner de l’argent. » Il dresse néanmoins le même constat sur ce que doit être la place de la boutique dans le dispositif : « Aux Etats-Unis, une enseigne comme StarCityGames a dynamisé le jeu bien plus que Wizards of the Coast, avec un circuit de tournois partout dans le pays. La boutique, c’est le nerf de la guerre. S’il n’y a pas de boutique, il n’y a pas de jeu et il n’y a pas de joueurs. »

Mais venons-en au plus croustillant – et à ce qui intéresse ma mère. Si WotC s’enrichit via ses nouveaux produits, c’est le « marché secondaire » (les cartes qui s’échangent et se vendent en seconde main) qui permet à Magic de cultiver une certaine aura, de conserver l’image d’un jeu pérenne, dont la valeur pécuniaire est pleinement avérée. Si le premier aspect est lié à la qualité intrinsèque du jeu, jeu qui réussit dans sa mission de divertissement, le second prend racine dans la rareté de certaines cartes – alors même qu’elles ne sont plus jouées. Les prix de ces cartes-là ont véritablement explosé ces derniers temps. « Magic est en train de rentrer dans une catégorie de produits très chers. Un Black Lotus est bien parti pour valoir des dizaines de milliers d’euros ; dans longtemps, bien entendu. » Raphael Puleo ne s’y trompe pas. Depuis quelques mois, on a vu des Black Lotus se vendre à plusieurs dizaines de milliers d’euros sur certains sites marchands, en même temps que des centaines de cartes de vieilles éditions ont vu leur prix s’envoler (voir la vidéo qui suit ; et nos explications , ici).

La spéculation est mal vue parce qu’elle nuit au jeu (comptez un à plusieurs milliers d’euros pour reconstruire votre vieux jeu d’il y a 15 ans), mais de plus en plus de joueurs, des joueurs qui ont aujourd’hui entre 30 et 40 ans et qui gagnent bien leur vie, investissent dans Magic, qui se révèle être un produit bien plus lucratif qu’un livret A. Les cartes qui appartiennent à la Reserved List notamment, et que Wizards of the Coast a promis de ne jamais rééditer, ont pris énormément de valeur marchande ces dernières années. Si ce mouvement a quelque chose d’énervant, parce qu’il coupe l’accès aux vieux formats aux joueurs moins fortunés, il participe aussi à la popularité du jeu, et à son côté « éternel », justement.

J’ai demandé à tous les joueurs que je connaissais comment ils imaginaient la mort de Magic. Tous l’ont scénarisée via un enchaînement d’éléments vénéneux : que plusieurs éditions à la suite ne répondent pas aux standards qualités habituels (sur le jeu et/ou le marketing) et/ou qu’un vrai concurrent émerge (HearthStone a prouvé qu’un jeu de qualité doublé des moyens de communication adéquats pouvait fédérer vite et en masse).

Et même dans ce cas-là, il restera toujours ces milliers de vieux joueurs, à l’instar de Raphael Puleo, qui répondront probablement présents lorsqu’il s’agira de défendre la valeur d’un bien qu’ils gardent au chaud depuis maintenant plus de 20 ans. « Même dans l’hypothèse où demain il n’y a plus de joueurs et de boutiques, j’aimerais quand même récupérer ces cartes qui m’ont fait rêver depuis mon adolescence. Je suis convaincu que Magic ne mourra pas, en vertu de son aura, de son histoire et du sentiment de nostalgie qu’il suscite déjà dans l’imaginaire collectif de ma génération. »

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Le site officiel de Magic : L’Assemblée.
Le Facebook de Magic France.
Si vous voulez savoir ce que valent vos cartes, les prix des particuliers sur MCM sont un bon indicateur.